ANTHROPIA

Hugo Lefebvre. Retenez bien ce nom qui risque de s’imposer comme LA figure du prog métal français. Ce musicien surdoué nous avait déjà bluffés avec le premier album de son groupe Anthropia : The Ereyn Chronicles. Et avec son second opus, The Chain Reaction, il frappe encore plus fort. Une rencontre avec Hugo nous a donc paru indispensable pour faire le point sur son nouvel album, et surtout, son avenir qui s’annonce brillant.

Interview exclusive NOISEWEB

Entretien avec Hugo Lefebvre (guitares) - Par Yath
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A l’époque de The Ereyn Chronicles, Anthropia n’était pas un vrai groupe, puisque tu t’étais chargé de tous les instruments, sauf la batterie. Cette fois, on a l’impression que le line-up de the Chain Reaction est celui d’un « vrai groupe » !
C’est exact ! Même si je reste le principal compositeur, Anthropia est à présent à considérer comme tel. Cela s’entend effectivement sur le disque, car la musique a non seulement gagné en maturité mais également en personnalité, car chacun des membres du groupe a apporté sa touche d’interprétation aux compositions.

Peux-tu nous présenter rapidement les membres d’Anthropia ? Notamment leurs anciens groupes peut-être ?
Bien sûr. Comme tu l’as souligné, Damien Rainaud jouait déjà les parties de batterie sur The Ereyn Chronicles Part One. C’est un excellent batteur, qui est technique mais également très « fin » de par sa formation. Lors de l’évolution d’Anthropia en groupe, c’est donc tout naturellement que je l’ai convié à la fête. J’ai aussi joué avec lui dans un autre groupe, Hamka, dans lequel jouait également Yann Mouhad, l’autre guitariste dans Anthropia. C’est un très bon technicien également, il a un toucher particulier qui complète parfaitement le mien. Pour Nathalie, c’est un peu particulier, car je l’avais vue chanter avant le premier album d’Anthropia, et je m’étais promis de la recontacter pour un prochain projet, car j’avais été vraiment épaté par sa performance vocale. Elle chante également dans In Vitraux, dont le style tire plus vers le rock que le metal. Quand il a été question de faire des concerts pour Anthropia, je n’ai donc pas hésité à la solliciter, et elle a immédiatement accepté. J’apprécie particulièrement l’association de nos voix, qui s’éloigne considérablement de la mode chant mixte lyrique/death du moment. Quant à Julien à la basse, c’est un excellent musicien qui peut jouer à peu près de tout, il officie également dans Lord of Mushrooms, avec qui nous faisons quelques dates ces temps-ci. Bref, je suis vraiment très fier de mon équipe, ils font partie des meilleurs musiciens de la côte !

Tu restes quand même le leader, et surtout le seul compositeur ! Est-ce que ça pourrait changer à l’avenir, ou est-ce qu’Anthropia reste quand même TON bébé ?
Un peu des deux, je serais tenté de dire. La principale raison du fait que j’ai pratiquement tout composé sur The Chain Reaction est que l’album était déjà écrit à 90% lorsqu’Anthropia est devenu un vrai groupe ! Et j’avais en tête les 10% restants. Pour le prochain album, je vais bosser avec les autres membres du groupe pour proposer le meilleur album possible. Tu sais, je me fous pas mal de « gloire personnelle » ou ce genre de choses… L’important est de composer les meilleures chansons possibles pour le bien d’Anthropia, quels qu’en soient les compositeurs. Ceci étant, Anthropia restera tout de même mon « bébé » dans le sens où je sais exactement dans quelle direction musicale je veux aller.

Avez-vous déjà des retours sur ce nouvel album, The Chain Reaction ?
Oui et l’album reçoit d’excellentes critiques, il est même élu album du mois ici ou là (notamment dans Rock Hard). Je dois dire que ça fait chaud au cœur et que c’est rassurant quelque part, avec tout l’investissement et le travail qu’a demandé l’album… donc très heureux de la tournure des évènements, et on ne va pas s’arrêter là, croyez-moi !

