KALISIA

C’est quand même formidable ! Les labels sortent à longueur de temps des trucs inutiles, saturant les bacs de futurs supports à poussières mais quand un groupe produit un truc monstrueux, personne n’est là pour le soutenir vraiment ! KALISIA, groupe français, vient en effet de sortir une bombe de death/prog qui a reçu des critiques unanimes, le tout dans un digipack luxueux comme il en est rarement sorti. Alors, en attendant que Cybion, leur terrible premier album intéresse enfin un vrai label et sorte à l’international, afin que Kalisia ne subisse pas le même sort que feu Symbyosis, nous avons demandé au groupe comment il avait réussi à créer cette tuerie incroyable et quel était son avenir…   

Interview parue également dans le METAL OBS' n°30 de mai 2009

Entretien avec Brett Caldas-Lima (guitares, vocals) et Laurent Pouget (claviers) – Par Will Of Death
Rechercher : dans l'interview

Comme c’est la première fois qu’on interviewe le groupe, peux-tu présenter les membres actuels ?
Brett : Salut Will. Et bien, Laurent Pouget (claviers), Thibaut Gérard (basse) et moi-même (guitares et chants masculins) sommes les 3 rescapés de la formation initiale qui a vu le jour au milieu des années 90. Les deux autres membres d’origine du groupe que sont Loïc Tezenas (guitares) et Laurent Bendahan (batterie) sont présents sur “Cybion”, qui est donc le titre de notre nouvel album (je dis “nouvel” mais je pourrais m’en passer vu qu’il s’agit en fait de notre seul album à ce jour). Ce n’est qu’après avoir enregistré leurs parties qu’ils nous ont quittés, si bien qu’aujourd’hui, Bruno Michel (ex-Fairlight) a remplacé Loïc et nous sommes toujours sans batteur, ce qui commence à nous peser car nous devons refuser des offres de concerts à cause de cet élément.

Comment a été accueilli l’album par la presse et le public ? Réactions, ventes ?
Laurent : Nous ne pensions pas que la presse serait à ce point unanime : les chroniques de “Cybion” sont toutes plus incroyables les unes que les autres ! Nous obtenons très souvent la meilleure note possible, c’est hallucinant… Mais tu vois, ce qui nous touche le plus, c’est surtout que les fans de la première heure l’aient trouvé bon. Car après les avoir fait attendre presque 13 ans, on avait intérêt à être à la hauteur. Certains nous envoyaient régulièrement des messages d’impatience, et ils nous disent maintenant que “Cybion” dépasse même leurs espoirs les plus fous. C’est le genre de truc qui fait vraiment très plaisir ! Les ventes sont plutôt bonnes puisque nous n’allons pas tarder à épuiser le stock de l’édition limitée « DELUXE » (2000 exemplaires).  Avec seulement 2 pubs dans la presse (Metal Obs’ #27 et Metallian #54) et étant distribués uniquement en France (par Season of Mist), nous sommes satisfaits. Nous espérons maintenant qu’un label se décide à nous ouvrir les portes de l’international. A bon entendeur…

Qu’est-ce qui a le plus surpris les gens, selon toi, avec cet album ?
Qu’il sorte !! (rires)
Brett : Hahaha, elle est excellente celle là, et c’est tellement vrai...
Laurent : Il faut dire qu’après tant de temps, certains n’y croyaient plus… Notre persévérance en a donc surpris plus d’un, et beaucoup ont aussi été très étonnés qu’un groupe français qui n’avait rien sorti d’autre qu’une démo en 1995 ait pu s’entourer d’invités internationaux aussi prestigieux. Mais ça, c’est uniquement grâce à Brett. Il en parle plus loin dans l’interview !
Brett : Je dirais pour ma part que la remarque qui me revient le plus souvent comme étant une “surprise” pour l’auditeur, c’est le fait que l’album passe très rapidement malgré sa durée, qu’on ne se rend apparemment pas compte que 70 minutes se sont écoulées entre le début et la fin. C’est plutôt cool, c’est mieux que de faire chier les gens comme des rats morts !

