ANANTA

Les Montpelliérains d’ANANTA ont marqué les esprits avec la sortie du percutant et moderne In Media Res., en fin d’année 2008, qui a reçu des critiques unanimes, et ont étonné leur monde en tournant dès leur premier album avec Soilwork dans toute l’Europe ! De retour de leur périple, il était temps de faire le point avec le groupe sur ce début de carrière des plus prometteurs. 

Interview parue également dans le METAL OBS' n°30 de mai 2009

Interview de Jean (batterie) et Frank (guitare) – Par Geoffrey et Gaet’
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Alors, comment a été accueilli le nouvel album en général ?
Jean : Du point de vue de la presse, il a été très bien accueilli. Il a eu de bonnes, voire très bonnes critiques. Du point de vue humain, les gens ont beaucoup aimé. On en est très content. La musique plaît.

Vous vous attendiez un tel retour sur une première sortie ?
Je mentirais si je disais qu’on ne s’était pas préparé à un tel retour car on a beaucoup misé sur l’album. On y a mis ce qu’on avait dans le cœur. On a composé pendant plus d’un an. C’était vraiment un travail d’enfermement, de précision. On était acharné. Quand on a vu la direction que ça prenait, on s’est dit que ça avait toutes ses chances pour être bien. Qu’il y ait de bons retours, c’est très bien. Mais on n’hallucine pas non plus. On a exactement le résultat qu’on voulait.

Là, vous avez fait une belle tournée avec Soilwork... Alors comment ça s’est passé ?
Franchement, ça s’est très bien passé. Bon, c’était un peu difficile sur les conditions de vie, d’être un groupe de première partie, mais ça fait partie de l’expérience. L’opportunité de pouvoir faire une tournée avec un groupe international comme Soilwork, dans plein de pays d’Europe, c’était avant une chose inespérée. Le fait qu’on ait pu réaliser ça, ça reste à ce jour la meilleure chose qui pouvait nous arriver. Ça s’est vraiment bien passé. On a lié des liens avec les autres groupes, gardé des contacts et qui sait, peut-être qu’un jour on sera amené à se revoir pour différents projets…

De ce fait, un premier album bien accueilli, une tournée avec Soilwork… ça met d’entrée de la pression pour la suite ?
On en parle de plus en plus. Il va falloir faire un deuxième album à la hauteur du premier. C'est-à-dire diversifié, technique mais aussi brutal sans partir dans des choses trop spécifiques. On a envie de mettre la barre un peu plus haute. On commence à composer tout doucement avec des riffs par ci, des plans par là. On fonctionne comme ça, lorsque l’on a assez de matière, on commence à essayer d’arranger le tout. On ne sait pas pour quand ça sera mais on s’y penche.

Vous n’allez pas encore tourner un peu en France pour continuer à promouvoir le premier album ?
Si, on a quelques dates de prévues et en préparation, mais en ce moment, c’est assez difficile de tourner en France. C’est un peu notre point noir en ce moment, c’est qu’on n’a pas assez de dates. Et on ne comprend pas trop pourquoi. Il y a des gens qui aimeraient nous prendre sous leur aile, mais ils préfèrent nous voir encore évoluer un peu. Car il est vrai qu’on a fait une grosse tournée mais avant ça, Ananta n’était pas connu. Les gens veulent peut-être nous voir nous imposer un peu. Voir ce qu’Ananta va donner sur la durée. Il y a notre label qui nous dégote des plans qui ne se sont pas forcément toujours soldés par un succès, mais bon, il nous aide beaucoup. Et on en est très reconnaissant. On a failli jouer avec Gojira sur leur tournée française avec Trepalium mais à cause d’un problème logistique, ça ne s’est pas fait.

