QANTICE

Il est des chroniques qui traînent un peu en longueur. Parfois, on ne trouve pas la façon de l’aborder ou bien c’est l’album qui demande un nombre d’écoutes plus important que d’ordinaire. Il arrive aussi qu’on la fasse traîner pour le plaisir de réécouter encore et encore malgré la pile de CD’s en attente. Qantice fait partie de cette dernière catégorie. Quand on est fan des 2 premiers albums d’Angra et de Rhapsody, on ne peut qu’être enthousiasmé par The Cosmocinesy, qui réussit à parfaitement combiner Heavy Metal, musique classique, musique celtique et bien d’autres choses encore. Tony Beaufils, le maître d’œuvre et guitariste, nous dévoile tout sur ce superbe essai.  

Interview exclusive Noiseweb

Entretien avec Tony Beaufils (guitariste et compositeur) – Par Breizhjoker
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Tout d’abord, félicitations pour ce premier album de Qantice qui m’a franchement enthousiasmé. Peux-tu nous parler de ton parcours musical et nous présenter le groupe ?
Mes premières tentatives sérieuses en matière de musique remontent à la période 1992-94 avec le groupe Now-Lëdge dans lequel Cyril Verez (bassiste également invité sur l’album de Qantice) et moi-même (guitares) proposions un métal néoclassique instrumental et déjanté un peu au-dessus de notre niveau… et surtout du mien, je l’avoue (rires). Puis, au cours des années suivantes, j’ai acquis de l’expérience dans d’autres formations : Mindrage (heavy/trash), Tornado (rock celtique progressif), Krozal (rock celtique plus commercial), et enfin le Naheulband (folk médiévalo-humoristique) ainsi que Belyscendre (trad folk Moyen-âge / Renaissance), deux groupes dont je fais encore partie, tout en m’occupant de Qantice aux côtés de Yosh Otias : violoniste, également premier violon de l’orchestre symphonique des Ulis « L’Odyssée Symphonique », Aurélien Joucla : batteur, également dans Woodtrip, Siz'l ou encore Eaten By Her Child et Vince : chanteur lead, également membre de Lands Of Past et Agone Angel.

Comment est née l’idée de ce projet d’album contant une histoire dans un contexte science-fiction ?
Essayons une réponse un peu poétique : je pense que ma passion pour la science-fiction remonte à la première fois que mes yeux ont vu des étoiles, et bien plus tard, quand j’ai compris combien la musique pouvait faire voyager. Je m’y suis embarqué comme on monte à bord d’un vaisseau et Qantice est devenu le carnet de bord d’une aventure où se croise tout ce qui a pu me marquer dans les domaines s-f/merveilleux/épique, notamment Star Wars, l’Histoire Sans Fin ou The Dark Crystal…
Plus concrètement, tout au long du périple musical que j’ai évoqué plus haut, j’ai lentement fignolé les compositions de ce projet, et commencé à recruter ses membres et à les faire enregistrer. Même si ce fut plus long que prévu, jamais je n’ai perdu de vue mon réel objectif, car, comme je le dis souvent, je ne suis pas un musicien qui a tout à coup créé Qantice ; mais je suis devenu musicien pour bâtir Qantice !

Pour ce qui est des parties heavy, il semble que tu ais été fortement influencé par Angra, particulièrement les albums Angel Cry et Holy Land.
Tout à fait. Et l’on pourrait aussi noter quelques rapprochements avec les premiers Rhapsody, influences que j’assume d’autant plus naturellement que ces albums étaient déjà à la croisée de mes ingrédients favoris que sont les musiques classiques, folkloriques, ou le métal à la Helloween, Malmsteen, Iron Maiden et tant d’autres… Donc, même si je m’efforce d’aller vers des sentiers qu’ils n’ont pas explorés ou à peine, je ne peux que reconnaître que ces grands albums m’ont montré le chemin à suivre, et pas seulement du côté heavy : la place occupée par la world music sud-américaine chez Angra a sans doute trouvé son équivalent celtique dans « The Cosmocinesy », qui aurait peut-être dû s’intituler : « Holy Ireland ». Ha, ha, ha !