KALISIA

Quelles sont pour le moment les retombées pour le groupe ? Nouveau contrat discographique par exemple ?
Laurent : Pas encore de contrat non, même si nous avons peut-être une piste. Pour moi, la meilleure retombée, ce sont tout simplement les réactions enthousiastes qu’on peut lire un peu partout sur le web. A défaut d’avoir eu les moyens de faire une vraie campagne de promotion, comme on parle de nous en bien un peu partout, le nom Kalisia fait son chemin, de bouche à oreilles. Lire les réactions des uns et des autres est un vrai plaisir. Mais de façon plus pragmatique, il faut bien avouer que les retombées financières comptent aussi, car même si nous n’allons pas rembourser notre investissement de base, on va enfin pouvoir envisager d’acheter le matériel indispensable pour pouvoir reproduire “Cybion” sur scène dans de bonnes conditions. Eh oui, on prévoit bien de faire de la scène !
Brett : En fait, l’idéal pour nous serait de signer des contrats de licence avec différents labels pour différents pays, histoire que le projet ne soit pas tué dans l’œuf et puisse s’exporter un minimum (nous vendons directement via notre site au monde entier, mais soyons réalistes, on touche moins de monde que si nous étions présents en magasins ou soutenus et aidés par des labels “sur place”. Mais on semble continuer à n’intéresser personne... On s’habitue.
Laurent : Pas vraiment personne quand même… mais pas les plus gros, c’est clair.

Comment définis-tu le style de cet album ?
Ah, ce besoin de toujours tout définir… C’est étonnant de voir combien ça gêne les gens de ne pas pouvoir mettre quelque chose de nouveau dans des cases bien précises. Attention ! Nous n’avons aucunement la prétention d’avoir inventé quoi que ce soit, mais nous ne nous sommes jamais imposés de restrictions non plus. Alors notre style, s’il est résolument métal et progressif, varie aussi de l’électro au heavy, du death au symphonique, du black à l’atmosphérique, du mélodique au power, du trucmuche au machin-chose quoi… Il est très probable que ceux qui n’ont pas l’esprit un tantinet ouvert passeront à côté de ce disque.
Brett : N’écoutez pas Laurent, c’est du Metal Evolutif et pis c’est tout ! (rires)
Laurent : Ouais, on n’a qu’à dire ça !

Pourquoi est-ce qu’il vous a fallu 10 ans pour sortir ce projet ?
On a pris le temps, on voulait bien faire les choses ! Tout était toujours matière à discussion, nous ne voulions garder que le meilleur. Avec trois compositeurs, il y a certes plus d’idées mais c’est plus compliqué de les faire accepter de tous et de les imbriquer pour former un tout cohérent. Surtout que nous avions un script à respecter, des contraintes techniques et personnelles à gérer… Au moment de “Skies”, la démo, nous étions tous étudiants, mais par la suite, nous avons dû trouver du travail, plus ou moins prenant, certains ont même été amenés à déménager... ça ne facilitait pas les choses. Trouver une chanteuse n’a pas été simple non plus, nous y avons passé beaucoup de temps… Enfin, “Cybion” était composé en 2003, mais nous avions encore le livret 36 pages à concevoir, et surtout… à l’enregistrer nous-mêmes, ce putain d’album, puisque les labels étaient déjà émasculés à cette époque. Nous n’y connaissions pour ainsi dire rien en matière d’enregistrement, mais Brett était motivé pour s’atteler à la tâche. On a donc investi dans du matériel et il s’est plus ou moins formé à son boulot actuel de producteur en s’essayant à la production de “Cybion”. Tâche ô combien sous-estimée au départ, et qui l’a conduit aujourd’hui à devenir ce psychopathe livide et tremblotant capable de rires nerveux convulsifs à la simple évocation du mot « cybion »… (Tu me dis si j’en fais un peu trop Brett, hein)
Brett : ... (** bave bave **)
 
Ici, on pense quand même que Brett est un grand malade, mais au sens créatif du terme ! Peux-tu nous expliquer d’où t’est venue cette idée d’inventer carrément un langage futuriste et une grammaire propre à ce langage ?
Je voulais que la chorale chante en latin mais j'avais la flemme de l'apprendre !!! Et puis cela n'avait aucune justification dans l'histoire, alors qu'une langue nouvelle, universelle, commune entre toutes les races de l'univers, une sorte d'esperanto galactique, en avait beaucoup plus et est même une nécessité quand on y réfléchit. Alors, j'ai étudié différentes langues comme... le latin (sic), le sanskrit, l’anglais, l’arabe, le grec, l’allemand, le japonais, et même le quenya ainsi que le tengwar (les langues inventées par Tolkien) pour obtenir le Kal, un langage crédible, articulé, possédant sa grammaire propre et sa sémantique, son étymologie et sa logique. Je lui ai également crée une calligraphie propre. Et un avantage certain, c'est que je vois mal quelqu'un venir me voir pour me dire "y a une faute là" ! En revanche, je tiens à préciser que je n'ai pas inventé de mots dont je n'aurais pas l'usage, mon "dictionnaire" s'agrandissait au fur et à mesure de mes besoins (ne me demandez donc pas comment dire "chaussette" ou "lave-linge" en Kal !!!).

