COMITY

Auteur d’un nouvel EP aussi fantastique qu’original, Comity donne aujourd’hui une suite à son « …As Everything Is A Tragedy ». Une ligne de plus à la discographie captivante de ce combo parisien, qui, faute de passer sur les ondes FM, construit des instants intenses destinés à ceux qui veulent bien prendre le temps d’apprécier. Vu les 17 minutes qu’ils nous ont offert, nous avons voulu en savoir un peu plus sur ce groupe à l’approche sincère.

Interview parue également dans le Metal Obs' 31 de juin 2009

Entretien avec François (guitare) et Thomas (Chant/Basse) - Par Gilles Der Kaiser
Rechercher : dans l'interview

Le split de deux ans a-t-il eu une influence sur votre musique ?
François : En réalité, nous n'avons jamais réellement splité... Lorsque Guillaume (ancien batteur) a quitté le groupe, nous avons immédiatement décidé de chercher un nouveau batteur. Durant cette recherche, nous avons continué à composer. Nous avons annoncé le split du groupe parce que nous nous attendions à un réel changement musical en changeant de batteur. Nous en avons auditionné plusieurs, Nico est arrivé en connaissant toutes les parties de l'album que nous venions de sortir. De là, les répétitions ont commencé avec lui, nous avons travaillé entièrement ce dernier album pour pouvoir le rejouer sur scène, et parallèlement, nous avons composé You Left Us Here... Donc, pour revenir à ta question, le split de deux ans n'a pas réellement eu d'influence sur notre musique, tout simplement parce que nous n'avons pas arrêté de jouer ensemble et de répéter.

Comment positionnez-vous ce You Left Us Here... par rapport à vos sorties précédentes ?
Nous avons l'impression que c'est la suite logique de l'album ...As Everything Is A Tragedy,  un peu comme si cette dernière sortie était la dernière chanson de l'album précédent.

Un morceau de 17 minutes à la grammaire complexe : un hommage à E.E Cummings (que vous citez sur votre Myspace notamment) et à son utilisation de la syntaxe peu banale ?
Pas vraiment, on a toujours construit notre musique de cette facon... Après, les gens peuvent y voir une interaction mais sincèrement, ce n'est pas voulu. Il n'y a pas de rapport direct entre l'écriture de Cummings et la nôtre. Le délire autour de Cummings vient d'une citation (que l'on retrouve dans le livret du disque) tirée d'un autre livre, "Les Dieux Du Fleuve", de Philip José Farmer, qui, lui, par contre, a été un bon point de départ pour le texte de You Left Us Here... Le constat de départ de l'auteur dans ce livre est exactement celui que nous essayons d'exprimer depuis nos débuts avec Comity. C'est-à-dire voir Dieu comme une force créatrice inconsciente, qui disparaîtra en même temps que tout le reste. Ce qui fait que nous sommes aussi des forces créatrices, conscientes cette fois. Mais nous ne savons pas dans quel but.  Ni pourquoi on nous a laissés ici. Notre musique exprime cette idée je pense, tout comme les livres de Farmer. L'artwork est inspiré des travaux de Cummings, mais il faudrait en parler avec Anthony Gauchy, notre graphiste. Sinon, dans le texte, une citation de Jack London croise celle de Cummings : "the function of man is to live, not to exist". Ça résume bien les idées que nous avons développées dans You Left Us Here...

Comment se passe le processus de composition au sein du groupe ? A-t-il changé depuis votre retour ?
Non, le mode de composition n'a pas vraiment changé. Yann et moi composons des blocs, que nous ramenons en répétition. Là, nous modelons le tout pour lui donner une forme cohérente dans laquelle on se retrouve tous. Ce qui a changé en revanche, c'est la composition basse/batterie qui est beaucoup plus travaillée qu'à l'époque. Nous avions tendance à faire passer la basse au second plan, mais depuis que Thomas (chant) a pris la basse, l'instrument est vraiment integré lors de la composition.