Sinon, on sent l’influence des musiques de films plus que de la musique classique, même si il y a un lien entre les deux...
Oui, il s’agit là aussi d’un vieux rêve que j’appelais déjà « Movie Metal » il y a bien longtemps et qui n’a fait que se renforcer avec l’exemple des groupes précédemment cités ou de Symphony X avec l’album V ou le morceau « The Odyssey ». Et de fait, s’inspirer de John Williams, Hans Zimmer ou James Horner, c’est indirectement puiser dans Tchaïkovski, Holtz, Wagner ou Stravinski… Quand on cherche à raconter des histoires un peu grandiloquentes avec sa musique, il n’y a pas de meilleures sources.

Comment s’est déroulé le processus de composition ? Commençais-tu par les parties heavy ?
A vrai dire, qu’il s’agisse de lignes chantées ou de parties instrumentales, la plupart de mes morceaux ont vu le jour sous forme d’un air fredonné par-dessus des accords de guitare. Puis vient une phase plus chaotique où j’étoffe ces mélodies avec des midis de basse, batterie, violons, hautbois, trompettes ou tout autre son qui s’impose à moi… etc. Mais il m’est aussi arrivé de procéder à l’envers en partant d’instruments d’orchestre, à la recherche d’un effet spécifique ou de variations sur un thème donné. Parfois, le côté métal s’en trouve complètement mis de côté et ce n’est pas plus mal pour aérer et diversifier les morceaux. Sinon, il y a aussi la manière « guitar hero » qui consiste à tout bâtir autour d’un solo (voir les parties lead et le final de « The Question ») mais j’évite d’en abuser. Enfin, il y a tout un travail sur les structures, et cela dure tant que je n’ai pas trouvé la meilleure suite possible pour un passage donné : je multiplie ainsi mes essais jusqu’à atteindre une impression d’imperfectibilité. Peu importe le temps que ça doit prendre… et « peu m’importent mes chances », comme aurait dit Jacques Brel. (sourire)

QANTICE

Comment s’est déroulé l’enregistrement ?
Tout doucement. Car non seulement je passe énormément de temps sur les compos, mais en plus, je me laisse souvent aller à concocter des parties à la limite de l’injouable. Mais si chacun a eu droit à son lot de souffrances face à sa partition, l’ambiance fut tout de même plutôt détendue, car tout a été enregistré chez moi, sans la pression des horaires payants d’un studio.

Ça a dû être un casse-tête de coordonner les emplois du temps au regard du nombre de participants (les 4 membres du groupe plus 8 intervenants)…
Pas vraiment. Chacun est venu quand il l’a pu au cours de ces huit années d’enregistrement. Une partie des invités se sont même retrouvés sur cet album, simplement parce qu’un beau jour, ils ont eu le malheur de me rendre une visite amicale et d’avoir deux ou trois heures devant eux. Il n’y a eu qu’un petit coup d’accélérateur et de stress pour Yosh, Vince et moi sur la fin, mais rien de franchement insurmontable...

Tu as fait appel à des instruments comme le violon, le ulean pipe, la flûte baroque, le tin whistle… qui sont franchement inhabituels dans le métal. C’était vraiment important pour toi d’utiliser des instruments atypiques et surtout de vrais instruments ?
Tout d’abord, après toutes ces années à jouer de la musique celtique, je ne les considère évidemment pas comme atypiques, mais au contraire très familiers. Ensuite, oui, c’était important de profiter de cette chance que j’avais de connaître tous ces musiciens réels pour en faire quelque chose qui rehausse le réalisme de mes orchestrations et leur confère cette puissance poétique qui va si bien aux landes infinies de Qantice.

Que penses-tu du résultat final ?
J’en suis vraiment content. C’est une sorte de miracle que d’avoir réussi à faire aboutir ce premier CD et qu’il sonne ainsi avec un budget aussi minime, et je le dois en grande partie au talent de Kevin Codfert (claviériste et producteur d’Adagio) qui a mixé cet album. Mais pour en avoir une vision vraiment objective, je vais devoir attendre quelques années, car pour l’heure, j’en suis encore trop imbibé pour pouvoir prendre le moindre recul dessus.

Est-ce qu’une suite est prévue ?
Oui, et même plusieurs si tout va bien… Car beaucoup d’autres morceaux sont en route et malgré l’énergie qu’ils me coûtent, je ne vois rien de mieux à faire de mon existence pour les années à venir.