KALISIA

Que raconte en gros l’histoire de Cybion et comment l’avez-vous articulée avec la musique ?
Laurent : Brett va encore gueuler si j’en dis « trop » car il trouve plaisant de laisser les gens deviner les tenants et les aboutissants de l’histoire. De mon côté, je pense quand même que quelques indices sont les bienvenus pour au moins les mettre sur la voie. Pour commencer, le cybionte (cybion en anglais) est notre macro-organisme planétaire, dont les humains font partie, et tel que décrit dans l’ouvrage « L’Homme Symbiotique » de Joël de Rosnay. L’histoire commence au moment où le cybionte naît. Comprendre par là que jusqu’à présent, il n’était encore qu’un fœtus. Ses tuteurs cosmiques vont entreprendre son éducation au travers d’un certain nombre d’humains, dont Keiji Otsuka, un docteur en nanotechnologies. Les recherches de ce dernier vont le conduire à découvrir une sorte d’immortalité, fragile mais possible. A partir de là, une scission va s’opérer, et conduire une branche de l’humanité à un incroyable destin… La question à la base de “Cybion” est : Quel est l’avenir de l’humanité dans l’Univers ? Va-t-elle s’ouvrir et s’étendre ou au contraire se replier sur elle-même en créant sa propre réalité, qui anéantirait toutes contraintes physiques ? Cette seconde solution, aussi séduisante soit-elle, est-elle vraiment compatible avec l’essence du vivant ? Plusieurs races et de nombreux personnages interviennent tout au long du concept, nous avons d’ailleurs inclus un glossaire dans le livret pour aider les gens.
Brett : Et voilà, tu en as encore trop dit !!! (rires) On a vraiment beaucoup travaillé pour que les paroles et la musique forment un tout cohérent, on a fait de nombreux aller-retour entre les deux afin de mieux les fusionner en quelque sorte. Ça a ajouté une surcharge de travail non négligeable mais c’était nécessaire à nos yeux.

Vous avez sorti l’album dans un packaging incroyable, et pour nous, c’est même quasiment du jamais vu... Ça a dû vous coûter une fortune de faire fabriquer ça, non, d’autant qu’il est vendu sur votre site au prix ridicule de 14 € et que du coup, vous ne gagnez rien dessus ?! Tu peux nous le décrire ?
Laurent : Dès le début, nous savions que nous allions proposer “Cybion” dans un super packaging. Nous avons fait appel à deux illustrateurs pour mettre en images le livret de 36 pages. Celui-ci est inséré dans le premier des quatre volets qui constituent le digipak. Le CD de “Cybion” prend place sur le second volet, et celui d’ORIGINS est sur le troisième. Ce second CD contient la démo “Skies” plus quatre reprises de groupes qui étaient nos principales influences à nos débuts : Cynic, Dream Theater, Emperor et Loudblast. Ces reprises ont été l’occasion de faire venir de prestigieux invités.
Brett : Il faut aussi être honnête, c’est pour attirer le chaland que l’on propose un aussi beau produit, le packaging est aujourd’hui une des seules armes valables contre le téléchargement illégal de la musique. Le prix également. Or, avec un superbe digipak pas cher, on met toutes les chances de notre côté, certes en réduisant considérablement la “marge”, mais tant pis... Comme l’a dit Laurent, on ne se remboursera pas de nos investissements initiaux, alors autant se faire plaisir et faire plaisir.

Peux-tu revenir un peu sur le son de l’album, qui est pour moi un peu son seul point faible car ça aurait mérité un tout petti peu plus de puissance… Dans quelles conditions avez-vous enregistré et comment juges-tu le résultat final, personnellement ?
Brett :... (** bave bave **)
Laurent : Et voilà, c’est malin… Avec ta question à la con, il nous fait une crise… Faut être délicat Will, c’est un sujet sensible et une période qu’il préfèrerait oublier, je crois ! N’empêche que le son, à part peut-être la batterie qui manque sûrement de feeling, on le trouve pas mal nous… Compte tenu du boxon que cet album représente en termes de mixage, c’est un beau résultat.

KALISIA

Sur l’édition limitée, vous avez des invités incroyables pour les reprises ! Quand j’ai vu la liste, je me suis demandé : « mais comment ont-ils fait ? ». Justement, comment avez-vous réussi ce tour de force et y a-t-il des gens que vous auriez voulu voir figurer sur ce deuxième disque qui n’ont pas voulu ou pu ?
Brett : Ben, en fait, chacun des invités a une histoire différente. Par exemple, pour Arjen Lucassen d’Ayreon, nous correspondons par email depuis des années, pour Paul Masvidal de Cynic (ex- Death) avoir chanté avec Cynic et avoir été leur ingé-son sur quelques tournées a également facilité l’approche. Christophe Godin (Morglbl Trio et Metal Kartoon) et Charly Sahona (Venturia) sont des amis de longue date. J’ai travaillé avec Tom McLean (To-Mera) et Sonm (Forest Stream) en tant que producteur sur les albums de leurs groupes, donc idem, les liens étaient déjà tissés. Pour Angela Gossow (Arch Enemy), un message sur sa page Myspace a suffit à la convaincre, idem pour David ScottMcBee. Quant à Ludovic Loez (SUP), c’est lors d’un concert de son groupe à Avignon que je suis allé le voir (il connaissait déjà Kalisia car nous avions participé à un Tribute album à SUP). Mais tu sais, j’ai évidemment essuyé plusieurs refus (ou n’ai bien souvent même jamais eu la moindre réponse), ou ai dû faire face à plusieurs désistements mais par décence, je tairai les noms de ces salopards (rires).