 ANANTA

C’est marrant car à chaque fois que je fais une interview d’un groupe français ou international, il y a un passage sur Gojira.
Ils ont le vent en poupe en ce moment. C’est une très bonne période pour eux. On parle beaucoup d’eux. C’est quand même le premier groupe français qui arrive à s’exporter à l’étranger. Ce qui est intéressant, c’est que c’est nouveau. Même si eux existent depuis longtemps. Ils galèrent depuis plus de dix ans. C’est très bien ce qui leur arrive et ça nous laisse optimiste, car même si on doit galérer un moment, peut-être qu’un jour, ça va finalement payer. On connaît la règle du jeu. On sait comment ça fonctionne. On ne peut pas atteindre le niveau qu’ils ont atteint d’un seul coup.

Parlons du groupe. Ananta est né des cendres d’un autre groupe. Tu en faisais déjà partie ?
El’Nath. J’en ai fait partie mais pas longtemps, à la batterie. Il y a eu plusieurs batteurs. J’ai fait un passage au même titre que d’autres. Après le split du groupe, trois membres du groupe ont voulu continuer et m’ont rappelé. Voilà pourquoi on dit qu’Ananta et né des cendres de El’Nath. Il y a eu un split et puis un nouveau projet, avec des nouvelles idées, avec les mêmes membres. Mais ça n’est plus le même niveau. On s’est mis la barre plus haute. On a tous progressé énormément. On est assez perfectionniste. Même pour l’album, on a fait tout nous-mêmes avec beaucoup de précision et de vigilance. On a commencé à composer en juin 2005 et l’album est sorti en décembre 2008. On a vraiment pris notre temps. Après, pour la suite, peut-être qu’on explorera d’autres manières de faire en étant plus dans l’urgence. Déjà là, on se donne un an environ pour préparer le nouvel album.

Comment décrirais-tu le style du groupe ? 
C’est une synthèse de plein de choses qu’on aime. Il y a des groupes qui nous ont influencés. Je pense à Meshuggah, Strapping Young Lad, Pantera, Killswitch Engage, Fear Factory… Des groupes metal avec un côté très moderne, aux belles productions. Et c’est ce qu’on voulait faire avec Ananta. Quelque chose de bien produit, au gros son. On voulait aussi créer notre propre univers. On a enregistré nous-mêmes avec les moyens que nous avions. Nous n’avons pas le studio de Ross Robinson mais on a vraiment travaillé notre son. On s’est donné beaucoup de moyens là-dessus.

Comment s’est déroulée la prod’ du disque ?
Frank : On a fait un gros travail de pré-production à la base. On a bossé avec une boîte à rythmes. Et finalement, rien qu’avec ces pré-enregistrements, on était arrivé à obtenir une très bonne qualité. De là, l’idée de monter un studio a fait surface. On s’y est attaché, et finalement, on s’est retrouvé à produire nous-mêmes l’album. On voulait vraiment se démarquer avec notre propre son et ne pas avoir plus ou moins le même son qu’un producteur à la mode. On a trouvé plus judicieux d’investir notre argent dans notre propre studio pour dynamiser notre son. De plus, en termes de moyens, on s’est vraiment donné à fond car on n’avait pas la pression de la limite de temps pour tout mettre en boîte. Bon, après, on a pas mal débordé aussi. On a mis un an, deux ans à peaufiner le truc. C’était long mais ça aussi, c’était un bon apprentissage, dans le sens où si on entreprend de produire le prochain album, on a acquis plus d’expérience et on travaillera sûrement plus vite. Au-delà de l’aventure technique, on a pu aussi aller au plus profond des sentiments qu’on voulait exprimer dans notre musique.

