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cela fait un petit moment que nous les surveillons du coin de l’oeil. Et aujourd’hui, nos espoirs sont enfin récompensés. Il faut dire que l’univers que ces Toulousains se sont forgés au fil des années trouve enfin écho sur un album, chez Metal Blade de surcroît. Il était donc temps de faire la lumière sur ce groupe méritant.

Interview parue également dans le Metal Obs' 31 de juin 2009

Entretien avec Franck (guitare), Mika (basse) et Mathieu (chant) – Par Geoffrey
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Peux-tu présenter l’histoire du groupe à nos lecteurs qui auraient hiberné ces dernières années ?
Franck (guitare/choeurs) : (rires) Tu sais, beaucoup de gens ne nous connaissent pas encore donc il faut présenter E.N.D ! Le groupe s'est formé en 2001. A cette époque, nous opérions plutôt dans un Power-Metal dans la veine de Machine Head / Skinlab. Nous avions un autre chanteur du nom de Jérôme et avons effectué quelques concerts avec lui et enregistré une petite démo « artisanale »... C'est le terme (rire). Suite à ça, nous nous sommes séparés de lui car il ne pouvait pas s'impliquer sérieusement dans la musique pour des raisons professionnelles. Trouver un nouveau chanteur ne fut pas une chose facile car nous avons mis 1 an pour trouver le bon en la personne de Mathieu. Durant celle-ci, nous avons durci le ton de notre musique et travaillé un côté plus sombre, plus apocalyptique… 6 mois après l'arrivée de Math, on reprenait les concerts (Juin 2004) pour nous amener début 2005 à enregistrer notre EP The Never Ending Whirl Of Confusion au ConKrete Studio de Mobo à Bordeaux. Avec cet EP, on a pu pas mal jouer un peu partout en France et même à l'étranger. On a fait le HellFest 2007 qui reste un super souvenir... Mi 2006, notre ancien bassiste Julien (Mo pour les intimes) a dû stopper toute activité musicale pour cause d'hyperacousies et autres acouphènes. Ayant des dates à assurer, nous avons appelé Mika (guitariste alors dans Disphoria et Ethersens actuellement) pour le remplacer au pied levé car c'est un excellent musicien et il a assuré grave pour apprendre les morceaux en 15 jours à peine. Eté 2007, nous sommes repartis au ConKrete Studio pour enregistrer Hydra Lernaia et nous voilà aujourd'hui avec ce disque enfin dans les bacs fin Juin en Europe et aux Etats-Unis chez Metal Blade, qui est l'un des plus gros labels de metal au monde. Nous sommes ravis.

Formés en 2001, ce n’est qu’en 2005 que sort votre premier maxi. Que retiens-tu de cette époque ?
De la colère, du stress à savoir si nous allions trouver enfin un chanteur de qualité et une période de grosse remise en question musicale. Disons qu'on a perdu une grosse année avec ce problème de line-up pas complet.

Le groupe a écumé les routes avec les plus grosses pointures de l’Hexagone, et la scène est un de vos points forts. Comment décrirais-tu l’expérience END sur scène ?
La scène est un moment spécial pour nous... Très intense… Un peu comme un combat : c'est nous « contre » le public. Tu vois ce que je veux dire ? Nous sommes chacun dans notre monde une fois les premières notes lancées. On essaie de construire nos sets de manière à faire voyager les gens, de les emmener avec nous dans notre univers. Or, cet univers est une espèce de chaos, tu dois y être malmené... Donc, il y a ce côté hypnotique et d'un coup, le côté chaotique qui te saute à la gueule, qui te sort brutalement du sentiment confortable installé par l'ambiance précédente, etc. Sans cesse perturbé et déstabilisé, tu perds ainsi tes repères et ne sais plus sur quel pied danser, d'où cette sensation d'oppression. CQFD !!!! (rires). C'est difficile d'avoir à décrire ça. Comme on est sur scène, on vit ça de l'intérieur et on n'est sans doute pas les plus objectifs. Mais bon, en tant que journaliste responsable, tu as posé la question à tes risques et périls et tu as donc eu la réponse que tu mérites ! (rires)
Mika (basse) : J’ajouterais que la sortie du disque est une aide précieuse pour le live car la plupart des morceaux d’Hydra Lernaïa ont été joués sur scène mais le fait pour le public de ne pas les connaître sur disque rendait les choses plus difficiles en termes d’assimilation. Jouer tous ces titres sans support pour préparer ou prolonger le plaisir du public commençait à manquer de sens.