Je suppose qu’on ne sort pas indemne d’une telle aventure… Etes-vous déjà en train de bosser sur une suite de Cybion ou sur un autre album de Kalisia ?
Ah non, ça, on n’en sort vraiment pas indemne (** essuie la bave qui coule encore **)
Laurent : (rires) Euh… pas vraiment non ! Même si personnellement, j’ai déjà des idées assez précises, la priorité est pour l’instant “Cybion”. On a mit 13 ans à le pondre, on ne va quand même pas passer à la suite 3 mois après sa sortie ! On verra ça l’an prochain, selon le petit bout de chemin qu’on aura fait avec “Cybion”…

Aura-t-on la chance de vous voir défendre cet album sur scène ? Déjà, est-ce possible, selon vous ?
Oui, c’est possible ! Nous serons 6 sur scène, Elodie notre chanteuse aura un clavier pour m’aider à reproduire certaines parties synthé à 4 mains, et le batteur jouera au click de façon à ce que nous puissions utiliser des samples (pour la chorale notamment). En plus de la guitare rythmique, Brett se chargera de toutes les voix masculines de l’album et Brun’s le secondera de temps en temps pour certains chants agressifs. Comme nous l’évoquions plus haut, nous allons sous peu investir dans le matériel qui nous manque. Nous comptons par exemple nous passer de retours de scène classiques et gérer nous-mêmes cet aspect via un système de moniteurs in-ear sans fil et une table de mixage personnelle. Nous espérons pouvoir monter sur scène début 2010. Il est peu probable qu’on nous offre dès le début l’opportunité de jouer “Cybion” en entier, alors nous devrons choisir une ou deux parties parmi les 4…
Brett : Enfin, tout cela si nous arrivons à trouver un batteur d’ici là. On vient de devoir refuser un concert à Athènes en Grèce avec Cynic au mois de Juillet, et c’est le genre de chose qui fout bien les boules quand même...

Que peut-on vous souhaiter maintenant que l’album est sorti depuis 3 mois ?
Laurent : Que le bouche à oreille se poursuive, que la presse continue à s’intéresser à nous (merci pour l’interview !) et que nous signions un super deal pour l’international ! On espère aussi enfin porter un choix définitif sur le remplaçant de Laurent B, notre ancien batteur, et début 2010 faire des concerts devant tous ceux qui nous attendent. Bon, il y a beaucoup d’autres trucs qu’on pourrait nous souhaiter, mais je sens que je vais dire des conneries, alors il vaut mieux que j’arrête là… (rires)
Brett : Ce serait vraiment énorme que nous puissions participer à un maximum de festivals l’année prochaine (en France comme à l’étranger), mais il faut que l’on soit très bons sur scène, car notre musique n’est déjà pas simple à assimiler sur disque, alors en concert, si le son est mauvais et l’interprétation défaillante, on ne risque pas de séduire grand monde. Il nous reste bien du travail avant de tourner la page “Cybion”.

Un dernier mot pour les lecteurs, peut-être pour les décider définitivement à acquérir l’album, si ce n’est déjà fait ?
Laurent : QUOI !? Il y aurait des lecteurs qui n’auraient pas encore leur Limited Deluxe Edition de “Cybion” ?! Pour 14 € (plus 3 € de port si vous habitez en France, 6 € à l’étranger), vous avez un double CD avec plus de deux heures de musique et un livret couleur 36 pages, le tout dans un épais digipack du plus bel effet :-) Pour l’acquérir, rien de plus simple : vous allez sur www.kalisia.com, vous cliquez sur le bon bouton et voilà ! Et si vous vous tâtez encore, il est téléchargeable légalement pour 3 € au même endroit, réduisant ensuite le prix du digipak à 12€50. Merci à tous ceux qui l’ont déjà acheté ainsi, leur soutien est très précieux car c’est grâce à eux que nous pourrons monter sur scène…
Brett : Merci de votre intérêt et de votre soutien !


KALISIA – Cybion
Auto Prod / Season Of Mist



Site : http://kalisia.free.fr

Myspace : www.myspace.com/kalisia