Vous n’avez pas eu à un moment donné, envie d’un avis, d’une oreille extérieure sur tout ça ?
Si justement. L’envie a été au moment du mastering avec Guillaume. Il n’avait rien à toucher au niveau du mix qu’on lui a envoyé. Il est vrai qu’on a eu des moments de doute. On n’a même envoyé notre mix à Tue Madsen et il nous a répondu qu’il ne voyait pas ce qu’il pouvait apporter de plus. Quand on a eu un avis comme ça, on s’est dit qu’il fallait qu’on fonce, et que ça serait tout à notre honneur. On est très fier de ça. Il est vrai qu’avoir un avis extérieur, ça peut permettre de se détacher car quand on a un pied dedans, on ne se rend pas compte forcément de tout. Peut-être que deux ans après avoir enregistré l’album, on aurait fait ça différemment ? L’avis extérieur, on le voit plus sur un plan artistique que production. D’ailleurs, Jochem Jacobs de Textures est à priori intéressé pour travailler avec nous. Si ça doit se faire pour le deuxième album, vu que le gros son on sait faire, on aimerait bien de sa part qu’il nous donne un avis artistique de l’ensemble. Finalement maintenant, avec du matos moindre, on arrive à faire sonner autant qu’avec une grosse production. Finalement, ça ne sert à rien de dépenser des sommes énormes pour avoir un nom sur l’album. En plus, tu gardes le contrôle sur ta musique et sa production de A à Z. Pour le futur, on ne sait pas de quoi ça sera fait… on verra bien. Notre but, c’est surtout de ne pas sonner comme tout le monde.

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Comment avez-vous rencontré Guillaume Bideau ?
Jean : Ça s’est fait un peu naturellement. Ça a commencé quand les anciens membres de El’Nath ont eu la chance de faire quelques dates avec Scarve. De là, ils ont tissé de bons liens avec tous les membres de Scarve. Et voilà, lorsqu’on a cherché à masteriser l’album, on s’est tourné vers Guillaume. Lui était intéressé pour bosser avec nous et ça s’est fait petit à petit. Il a posé aussi sa voix et s’est donc occupé du mastering. Ce qui est cool, c’est que ça va au-delà d’un contact pro. On vit vraiment un bon contact humain avec lui et les membres de One-Way Mirror.

On en a parlé un peu précédemment, mais mis à part les poids lourds, comment perçois-tu la scène française actuellement ?
Mis à part les poids lourds, ça serait mettre à part l’essentiel. Je parle du metal français reconnu au niveau international. J’espère que Gojira va permettre d’ouvrir des portes. Mais le problème avec la scène américaine, c’est qu’il y a beaucoup d’argent mis en œuvre. J’ai des doutes quant à ce que des groupes comme Eths ou Dagoba puissent mettre l’argent pour jouer avec Slipknot. C’est le problème argent. C’est le monde tel qui est. C’est toujours la même chose. Tout se rejoint finalement. L’argent est vraiment au centre de tout. On n’est pas dégoûté par le business, c’est dommage. On sait que c’est un jeu à jouer…

Comme faire la promo, se taper des interviews chiantes… (rires). Quoique, on dit ça mais on trouve que les magazines français sont très frileux quant à parler des groupes de l’Hexagone.
C’est vrai. Ils restent sur les valeurs sûres. Mais ça, malheureusement tant qu’il n’y aura pas une autre solution pour pouvoir vendre sa musique d’une manière légale et pouvoir gagner de l’argent avec. Quand on voit le téléchargement aujourd’hui… Les jeunes qui écoutent notre musique sont de la génération I-Pod, alors que nous, on fait encore partie de la génération qui achète des disques…

Surtout un beau digipack, comme le vôtre…
Ça, nous, on y tenait. Ça a été cool qu’avec le label, on ait pu obtenir le produit qu’on voulait. Il est vrai que les générations de maintenant ne savent plus ce que c’est que d’acheter un support. Mais je ne les blâme pas. Je ne sais pas quel est l’avenir du support physique. Je pense qu’il faut plus miser sur la vente de disques après les concerts.

Et sinon, si tout ça se mettait à décoller, vous seriez prêts à tout lâcher, à tout faire à fond ?
Si c’est bon pour nous, pour faire avancer le groupe, on le fera. On n’a pas trop d’attaches. Le groupe, c’est la priorité. Une opportunité se glisse, on est prêt à tout lâcher si c’est bon pour le groupe. On fait le choix d’une vie plus précaire par rapport à quelqu’un qui a un travail fixe qui va lui permettre de se poser, de consommer. On est moins des consommateurs. Même si il faut galérer un peu financièrement, on est plus dans l’optique de se consacrer entièrement à la musique.


ANANTA – In Media Res.
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