Converge
Converge
Axe To Fall (2009)
genre : Converge & Friends
9/10
Epitath Records / Pias


Converge fait partie de ces rares groupes trainant le paradoxe d’avoir atteint à la sueur de ses prestations scéniques le statut de groupe culte, tout en n’ayant jamais vraiment décollé de la scène underground. Et même si No Heroes (sorti en 2006) détenait la clef vers une reconnaissance plus étendue, la bande à Kurt Ballou et Jacob Bannon continue encore à rafler plus d’adulateurs sans pour autant convaincre l’opinion générale. Mais le groupe n’en a que faire, car ce qui les anime avant tout, c’est la passion de leur art et la reconnaissance de leurs fans.

Construit sur le même schéma que son prédécesseur, Axe To Fall est emprunt d’une violence extrême qui se meut avec d’autres aspects au fil de son défilement. Ainsi en ouverture, « Dark Horse », « Reap What You Sow », « Axe To Fall » et « Effigy » se trouvent possédés de cette furie incisive qui a fait la réputation du groupe. Une entrée en matière sans risque, certes, mais toujours aussi impressionnante de maîtrise dans sa forme, alliant la rapidité à la technique et la bestialité à la mélodie. Mais voilà, Converge n’est pas de ces groupes qui se contentent de ressasser la même recette à chaque galette. Le plus chez Axe To Fall se trouve dans les nombreux featurings, apportant ainsi à chaque titre une couleur propre aux invités, tout en respectant l’identité du groupe. De telle sorte que « Reap What You Sow » (et ses riffs clin d’œil à Mastodon, rappelant les débuts du combo d’Atlanta) se voit atteindre une dimension thrash avec son implacable solo exécuté par F. Sean Martin (Hatebreed). « Effigy » est un split enragé avec Cave-In « aux trois quart », construit autour d’une mélodie fantomatique envoûtante. Et outre un morceau en deux parties beaucoup plus lent et chaotique (« Worms Will feed / Rats Will Feast ») - un peu dans l’esprit de « Grim Heart / Black Rose » sur No Heroes - les compos suivantes possèdent toujours un aspect enragé et survolté, où les invités s’enchainent à tour de bras : George Hirsch (Blacklisted) sur « Axe To Fall », Ulf Cederlund (Disfear) sur « Wishing Well », Trivikrama Dasa (108) sur « Damages », John Pettibone (Himsa, Undertow) sur « Cutter »... De toutes ces combinaisons, les deux derniers titres, plus posés, retiennent particulièrement l’attention. Le plus déroutant (car encore jamais visité chez Converge), avec son grain dark folk, est « Cruel Bloom » sur lequel Steve Von Till (Neurosis) apporte avec sa voix chuchotante et grasse un encas bluesy chantonnant des plus magiques, composé en duo avec les New-Yorkais. Mais le summum est atteint sur « Wretched World » où les trois entremetteurs de Genghis Tron (accompagnés à la batterie par Brad Fickeisen de The Red Chord) se joignent à Converge pour offrir un parfait hybride ambiant, combinant les facettes sereines des deux groupes. Un magnifique morceau empli d’émotion désenchantée, clôturant admirablement l’album.

Converge n’a rien à prouver à qui que ce soit, et s’offre ici le plaisir d’inviter de nombreux potes pour mettre en œuvre leur album le mieux produit (trop ?). Axe To Fall fait preuve d’une palette variée dans son travail d’écriture tout en respectant une cohérence avec son univers. Bien évidemment, cet album, jouissant d’une grosse production, risque de déplaire aux fans de la première heure, car trop « propre », trop « technique » et trop « éloigné » des albums passés. Mais il faut avouer que le fait que Converge fasse encore tout lui-même (le mixage à la fois clair et puissant de Kurt Ballou et l’artwork qu’on voudrait encore se faire tatouer sous la peau de Jacob Bannon), démontre à quel point Converge est grand, et témoigne encore une fois de son statut de groupe culte, tout en continuant d’agacer tout le monde… même ses plus vieux fans.

Site : http://www.convergecult.com

Site : http://www.myspace.com/converge

Gaet’