ASPHYX

S'il a totalement disparu de la circulation dans les années 90, depuis son retour avec Hail Of Bullets, Martin Van Drunen n'arrête plus ! Un album de Hail Of Bullets donc, un maxi avec le même groupe, des apparitions sur des albums divers (The Project Hate, Lay Down Rotten) et surtout : la reformation d'ASPHYX. Le groupe de doom/death mythique s'est reformé l'année dernière pour quelques shows exceptionnels et depuis, la routine a repris : nouvelles compos et nouvel album dont il assure la promotion ! Mais qu'est-ce qu'ils ont tous ces trentenaires, voire quadragénaires, à se reformer ? D'où vient cette nouvelle rage ? On a plein de questions à te poser, Martin...

Interview parue également dans le Metal Obs' 31 de juin 2009

Entretien avec Martin Van Drunen (vocaux) – Par Yath
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Salut Martin ! Félicitations avant tout pour ce nouvel album, il est excellent !
Ah merci mec, ça fait plaisir !

Ça fait quoi d'être de retour dans Asphyx ? T'as quitté le groupe depuis plus de quinze ans !
C'est juste génial ! Tu sais, on s'est reformé pour un show exceptionnel (le groupe s'est produit au festival Party San en 2007 -ndlr-) et depuis, tout s'est déroulé si naturellement... Et voilà qu'on a un nouvel album sous le coude ! Franchement, personne n'aurait cru ça il y a quelques temps. 

J'aimerais quand même revenir sur le processus de cette reformation. Après quelques concerts, vous avez donc enregistré un 7'' (le single Death The Brutal Way, sorti sur Iron Pegasus en 2008 - ndlr-), c'est ça ?
Exact, c'est tout à fait ça.

Et que s'est-il passé par la suite ? Il y a quand même une grosse différence entre enregistrer un single pour le fun et réaliser un nouvel album !
Écoute, on a tout de suite retrouvé l'alchimie dans ce groupe. Et un beau jour, on s'est simplement retrouvé avec quatre nouvelles compos. Franchement, c'est aussi simple et naturel que ça. On n’avait pas beaucoup jammé, et quand on s'y est mis, Paul (Baayens – guitares -ndlr-) nous a sorti de ces riffs ! On s'est dit : « WOW, c'est géant ce qu'on tient là » ! Et ces quatre titres ont coulé de source. C'était en juin l'année dernière. On s'est alors dit que ça valait le coup de faire un nouvel album. On s'est aussi entretenus avec notre maison de disques (Century Media) qui a bien voulu adapter notre contrat et c'est parti.

Y a-t-il un moment précis ou vous avez retrouvé l'alchimie qui vous unit ?
C'était immédiat. Dès le premier show, même avant ce show. On a répété quelques fois et tout de suite, on a ressenti cette alchimie, cette magie. Et on savait que ça allait marcher. Tu sais, si en salle de répètes, tu headbangues comme on l'a fait, alors sur scène, ça ne peut que marcher ! Si tu prends tellement de plaisir à jouer, il suffit de laisser la musique faire le reste (rires).

Est-ce que l'un d'entre vous a posé des conditions à cette reformation ? Des trucs à ne pas faire, des erreurs du passé à ne pas commettre, des restrictions ? Ce n'est pas anodin de faire un nouvel album, le promouvoir, tourner et relancer toute la machine !
Humm...Non, pas du tout. Ce qui est génial ce coup-ci, c'est que tout s'est fait si tranquillement. Notre ingé-son de toujours, Frank, avait installé un studio chez lui et il voulait qu'on l'essaye. Et c'est là qu'on a jammé ensemble au début. D'où les fameux 4 premiers titres dont on a parlés plus tôt. Génial, non ? (rires).

ASPHYX

Pas de pression donc, et pas de prises de tête !
Non, pas du tout, aucune pression, pas de conditions ou de discussions, juste du fun.

