On peut sans hésitation comparer la musique à la cuisine. L’art culinaire consistant, sans rentrer dans les détails, à associer des aliments afin d’éveiller nos papilles gustatives. En musique, cela peut se traduire par le mélange des genres, qui parfois tourne en ratatouille, et si l’ensemble est trop cuit, ça donne une purée assez difficile à digérer. Chez Fiend, c’est le mélange des goûts et des cultures de chacun des membres qui sont mis à contribution. C’est en alliant des doses minutieusement concoctées, qu’ils ont admirablement réussi leur entrée à la saveur sludge/stoner saupoudrée d’éclats psychédéliques. En attendant le premier plat principal, c’est le chef cuisinier du projet, Heitham Alsayed, qui a bien voulu répondre à nos quelques questions, afin de nous éclairer sur le menu. 

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Entretien avec Heitham Alsayed (chant & guitare) - Par Gaet’
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Vous venez tous d’horizons assez différents. Peux-tu nous présenter les membres du groupe ?
Fiend est composé de Michel Bassin (Guitare), Simon Doucet (Batterie), Nicolas Zivkovich (Basse) et moi-même au chant et à la guitare. Donc, il suffit de regarder les noms de famille pour constater que nous venons de cultures différentes. On a tous fait beaucoup de projets différents (Senser, Treponem Pal, Ministry, Kickback...), autant dire qu’on n’est pas né d’hier.

Alors comment quatre mecs de différents horizons arrivent-ils à se rencontrer et décident-ils de monter un projet totalement différent de ce qu’ils ont pu faire auparavant ?

J'avais envie de jouer ce genre de musique avec des passionnés à Paris. Maintenant, avec Internet et les réseaux d'amis, on trouve rapidement d'autres gens qui aiment les mêmes choses que soi. Dès que tu prends la décision et que tu te lances dans l’aventure, c'est tout simplement du temps qu’il te faut. Il faut aussi une certaine volonté de têtu pour monter un groupe, un "jusqu’au boutisme" exacerbé, mais finalement, si les éléments se respectent, ça se fait tout seul. On aime tous la musique heavy, psychédélique avec des nuances uniques et ce que l’on fait à côté est tellement différent, il n’y a effectivement pas comparaison.

Tu avais une idée de ce que tu voulais faire exactement en montant Fiend ou bien cela s’est fait naturellement ?
J'avais certains thèmes et ambiances que je voulais atteindre mais avec l’écriture et la mise en place avec les autres membres, tout ça s’est construit spontanément.



Sur le plan composition, ça se passe donc comment ?

Il y a une tête pensante qui donne le fil directeur ou bien la musique se crée et se développe d’elle-même ? Pour éviter le gaspillage de temps, on arrive en répétition avec certaines idées et on jamme, on improvise, on apporte des modifications.  L'important en fait, c'est souvent de savoir où s’arrêter pour ne pas partir dans tous les sens. 

Depuis quelques années, on a vu beaucoup de formations dites « sludge » apparaître dans le paysage rock/metal. Comme partout, il y a du bon et du mauvais. Vous débarquez avec un quatre titres totalement réussi dans le genre, très bien accueilli par les critiques. Vous avez une recette secrète ?
Notre recette secrète est la fascination authentique pour ce genre de musique. Personnellement, je distingue très mal les catégories, que ça soit du sludge, du grind, du crust, du death ou autres. Nico et Simon sont un peu plus musicologues. Moi, je prends simplement chaque groupe comme un cas isolé. Soit ça me fait le truc ou pas. Je peux être aussi fasciné par Rush que par Craft ou Trees par exemples.    

Bien que vous ayez développé un côté psychédélique, on ne peut pas faire autrement que de penser aux Melvins lorsque l’on écoute l’album. On sent surtout cet aspect sur la lourdeur des riffs. Je suppose que c’est une influence majeure pour vous ?
Ah si, on peut faire autrement (rires). Quelqu’un d'autre m'a déjà parlé des Swans, sur le début du morceau « Thrones ». Mais oui, les Melvins sont une grande influence pour tout le groupe. Autant pour leur parcours créatif que pour leur son même.

Mais ça sera une énorme erreur d'essayer d'être les Melvins. Personne ne peut être les Melvins, sauf eux.  Et sinon, vous puisez votre inspiration chez qui d’autre ?
Chacun a ses préférences et elles sont très diverses. Ça va de Gorgoroth à The Runaways en passant par La Monte Young, Yes, Earth, Municipal Waste, Torche…   Comment vous organisez-vous car vous êtes assez éloignés les uns des autres ? Hum… de quoi tu parles ? On est à vingt minutes de la salle de répète’ chacun ! (rires)



Oh pardon, je pensais que vous étiez plus dispersés que ça...(rires) Et sinon, les divers projets auxquels vous adhérez ne vous laissent pas énormément de temps pour caler des dates de concert…
Pour l’instant, c’est assez calme, mais j'espère bien que tout ça viendra de plus en plus et qu’on en fera beaucoup.

Fiend n’est donc pas qu’un projet studio ?

Non, pas du tout. On envisage de tourner dès qu’on aura jugé que ça sera le bon moment.  Avant d’être distribué par Trendkill Recordings, Agla était déjà disponible en autoproduction. On peut lui espérer un successeur d’ici quelques temps ? Oui, certainement. On travaille d’ailleurs dessus actuellement. Je peux déjà dire qu’il sera un peu plus complexe. En fait, j’arrive progressivement à jouer un tout petit peu mieux de la guitare donc ça fait progresser les choses (rires). 

Quoi de beau à venir pour le groupe ?

Prochainement, un concert avec Earth. J'attends ça comme un enfant impatient de fêter son anniversaire. Sans quoi, dans le long terme : jouer, écrire, tourner et chanter comme Scorpions : « Rock You Like A Hurricane ».


FIEND – Agla
Trendkill Recordings



Myspace :www.myspace.com/fiendofficial