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The Chain Reaction est encore un concept album, de quoi parle-t-il ? Ce n’est pas la suite de The Ereyn Chronicles Part 1 apparemment !
Effectivement, le nouvel album n’est pas la suite des chroniques. Je pense que c’est important de varier les plaisirs et de ne pas proposer 2 fois de suite la même chose. Non seulement pour les auditeurs, mais également pour nous-mêmes : c’est plus stimulant de composer musique et paroles avec pour trame un univers nouveau, l’inspiration vient alors d’elle-même… C’est pourquoi tous les albums d’Anthropia auront leur propre identité. Voici le synopsis de base pour The Chain Reaction : L’âme COTDM-52899 revient au royaume des âmes après une vie humaine terrestre. Comme à chaque fois, on lui dit qu’elle a bien agi lors de son existence corporelle, et que si elle se comporte aussi bien dans sa prochaine incarnation terrestre, elle sera acceptée pour sûr au Paradis à son prochain retour au royaume des âmes. Seulement voilà : notre petite âme ne croît plus à ces fausses promesses et décide de n’en faire qu’à sa tête, dans cette vie. Ce comportement et la perte tragique de son âme sœur vont hélas mener à un dénouement catastrophique pour l’humanité… C’était également une volonté initiale de mélanger plusieurs thèmes et ambiances : des évènements bibliques (le jardin d’Eden, l’apocalypse, …), un univers très terre à terre et conventionnel (le monde des humains) et un univers futuriste à la Matrix (le monde des âmes). On retrouve ce mélange également musicalement, entre les passages rock modernes épurés, les arrangements symphoniques traditionnels et ceux synthétiques futuristes.

Comment fais-tu pour composer une musique aussi complexe, finement arrangée, en plus du concept ? Tu pars d’une idée simple et tu l’étoffes petit à petit, ou ce sont des choses qui viennent globalement ?
Ca dépend, je dirais… Mais le plus souvent, je pars effectivement de la partie la plus importante sur le passage en question (que ce soit la mélodie du chant, un riff de guitare ou autre) et je brode autour en testant le maximum de choses pour garder au final ce qui rend le mieux. Il est vrai que c’est ce travail de pré-production qui prend un temps fou… La composition « basique » des chansons en elle-même n’est pas tellement contraignante, ce sont surtout ces arrangements qui font qu’une chanson d’Anthropia ne peut pas se faire en un jour. Paradoxalement, c’est personnellement une des parties que je préfère du métier de musicien, car c’est lors de cette phase où l’on voit évoluer son embryon de chanson vers un titre terminé et pro. C’est très gratifiant au final (rires).

L’album a été produit en France, mais il a été mixé par le réputé Tommy Hansen, comment avez-vous été amenés à travailler avec lui, et ça s’est passé comment ?
En fait, Tommy Hansen s’est chargé du mastering de l’album. Nous avons essentiellement communiqué par e-mail. Même si ce type a bossé avec les plus grands (en particulier Helloween), il reste quelqu’un de très abordable et son boulot est irréprochable. Pour cet album, je voulais des guitares très en avant et « rentre-dedans », j’ai été servi (rires). En ce qui concerne le mixage, il a été effectué par François Merle du groupe Manigance. J’ai passé une dizaine de jours dans son studio à Pau et tout s’est très bien passé, malgré le boulot de titan qu’on avait à boucler en seulement 10 jours. Je l’en remercie d’ailleurs car le résultat est vraiment à la hauteur !

J’ai senti l’influence de pas mal de groupes dans votre musique, et ça va du thrash à Queen ! Quels sont tes principales influences ?
Elles sont assez variées… bien sûr du metal avec Iron Maiden, Symphony X, Megadeth… mais aussi du rock prog comme Yes, Genesis, King Crimson. Je suis un grand fan de Sting qui a été mon idole pendant très longtemps – avant que je ne voue une admiration sans borne au père Dickinson (rires) - car il a écrit tant de tubes, que tu te demandes s’il n’a pas vendu son âme au diable.
J’ai également une formation classique ayant commencé la guitare classique très jeune (vers 6 ans). J’imagine que ça a également eu une portée sur ma façon d’écrire et de jouer. J’essaye d’ailleurs à chaque fois de mettre une petite allusion à cette formation classique dans mes albums. Sur The Ereyn Chronicles Part One, c’était la 3ème valse vénézuélienne « Natalia », sur The Chain Reaction, c’est l’étude n°1 de Carcassi, qui me faisait souffrir à l’époque où je la travaillais. J’ai décidé de me venger et de la faire souffrir à mon tour en la reprenant en power metal (rires). Enfin au final, j’écoute de tout, du moment qu’il y a du cœur et de l’émotion dedans.

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Quand le premier album d’Anthropia était sorti, j’avais été surpris par le « professionnalisme » du tout, ce qui est rare en France, et pour un premier album, encore plus ! Est-ce que ce professionnalisme (qui transpire encore plus de The Chain Reaction) est une chose à laquelle tu as fais particulièrement attention ?
Bien sûr… Tu sais, nous vivons à une époque où chacun peut monter son groupe et le proposer à la face du monde avec Internet. Si tu veux sortir du lot, il n’y a pas 36 solutions : retrousser ses manches et donner un rendu le plus professionnel possible aux morceaux et à l’image de ton groupe. C’est vrai qu’en plus de ça, je suis quelqu’un d’assez maniaque, et si une prise ne me plaît pas à 110%, tu peux être sûr que je vais vouloir la refaire jusqu’à ce qu’elle soit parfaite. Et ceci est valable à tous les niveaux : de la composition de morceaux, à l’artwork du CD, en passant par la prise de son, le mixage, etc… Bon, je m’arrache quelques cheveux au passage, mais le résultat en vaut la peine : qu’on accroche ou pas à Anthropia, je n’ai pas à rougir de mes albums.

