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Meshuggah sortira dans quelques jours l’un de ses meilleurs albums jamais composés. Album Du Mois, vous pourrez le constater, il était donc nécessaire d’en discuter un minimum avec le groupe. Nous avons eu le droit à un très sympathique Marten qui semblait ravi d’échanger avec nous. En témoignent les nombreux moments au cours desquels nous avons ri plus que de mesure. Meshuggah n’en finit pas de gagner nos cœurs, le groupe en avait-il encore besoin ? 

Interview à paraître également  dans le Metal Observer FNAC n°17 de Mars 2008


Entretien avec Marten Hagstrom (guitare), par Pierre-Antoine
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Comment vois-tu Catch 33 avec le recul ?  Cet album qui semblait réellement égoïste mais nécessaire pour le groupe ?
Mais tu sais, tous nos albums sont égoïstes quelque part… Notre but premier est de nous satisfaire nous-mêmes. Pour nous, si nous ne sommes pas excités, si nous ne sommes pas inspirés et bien, nous croyons que personne ne le sera. Maintenant, comme tu l’as dit, c’est encore plus vrai avec « Catch 33 ». C’est une vraie longue chanson, quelque chose comme la bande son d’un cauchemar, et c’est quelque chose que nous voulions faire depuis longtemps et nous sommes heureux d’avoir pu le faire. Mais c’est vrai que pour nous, c’était nécessaire de le réaliser… Tu sais, la plupart du temps, quand nous composons, il faut que l’on se laisse aller avec ce que l’on ressent car il nous arrive souvent d’être contre-productif. Et là, avec Catch 33, il fallait que l’on fasse cette démarche pour se sentir aussi libéré.

Pensiez-vous que vos fans allaient saisir Catch 33 à sa sortie ?
Franchement ? NON ! Mais ce n’est pas surprenant. A chaque fois que l’on sort un nouvel album, 50 % de nos fans l’aiment, 50 % le détestent, c’est toujours comme ça. C’ était  vrai pour Chaosphere. J’ai encore entendu ces journalistes aux Etats-Unis, pour ne pas les citer, qui n’arrêtent pas de dire que cet album est génial et je me souviens avoir fait des interviews avec eux au moment de sa sortie et ils n’aimaient pas du tout… Quand on a sorti Nothing, c’était la même chose. Je pense que c’est simplement dû au fait qu’il faille du temps pour apprécier nos albums. Et tu sais, on pensait que ce serait encore plus dur pour Catch 33. Je pensais que plus de gens que ça ne l’aimeraient pas, on a été assez surpris du retour positif de pas mal de personnes. Je pensais même que les gens l’aimeraient uniquement dans 5 ou 10 ans…

En gros, encore un album comme ça et tu seras un héros après ta mort ?
Oui carrément (rires…).

Obzen cette fois est vraiment différent et ressemble un peu à une réaction à Catch 33. Etait-ce volontaire ?
Oui, tu as tout à fait raison. Et tu sais, c’est marrant car je ne réalise ça uniquement qu’en interviews où les gens me posent souvent la même question. Ne le prends pas mal car je trouve que c’est une bonne chose. On ne se pose jamais cette question là nous-mêmes. Donc c’est intéressant et du coup, je me suis mis à y réfléchir et je pense que chaque nouvel album est une réaction au précédent. Nous avons un fait un album super dynamique avec Destroy Erase Improve, nous avons donc fait un album anti-dynamique avec Chaosphere et ainsi de suite. Et c’est ce qui est excitant avec ce nouvel album, venir de Catch 33 avec une seule et même chanson et faire Obzen qui devait être pour nous quelque chose de très diversifié, ça donne vraiment envie de composer. Prends « Bleed » qui est carrément métal avec des riffs super rapides, dynamiques et « Electric Red » qui est beaucoup plus lente. C’est avant tout un album large qui a une dimension très live.

Oui, tout à fait, c’est ce qui ressort le plus. Cet album semble taillé pour la scène…
C’est ce que nous voulions même si c’était très naturel, sans réelle préméditation. Pourtant, nous étions excités de revenir à un format de chansons de 5 minutes après I et Catch 33 qui sont réellement éprouvantes.

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Obzen est donc une réaction à I et Catch 33 mais c’est aussi le parfait recoupement de tous vos albums jusque là ?
Je suis d’accord. Quand nous avions enregistré Catch 33, l’objectif était de créer quelque chose qui perdurerait dans le temps, créer quelque chose qui n’avait jamais été fait, peu importe le résultat. Là, c’était différent, nous voulions réinventer notre « vieux » style. Refaire ce que faisons avant mais en mieux et en plus varié, donc en un sens oui, c’est un bon compromis de tous nos albums.

Vous êtes-vous imposés des limites pour la création de cet album ?
Non. C’était complètement naturel. La seule limite à la rigueur… et encore non pas vraiment. C’était surtout fait de surprises. Le fait de voir que nous étions encore capables de composer quelque chose de différent et de vraiment bon. La production est celle que nous voulions. Nous voulions créer quelque chose de plus direct mais en même temps il y a bien d’autres choses qui ne sont pas si perceptibles. Quand on écoute Catch 33, on comprend tout de suite qu’il est complexe. C’est moins évident avec ce nouvel album mais vraiment ça l’est. Je peux te jurer qu’il n’est pas facile à jouer.