Le contraste entre le côté très atmosphérique et les passages plus sombres et oppressants est particulièrement intéressant. Que souhaitiez-vous exprimer avec cela ?
Ce ne sont pas des passages à prendre séparément. Sur ce morceau, nous avons fait évoluer les riffs. En partant d'un riff lent, et simple, que nous avons complexifié de boucle en boucle, essayé de faire monter une certaine tension / pression. L'objectif pour nous est toujours de faire passer un maximum d'émotions, de sentiments, de sensations. Les moments plus lents, plus « atmosphériques », ont leur importance pour mettre en valeur le plan d'après, qui lui, sera parfois plus développé et plus « lâché ».

COMITY

Côté production, tout est très propre. Mais le chant, particulièrement guttural, est passablement mis en avant. Pourquoi un tel contraste ?
Thomas : Le fait nouveau pour moi est que je tiens la basse en plus du chant, et je ne voulais surtout pas que le chant soit influencé par mon jeu à la basse. Je voulais que les lignes de voix restent libres. Donc, pour la première fois, la quasi-intégralité du chant a été composée après la musique et seule. Il y a des interactions bien sûr, mais seulement lorsque c'était voulu en amont en composant la basse.  Je ne voulais surtout pas que le chant soit au rabais par rapport à nos anciennes prods où je ne me focalisais que là-dessus. Je pense que c'est pour ça que les gens ont cette impression et c'est tant mieux parce que ce contraste dont tu parles n'est pas vraiment conscient. Ça vient aussi sûrement de la prod, vu que les instruments et la voix ont été enregistrés dans deux studios différents à deux moments différents et que cet effet a été encore plus travaillé au mixage final.

Ces dernières années, des groupes ayant une approche très expérimentale et chaotique du métal (Dillinger Escape Plan, Converge, etc.) ont atteint une certaine notoriété médiatique. Que pensez-vous de l'accession de ce genre de musique dans les grands médias du « rock » ?
François : Ces groupes sont de plus en plus connus et reconnus, et c'est normal, ce sont d’excellents musiciens avec des morceaux très bien composés... Même s’ils sont parfois difficiles d'approche pour des gens qui n'ont pas l'habitude de ce genre de musique, ils existent et méritent leur notoriété. L'effet Internet joue aussi, maintenant les gens écoutent de plus en plus de groupes, découvrent des nouveaux artistes tous les jours. Les goûts musicaux évoluent, et les auditeurs sont de plus en plus éclectiques.

L'aspect visuel semble également être très important pour vous. Quel regard portez-vous sur le fait que le téléchargement prenne le pas sur les supports matériels ? En d'autres termes, l'oeuvre peut-elle être complète via Internet uniquement ?
Tout dépend de la démarche du groupe. Certains artistes n'y attachent pas beaucoup d'importance. D'autres considèrent que le visuel fait partie integrante de l'oeuvre du groupe. C'est le cas de groupes comme Oxbow, Neurosis, Shellac... Pour ces groupes-là, le visuel est complémentaire à la musique, en allant parfois à l'opposé de la démarche musicale, ou en l'accentuant. En téléchargent ces groupes, j'aurais l'impression de n'avoir que la moitié de l'oeuvre. L'objet en lui même est très important ; certains groupes jouent parfois avec la matière (comme God Speed qui sortent leur CD’s avec du carton recyclé), d'autres avec des touches de vernis à certains endroits, la manière dont va se déplier le livret...

Mise à part la version CD de You Left Us Here..., allez-vous le sortir en différentes éditions, en différents supports, etc. ?
Effectivement, nous y pensons. On aimerait sortir You Left Us Here... en version vinyle, avec un visuel un peu différent... un projet de cassette est également en train d'être discuté...

Les compliments ne manquent pas sur vos prestations scéniques. Que représente le live pour vous ?
Le live est la suite logique de notre travail en studio. C'est le moment où nous partageons notre musique directement avec le public. Se retrouver tous les quatre sur scène pour interpreter nos morceaux est un moment de plaisir intense et dont nous ne pourrions pas nous passer.

Quels sont vos projets pour les mois à venir ?
Nous composons le prochain album, et espérons partir en concert le plus possible, rencontrer un maximum de groupes, de personnes, sur la route.


COMITY - You Left Us Here...
Trendkill Recordings



Myspace : www.myspace.com/comity