L’album a été finalisé il y a un an et demi, et il ne sort qu’aujourd’hui : comment s’est déroulé le démarchage des labels ? Penses-tu que le fait d’être un groupe français ait été un handicap ?
Le démarchage a été long mais je ne l’attribue pas au fait que nous soyons français. Je pense que la situation est difficile pour tous les groupes qui cherchent à émerger aujourd’hui, et même pour ceux qui sont déjà établis. Pour faire simple, la plupart des labels ne veulent plus – et ne peuvent plus – se permettre de prendre de risques sur un groupe inconnu. Et quelle que soit la valeur artistique de ton album, si ton chanteur ne s’appelle pas Russen Allen ou Jorn Lande, tu n’es qu’un groupe parmi des milliers d’autres à leurs yeux. Et il faut ajouter à cela que le nombre de productions musicales s’est multiplié avec les années tandis que le nombre d’acheteurs, lui, est en chute constante… Mais pour en revenir à Qantice, deux choses particulièrement bêtes se sont ajoutées à cette situation : après avoir essuyé un refus de la part du label Musea, j’ai naïvement pensé que cette réponse engageait également ses labels affiliés, dont Brennus fait partie : grossière erreur. Mais ce n’est que plusieurs mois après que j’ai osé envoyer l’album à ce dernier, en me disant à la manière de Michel Blanc dans les Bronzés que « sur un malentendu, il y aurait peut-être quand même moyen de conclure »… (rires). Puis quelques mois s’écoulent encore, et voici qu’un beau jour, alors que je n’y croyais plus, je reçois un email d’Alain Ricard (patron de Brennus) me demandant si j’avais bien reçu sa proposition de contrat un mois auparavant ! Autrement dit, pour couronner le tout, mon hébergeur d’email avait eu l’élégante idée de perdre ce premier message contenant cette unique occasion d’être signé. Donc, inutile de te dire qu’on revient vraiment de loin et c’est l’occasion pour moi de remercier Alain qui est l’un des derniers à donner une vraie chance d’exister à des tas de jeunes talents…

Je suppose que vous êtes à la recherche de dates de concerts pour promouvoir The Cosmocinesy. Avez-vous quelque chose en vue ?
Non, nous n’avons rien en vue pour la simple et bonne raison que le groupe n’est pas encore au complet et est donc, a fortiori, incapable de se produire sur scène. Nous venons tout juste de recruter un nouveau batteur en la personne d’Aurélien Joucla, et il nous reste à trouver un bassiste et un claviériste. Donc avis aux lecteurs de Metal Obs’ et de Noiseweb…

La version de Roman de Cosmocinesy sera bientôt publiée. C’est un exercice très différent et très difficile : il faut du style, savoir décrire les choses, les personnages, les environnements et les sentiments. C’est un très gros challenge.
Non, pour moi, c’est tout simple : il suffit de connaître un écrivain expérimenté, Marie Fontaine en l’occurrence, et de lui demander son aide. Hé hé ! Car effectivement, il s’agit là d’un métier à part entière et j’aurais été bien incapable de réussir un tel exploit tout seul. Ici, mon rôle s’est borné à collaborer au synopsis, au glossaire, et à donner quotidiennement mon avis pendant le lent processus d’écriture. D’ailleurs, l’ouvrage est achevé et nous en sommes à la phase de publication. Reste à trouver un éventuel éditeur, ou à nous organiser pour l’éditer nous-mêmes ; et quoi qu’il arrive, il sera disponible sur le site officiel du groupe d’ici quelques mois.

Je te laisse le mot de la fin pour convaincre nos lecteurs d’acheter The Cosmocinesy…
Eh bien, j’encourage chacun à venir écouter les extraits et les morceaux complets qu’on trouve sur notre site, ou encore à faire commander cet album par votre magasin préféré et à demander qu’on vous le déballe pour un test. Car si vous avez aimé Avantasia, Aina, Kamelot, Dragonforce et les autres groupes que l’on vient d’évoquer dans cette interview, ou encore « la Bataille de Zoug Amag Zlong » pour ceux qui connaissent ma facette Naheulbeuk, vous verrez assez vite qu’il manque encore une pièce à votre collection…


QANTICE – The Cosmocinesy
Brennus Music / Socadisc



Site : www.qantice.com

Myspace : www.myspace.com/qantice