C'est un vrai phénomène aujourd'hui, tous les groupes des années 90 se reforment ! Et bizarrement, alors qu'ils n’étaient pas si populaires à l'époque, ces groupes reviennent avec un certain statut et une aura importante. Qu'est-ce qui s'est passé ces dernières années, à ton avis ?
Je pense en fait que les gens en ont marre de tous ces groupes très complexes, très rapides et sophistiqués. Il y a plein de groupes qui jouent ce genre de musique maintenant. Mais les gens se sont rendu compte qu'ils ne s'amusaient pas tant que ça en écoutant ces groupes, ils ne pouvaient pas headbanguer et se défouler ! Tous ces groupes des années 90 ont été enterrés trop vite. On a tout de suite été dépassé par ce phénomène de death ultra-rapide et complexe. En deux ans, on était mort ! Aujourd'hui, les gens ont pris le temps de digérer tout ça et se disent que les groupes oubliés très vite ne sont peut-être pas si nuls que ça. Et même les jeunes se mettent à redécouvrir ce Death Metal comme on le pratique, efficace et puissant. On a vu plein de jeunes dans notre public sur les concerts qu'on a donnés et ça nous a étonnés, on ne s'y attendait pas du tout ! C'est ma théorie sur cette histoire, peut-être qu'elle n'est pas exacte, mais en tout cas, je ne trouve pas d'autres explication. Je ne suis pas le METAL DOCTOR ! Mais je pense qu'au final, la question que tout le monde se pose et moi le premier est celle là : « est-ce que je m'amuse quand je vois ce groupe sur scène ?». Et franchement, plein de nouveaux groupes m'ennuient sur scène, je veux les voir se déchaîner, tout péter. Plein de jeunes groupes restent scotchés, concentrés sur leur instruments...Ce n'est pas ce que j'aime voir dans un concert.

C'est peut-être aussi dû au fait que dans les années 90, tout le monde avait envie de réinventer le style Metal...
Ouais, et t'as plein de musiciens qui ont composé des chansons pour musiciens, pour montrer à quel point ils maîtrisent leur instrument. Ces gens-là ont oublié l'essentiel : pour composer un bon morceau, il faut un bon songwriting avant tout, pas de la technique ! Ça sert à rien de caser autant de riffs que faire se peut sur une même chanson, ce n’est pas de la musique ça ! La musique doit avant tout être basée sur un feeling.

Les gens sont donc en train de redécouvrir ce que tu me racontes là. Mais toi, tu le sais depuis 20 ans (rires) ! Ça ne t'énerve pas de voir que les gens ont 20 ans de retard, et que tu sois obligé de splitter, puis de reformer ton groupe le temps qu'ils comprennent ??
Je dirais simplement mieux vaut tard que jamais (rires) ! Au moins, je peux encore jouer (rires) ! Si les gens avaient 15-20 ans de retard supplémentaire, je ne sais pas si j'aurais pu m'y remettre (rires) ! Mais bon, c'est juste super de pouvoir remettre ça tant qu'il est encore temps. Je ne me morfonds pas non plus à me dire que j'aurais aimé être plus jeune, j'apprécie ce moment pleinement.

Bon, parlons enfin de ce nouvel album, dont la prod' est juste monstrueuse, soit dit en passant. En quoi ce nouvel Asphyx est-il différent ? Est-il différent d'ailleurs de ce que vous avez proposé dans le passé ?
Humm...Pas si différent, je dirais. On a surtout essayé de retrouver la vibe d'il y a quelques années. La seule différence est qu'on a tout composé ensemble cette fois. Et puis, il y a ce mix monstrueux de Dan Swanö qui évidemment rend le son fantastique. Mais au niveau du songwriting, on a cherché à capturer le véritable esprit d'Asphyx simplement. C'est comme la suite logique de Last One On Earth (1992 -ndlr-).

Et comment décrirais-tu la musique d'Asphyx à un jeune fan de métal qui n'a jamais entendu parler du groupe ?
C'est juste du PUR RAW DOOM DEATH ! C'est ce qui vient de nos tripes, point barre.