Le nom du groupe circule depuis de nombreuses années, comment se fait-il que vous ne sortiez votre album que maintenant ?
Franck : Et bien, les circonstances de la vie, comme je te l'ai expliqué dans la présentation du groupe. Après, si nous avions eu un label avant l'enregistrement de l'album, celui-ci aurait pu sortir début 2008 mais voilà, nous avons dû démarcher des labels, des gros et là, l'attente fut longue voir insoutenable ! (rire)

L’avantage, c’est que vous tapez fort d’entrée, avec une signature chez Metal Blade… Comment cela s’est-il passé ?
Une personne du bureau européen nous a découvert sur Myspace. A cette période, nous avions 2 morceaux de l'album à l'écoute et il a flashé dessus. On lui a envoyé l’album, qu'il a aimé aussi. Il l'a fait parvenir à Brian Slagel, le Big Boss du label qui, chance pour nous, a donné son aval car il a été conquis par notre musique. Ils nous ont donc fait une proposition que nous n'avons pas refusée.

Mais alors que le nom commençait à rimer avec qualité, vous avez changé en Eryn Non Dae, pourquoi ? N’as-tu pas peur que certains soient perdus ? Et quelle est la signification derrière ce nom ?
Oh que si, on était un peu... disons, dégoûté à l'idée de devoir changer et le fait de penser à toutes les conséquences que ça pouvait avoir n'arrangeait rien... Après, on savait aussi que ce genre de truc pouvait arriver, surtout avec un mot comme "End". Et malheureusement, ça n’a pas loupé : très peu de temps après la signature avec Metal Blade, le changement s'est avéré obligatoire car le label augmentant de fait la visibilité du groupe, on ne pouvait plus garder ce nom sans s'exposer à une foule de problèmes. Celui-ci étant déjà utilisé, déposé, protégé sous toutes ses formes. La perspective de procès nous paraissant bien plus néfaste pour l'avenir du groupe qu'un changement de nom, on s'est réuni aussi souvent que possible pour trouver le nouveau en un minimum de temps. Ça a été difficile, c'est clair : une image juste consisterait à comparer nos cerveaux durant cette période à de très complexes mais néanmoins très abstraits origamis ! A l'arrivée, on a trouvé ces mots qui "sonnent" un peu étranges et mystérieux, tout comme leur signification... Mais en ont-ils seulement une d'ailleurs ? Vous ne le saurez jamais !!! Ah ah ah !! Non, mais c'est vrai ! Que chacun y donne le sens qu'il souhaite car nous, on pense humblement que tout n'a pas à être justifié ou expliqué...

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Comment s’est passée l’écriture du disque ?
Très bien dans l'ensemble mais avec les inévitables moments de doutes qui caractérisent aussi ces phases de création ! Nous sommes super exigeants et nous voulons être fiers de chaque note de notre musique. Mais par rapport au EP où nous avions l'habitude avec Yann d'amener un morceau fini en répète, pour l'album, nous avons voulu privilégier la composition collective et développer la spontanéité. L'arrivée de Mika dans le groupe nous a grandement aidés car il était plus habitué à ces méthodes de travail. Il nous a fait gagner un temps précieux. Aujourd'hui d'ailleurs, on ne compose plus que tous ensemble au local. On s'essaie à cette nouvelle méthode qui fonctionne bien ! L'année précédant l'enregistrement, on a bossé très dur, et une fois les morceaux composés, on a pré-prodé pour avoir un max de recul. Par exemple, on voulait être sûr de l'homogénéité de l'album avant de rentrer en studio car certains morceaux comme « Pure » ou « Echoes Of Distress » ont été composés peu de temps après le EP donc  bien plus anciens que « Through Dark Skies » ou « Existence Asleep » qui, eux, ont été réalisés quelques mois avant notre arrivée au Conkrete. Ça aurait pu poser des problèmes de cohérence entre les titres et on ne tenait pas à avoir ce genre de mauvaises surprises. Heureusement, ça n'a pas été le cas... On a pu arriver en studio aussi prêts et sereins que possible. De toute façon, ce dernier t'amène toujours une part d'imprévu et c'est impossible et stupide de vouloir tout prévoir.

Comment décrirais-tu alors la musique de ce premier album ?
En quelques mots : noire, hypnotique, boueuse, oppressante, une espèce de maelström, de chaos.
Mika : Je me rappelle que lors de la première écoute du disque fini dans son intégralité, une chose m’est apparue, que je n’avais pas vraiment réalisée lors de la composition ou de l’enregistrement, c’est à quel point cet album est sombre !