Pourquoi, à ton avis, on ne voit pas ça fréquemment en France ? Même si ça vient petit à petit on dirait…
On ne voit pas beaucoup ça en France dans le Metal, car c’est un genre sous-diffusé en France. Crois-moi que si Iron Maiden et Metallica passaient à la radio et à la télé aussi souvent que les mecs de la Star Ac’ (comme c’est à peu près le cas en Allemagne, en Scandinavie, et j’en passe), ça générerait plus de vocations, les jeunes se mettraient plus tôt à la guitare, auraient donc un meilleur niveau etc... Le business de la musique en France se résume tellement à des artistes fast-food et à de l’argent vite gagné sur des « artistes » qui sont déjà finis l’année d’après, que ça ne laisse malheureusement pas de place au Metal. C’est vrai que ça commence à venir un petit peu, mais un groupe français comme le nôtre est obligé de penser à l’exportation s’il veut faire son trou…

Quelles peuvent être les ambitions d’un groupe français comme Anthropia, qui est objectivement prometteur et qui n’a rien à envier aux formations étrangères mondialement connues ?
Tout d’abord ? merci pour ce compliment ! Nous espérons simplement accroître la renommée d’Anthropia afin de participer à des projets de plus en plus grands que ce soit en terme de concert ou d’album (tournées, festivals, collaboration avec des pointures du milieu). Notre philosophie actuelle est de faire notre petit bonhomme de chemin en sortant des bons albums. Je crois qu’ensuite il suffit d’un simple déclic et de rencontrer la bonne personne au bon moment pour que le groupe soit propulsé en avant. En d’autres termes, faire déjà nos preuves à notre niveau pour prouver que le groupe est fiable. C’est d’ailleurs l’un des principaux messages que nous voulons faire passer, d’abord à l’échelle nationale, puis internationale : le groupe est là et bien là, il faudra compter avec nous à présent dans le paysage metal-power-prog !

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Allez-vous justement tourner pour The Chain Reaction, en France, mais aussi à l’étranger ?
Nous avons quelques dates de ci de là en compagnie de Lord Of Mushrooms, et nous donnons également des showcases acoustiques en Fnac. L’album a eu des excellentes retombées, et on espère que cela va motiver les tourneurs à penser à nous pour leurs prochaines tournées, d’autant plus que le groupe est lui aussi sur-motivé et plus que prêt à prendre du plaisir sur scène en voyant du pays. Pour l’étranger, nous allons y commencer la promotion, et on espère que l’engouement suscité par le groupe sera important afin de pouvoir y jouer !

Avec qui aimerais-tu tourner, dans tes rêves les plus fous ?
C’est à double tranchant comme question, car je te dirais certainement Iron Maiden. Mais on jouerait donc en première partie, et on serait donné en pâture aux die-hard fans de la vierge de fer, on se ferait donc certainement casser la gueule avant la fin de notre set (rires). Sinon, j’adorerais avec Pain Of Salvation, Symphony X car je respecte énormément leur travail respectif et que nos styles de metal colleraient bien ensemble.

Vous commencez à avoir des fans, et ils se demandent à quand l’album The Ereyn Chronicles Part 2 !
(rires) Qu’ils ne s’inquiètent pas, les chroniques ne sont pas abandonnées, juste mises à l’écart un petit moment, car comme je le disais tout à l’heure, nous ne voulons pas faire 2 fois de suite la même chose. Il est encore un peu tôt pour parler du prochain album, mais j’ai déjà tout le concept en tête. C’est un univers qui me tient particulièrement à cœur, il sera donc aussi travaillé et léché que celui de The Chain Reaction, sinon plus !

C’est peut-être le début d’une nouvelle « pression » sur le groupe, puisque vous êtes attendus maintenant !
En fait, j’avais déjà cette pression car The Ereyn Chronicles Part One avait reçu également d’excellentes critiques, et il ne fallait pas se louper avec The Chain Reaction (rires). Plus sérieusement, cette pression ne me dérange pas, au contraire, c’est grâce à elle si on peut donner le meilleur de nous-mêmes !

ANTHROPIA – The Chain Reaction
Adarca Records


Myspace : www.myspace.com/anthropia