Pour en revenir à ma question, penses-tu, en soi, que la musique de Meshuggah a des limites ?
Je ne l’espère pas (rires). Je ne pense pas en fait. Beaucoup de gens m’ont posé cette question car ils estiment que l’ont fait des choses bizarres et qu’à un moment donné, on va s’essouffler. Je ne suis pas d’accord car pour moi la musique a toujours quelques chose de nouveau à offrir si on cherche bien. Nous écrivons notre musique de manière tellement naturelle que je pense sincèrement que oui.

Vous continuerez donc comme ça jusqu’à la fin ?
Non, jusqu’à ce qu’on n’ait plus d’idées (rires).

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La première chanson, « Combustion », a une inspiration assez « Toolienne », tu ne trouves pas ? Même si je suppose que tout le monde t’a déjà posé cette question ?
C’est vrai mais tu sais, c’est drôle. On n’avait pas vu ça du tout comme ça. Fredrik a composé cette chanson et après avoir fait cette chanson je lui ai dit que beaucoup de journalistes trouvaient qu’une partie de la chanson avait une vibe à la Tool. Il m’a donc demandé quelle partie et je lui ai dit que c’était le premier riff. Il m’a dit : QUOI ? Il ne me croit toujours pas aujourd’hui, je te jure. Il pense que je lui raconte des conneries et je dois t’avouer que je ne sais pas à quoi c’est dû car moi aussi, je ne trouve pas que ça fasse Tool.

C’est peut-être le son ?
Oui, tu as raison, sans doute. Je suis sûr que c’est le son, à moitié saturé… On m’a même dit que dans « Electric Red », le milieu de la chanson faisait un peu Tool aussi. Et comme c’est moi qu’il l’ait écrite, je peux te dire que non car pour moi c’est un vrai faux tribute à Rush. Ce n’est pas influencé par Rush mais je m’en suis inspiré car j’adore ce groupe. J’écoutais tout le temps en étant gamin. Et tu sais, pour moi, Tool est très influencé par Rush, peu de personnes le ressentent !

Beaucoup de chansons de cet album semblent complexes à jouer car cela sonne très technique, je pense à « Bleed » particulièrement, elle me paraît tellement rapide à jouer, notamment à la main droite…
Oh oui, elle est super dure à jouer. Il y a beaucoup de guitaristes qui sont capables de jouer les 2 premières minutes de la chanson mais alors le reste… Oui, c’est complexe mais c’est surtout complètement taré car il faut la tenir sur la durée, il faut vraiment beaucoup d’énergie. Le premier truc qu’on capte, c’est la vitesse, mais en fait le riff mute et ne reste jamais pareil. Il faut tendre l’oreille mais vraiment, je peux te jurer que c’est horrible à jouer. Et tu sais, on vient juste de répéter cette chanson et je peux t’assurer que c’est une vraie saloperie à jouer !!! (rires).

Peux-tu nous expliquer votre cover et le concept d’Obzen ? Etes-vous contre la religion ou le bouddhisme en particulier ?
Non pas du tout ! Ça n’a rien à voir avec la religion. Obzen est la combinaison de deux mots, zen et obscène. C’est l’humanité arrivant à sa propre paix en étant obscène. L’homme sur la pochette médite, ça se voit, il est en paix et en même temps, il a du sang sur sa main. C’est trouver la tranquillité dans l’obscénité.

Une de vos chansons parle de la glande pinéale optique. Peux-tu nous en expliquer le concept ou tout du moins ce que c’est ?
C’est une glande qui est à la base de la vision et surtout des hallucinations. Voilà tout, ça convient parfaitement à la musique de Meshuggah.

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J’ai cru comprendre que vous aviez fait plus de chansons que ça pour Obzen. Qu’allez-vous en faire ?
Il y a quelques chansons effectivement. Je ne sais pas ce qu’on va en faire. On pense sincèrement qu’elles ne convenaient pas à l’album voir même qu’il faut les refaire complètement, ça c’est plus mon avis. Donc, on verra. Mais pour moi, elles se doivent d’être refaites et terminées. Elles seront sur le prochain album, un EP ou ne sortiront jamais et je les garderai pour moi uniquement ! (rires).

Vous allez tourner pour promouvoir Obzen, je suppose? Le Hellfest est confirmé en plus…
Oui tout à fait, cet été. On va jouer avec Ministry, on jouera en Europe, c’est sûr. Le Hellfest sera la première date en France. On reviendra ensuite avant ou après le Japon.

Je sais que tu es ami avec les membres de Scarve. Que penses-tu de la situation du groupe et de leur dernier album ?
C’est marrant que tu me poses cette question car j’étais il y a quelques jours à L.A avec Dirk. Je n’ai pas écouté vraiment leur dernier album donc je n’ai pas encore d’opinion mais concernant le groupe, tu sais, c’est difficile de gérer un groupe, c’est comme une famille avec des hauts et des bas. Donc quand une machine comme Scarve subit des changements profonds, il faut du temps pour s’en remettre et le prochain album sera sûrement une réaction à tout ça !

Ça se passerait comment si ça arrivait à Meshuggah, si quelqu’un quittait le groupe ?
On en a déjà parlé, il n’y a pas longtemps d’ailleurs, juste comme ça. Tout le groupe pense que nous arrêterions si quelqu’un quittait le groupe. Nous sommes une famille et notre équilibre existe comme ça. Si quelqu’un quittait le groupe demain, je pense que nous arrêterions tout, maintenant, ce postulat ne sera pas peut-être pas vrai dans 2, 3 ans. Personne ne sait réellement comment nous pourrions réagir à un événement de ce type dans quelques années.


Meshuggah - obZen
Nuclear Blast

Site : www.myspace.com/meshuggah