Tout au long de l’album, l’expérience sonore, comme émotionnelle, est très intense, mais plutôt élitiste. Penses-tu qu’il faille des oreilles aiguisées pour profiter pleinement de votre œuvre, et surtout n’as-tu pas peur d’en laisser certains sur le bord de la route ?
Ce disque est effectivement loin d’être facile d’accès, c’est quelque chose dont nous sommes très conscients. Je ne dirais pas qu’il nécessite des oreilles aiguisées mais plutôt de l’intention dans l’écoute. J’aime cette sensation de difficulté à la découverte d’un disque, un peu comme un coffre dont il faudrait trouver la clef pour profiter du contenu ! J’ai la naïveté de croire qu’il y a encore des gens pour qui tout ne doit pas être immédiat et rapide, pour qui tout n’est pas gratification sans effort. C’est peut-être un peu élitiste mais dans certaines situations, l’auditeur doit se rendre actif dans son écoute, le plaisir n’en est que plus intense. Hydra Lernaïa est sans doute un disque dont il faut avoir envie avant de rentrer dedans mais nous ne voudrions pas qu’il en soit autrement.
Franck : Bien sûr, il y a une part de "cérébral" et ce n'est pas aussi immédiat qu'un bon morceau de punk, mais je ne pense pas qu'il faille avoir fait de "hautes études" pour apprécier un de nos morceaux. Faire de la musique pour musiciens ne nous intéresse pas. La technique n'est là que pour servir le côté chaotique et déstructuré des chansons. Pour nous, seules l'ambiance générale et l'atmosphère finale comptent. Certains seront quand même rebutés par cette facette technique mais bon, on n’y peut rien. On fait la musique qu'on veut sans chercher l'approbation de toutes et tous.

Quels sont les thèmes abordés sur se disque ?
Mathieu (chant) : En fait, Hydra Lernaïa est un thème à lui tout seul. Chaque titre est une appréhension, une sorte d'introspection, à l'égard de certains sentiments humains universels que j'ai abordés comme des blessures, des maux qui ne guérissent jamais. Et au-delà de sa référence mythologique, une hydre, dans son sens littéraire, définit un mal qui se renouvelle constamment et semble augmenter en proportion des efforts faits pour le détruire. Au niveau des textes donc, c'est un album très personnel, une sorte de mise à plat de ce qui se passe dans ma tête et dans mon cœur, à propos d'émotions qui me sont propres.

Quel regard portes-tu sur la scène française ?
Mika : Nous ne sommes pas les mieux placés pour nier que les groupes français bénéficient d’un engouement tout frais mais il n’y a pas toujours eu grand monde derrière de fabuleux groupes comme Symbiosis ou même Scarve et je ne crois pas trop à l’histoire de la montée en qualité des groupes français. Il y a toujours eu de très bons groupes et de très mauvais comme partout, ce ne sont pas les musiciens ni les groupes qui font le rayonnement ou non de la scène française mais plutôt la considération des médias, du public, des assos ou des structures. Elle est évidemment plus vivante grâce à Internet et au nombre grandissant de personnes impliquées dans le milieu musical, donc, disons que tout cela progresse lentement mais sans doute dans le bon sens.
Mathieu : C'est plutôt pas mal au niveau musical, en ce moment, non ? Y a de très bons groupes qui en plus arrivent malgré la conjoncture actuelle à avoir une bonne visibilité et à tourner un peu ; et il est clair que Gojira a amené des yeux et des oreilles étrangères à s'intéresser un peu plus à ce qui ce fait en métal par ici. Après, on verra bien si cet intérêt pour la scène française perdure, s'il débouche sur quelque chose de plus concret ou s’il va retomber comme un soufflé... A l'heure actuelle, le groupe en profite bien sûr, mais même si on est très enthousiastes, on préfère éviter de s'emballer. Il me paraît naïf d'être totalement optimiste aujourd'hui.

Une signature chez Metal Blade va forcément vous ouvrir de nouvelles portes à l’étranger. Un peu stressés ?
Franck : Stressés !? Pas du tout ! (rires). Le stress, c'est avant de monter sur scène ou lors de prises quand tu es au studio. Là, non, on est juste surmotivés : on veut jouer un maximum et dans le maximum de pays possibles. Donner des interviews, faire de la promo pour le groupe. Avancer...

Quelle est la suite immédiate pour le groupe ?
Nous terminons de travailler sur la vidéo du morceau « The Decline And The Fall ». C'est Manu, un pote, qui est dessus et je peux juste te dire que c’est spécial... On est extrêmement contents du résultat. Je pense qu'elle sortira peu de temps après la sortie d' Hydra Lernaia. De plus, nous recherchons actuellement une agence de booking, c'est le prochain but à atteindre... Nous devons franchir un palier de ce côté-là. Sinon, on est en train de tranquillement composer pour le prochain disque.

Merci à vous, les gars et bonne chance pour la suite !
Merci à vous aussi pour votre soutien… A plus !


E.N.D. (ERYN NON DAE) - Hydra Lernaia
Metal Blade / Season Of Mist



Site : http://end.1.free.fr

Myspace : www.myspace.com/end1freefr