J'allais y venir justement, quand on écoute Asphyx, on est obligé de headbanguer de la première à la dernière seconde...
Ouais, mais c'est exactement ce que nous faisons nous-mêmes ! Et sur scène, on aime headbanguer aussi ! C'est tout le fun dans l'histoire, on est comme tous ces gamins qui viennent se déchaîner en concert, ni plus ni moins (rires) !

Avez-vous quand même incorporé des influences plus modernes à votre son ? Des trucs qui vous ont marqués ces dernières années ?
Non, on s'est juste concentré sur notre personnalité. On est Asphyx, et tu ne trouveras pas de passage jazz à la con ou de blast beats de merde ! Sinon, ça ne serait plus Asphyx ! Et comme je te l'ai dit, le plus important pour nous était de retrouver notre véritable esprit, celui qui a toujours animé Asphyx.

En gros, Asphyx, c'est juste du rock'n'roll joué de manière très heavy...
(Rires) Ouais, on peut dire ça, surtout quand tu vois la structure de nos compos, c'est juste du rock'n'roll !

ASPHYX

Le titre de l'album, Death The Brutal Way, est sans ambigüité aussi...
C'est un vieux slogan d'Asphyx, que tu peux retrouver dans les livrets de nos anciens albums. C'est un clin d'œil au passé, une façon de nous adresser à nos anciens fans. Ceux qui nous suivent depuis longtemps le reconnaîtront.

Le son de l'album est remarquable. Il a été mixé par Dan Swanö mais vous l'avez enregistré avec votre ingé-son live, c'est ça ?
Tout à fait. On l'a enregistré dans des conditions très relax. On a juste réglé le son comme sur scène et on a branché notre matos pour envoyer la sauce ! Et ensuite, Dan fait son travail comme d'hab’, tu lui envoies le son et il fait opérer sa magie !

Tu t'es occupé des paroles pour l'album ?
Oui, j'ai tout écrit.

Et y a-t-il un ou des thèmes particuliers ?
Pas de restrictions particulières, mais comme tu l'as noté, l'album s'appelle Death The Brutal Way, donc chaque chanson parle d'une mort brutale. Toutes les chansons parlent de mort, en fait (rires) ! Ce que j'ai fait, c'est que pour chaque compo, j'ai essayé de visualiser le type de brutalité qui s'en dégageait. Et c'était assez simple au final, les titres me sont venus rapidement. J'ai toujours fonctionné de la sorte, de manière instinctive. Il y a donc des maladies, de la guerre, l'Armageddon, de l'imaginaire... Tous en relation avec une mort brutale !

Sur un plan plus personnel, tu ne t’arrêtes pas, en ce moment ! Tu prépares un maxi avec Hail Of Bullets, non ?
Ouais, on bosse encore dessus, je ne sais donc pas quand il sortira...

Et vous préparez un split avec Asphyx.... Qui sera sur la deuxième face ?
Ouais, mais d'où tiens-tu cette info ? On n'a même pas choisi le groupe encore ! (Désolé mec, on a lu ça sur internet, et c'est l'autre groupe qui l'a annoncé ! -ndlr-).  On a en effet une idée avec un groupe qu'on adore, mais c'est juste une idée pour le moment, donc je préfère rester discret là-dessus.

T'as complètement laissé tomber la musique pendant un moment, qu'as-tu fais durant cette période ?
C'est vrai, j'avais un boulot normal et régulier. Un job que j'aimais bien, d'ailleurs. Mais je me suis fait virer, et je me suis dit, FUCK, je ne vais pas recommencer à chercher un job merdique et précaire et me faire chier avec un boss au-dessus de ma tête. Tout ça pour finir par prendre une retraite mal payée et aller dans une maison de retraite. J'ai donc décidé de reprendre ce job de rêve qu'est le travail de musicien. Je reviens donc avec beaucoup de fraîcheur et d'envie ! 


ASPHYX – Death The Brutal Way
Century Media / EMI



Myspace : www.myspace.com/officialasphyx