GORGOROTH

Ich Bin in Berliner... 

Ce samedi 18 juillet devait être marqué d’une pierre noire ! En effet, Regain Records nous a conviés à Berlin, en exclusivité pour la France et en compagnie du gratin de la presse spécialisée Metal mondiale, pour écouter « Quantos Possunt ad Satanitatem Trahunt », le nouvel album de Gorgoroth, très attendu depuis les procès qui ont opposé Infernus à King Ov Hell et Gaahl en début d’année (Gaahl qui vient justement d’annoncer son retrait du monde de la musique). Voilà un album qui a été composé entièrement par Infernus, présent à Berlin avec Tomas Asklund (ex-Dissection, batterie) pour répondre à nos questions.

Interview parue également dans le Metal Obs' 33 de sept. 2009

Entretien à Berlin avec Infernus (guitares) et Tomas Asklund (batterie) – Par Will Of Death
Rechercher : dans l'interview

LISTENING-SESSION

Après une escale à Amsterdam, en provenance de Lyon, j’atterris donc à Berlin sur le coup de 16h30, puis me rend au Brutz Und Brakel, un pub typiquement Metal tenu par les musiciens du groupe de thrash/death allemand Postmortem, accueilli par Jarne, responsable promo de Regain. Nous sommes alors une dizaine de journalistes, européens, scandinaves et américains et après quelques bons verres de bière et une bonne collation, nous voilà prêts à écouter l’album en compagnie des deux membres du groupe à côté de nous. En face de moi, pour l’anecdote, se trouve un certain Lars et sa copine, suédois de leur état, super sympas, au look de progueux. J’apprendrai plus tard que ce Lars est en fait Lars Martinsson, le chanteur de The Legion, que j’ai moi-même interviewé en juin, mais qui bosse également pour le principal magazine suédois Metal !! Mais comment reconnaître le gars, très affable et tout bonnement commun ici, qui est très loin de l’image evil qu’il véhicule sur le site de The Legion ? Bref, en voilà encore une bien bonne qu’on pourra raconter au coin du feu à nos petits-enfants quand nous serons vieux !

18 h, l’écoute commence... Après une intro très thrashy dans l’esprit, plutôt surprenante, (« Introibo ad Alatare Satanas »), on rentre dans le vif du sujet avec « Aneuthanasia », un titre très lent qui porte bien son nom, et qui est plutôt long, avec un riff lancinant qui tourne à l’envi. On continue avec « Building A Man », un titre quasiment atmosphérique malgré une légère accélération en son milieu ! Avec mon confrère de Revolver, magazine US, on commence à se regarder et à se poser cette question : qu’est-ce que c’est que cet album, qui semble très loin de ce à quoi Gorgoroth nous a habitués ? Le doute ne va être que partiellement levé avec « Prayer », un titre plus énergique, avec un riff très heavy dans l’âme, qui enchaîne sur un blast beat, pour retomber dans un riff très lent, enchaîner sur une partie presque folk ( !!) pour finalement bien accélérer sur la fin.  Très franchement, à ce moment-là, on se dit « ah, enfin un titre plus inspiré » ! On retombe dans l’ennui avec « Rebirth » et son riff lancinant et interminable, tandis que « Cleansing Fire » nous réconcilie (enfin !) avec le Gorgoroth qu’on apprécie (de la rapidité, de la haine, du blast). « New Breed » et « Human Sacrifice » sont aussi assez lents, plus mid tempo pour le deuxième, tandis que « Satan Prometheus » termine l’album en une véritable messe noire atmosphérique, où Pest y va même d’une voix « claire » (et oui !!!) à vous glacer le sang pour achever l’écoute.

Que dire ? Comme vous l’aurez compris, on est très surpris par ce qu’on vient d’écouter car voilà l’album le plus lent et heavy de la discographie de Gorgoroth, et pas très inspiré, il faut le dire. Les vocaux de Pest s’avèreront très monocordes sur la longueur et nous auront ont vite ennuyés, comparés à ceux de Gaahl. On a été plusieurs à se dire que cet album ressemblait justement au dernier Dissection (Reinkaos) au niveau de son approche, mais avec le talent en moins... Bref, attendez-vous à quelque chose d’assez surprenant !

Après cette écoute assez mitigée, il nous fallait en savoir plus... Infernus et Tomas Asklund ont répondu à nos interrogations...





INTERVIEW


On ne va pas te demander de refaire un historique du procès qui t’a opposé à Gaahl et King... Par contre, on voudrait avoir ton sentiment sur toute cette affaire, à partir du moment où ils ont essayé de te virer de ton propre groupe, jusqu’à cette décision judiciaire en ta faveur du 10 mars.
Infernus : Oui, effectivement, ils ont « essayé » et c’était une chose complètement absurde ! Si j’avais senti le truc venir, c’est moi qui les aurais virés avant ! Maintenant, après 18 mois très compliqués, je peux en rire car ils se sont complètement discrédités.

Je suppose que toute cette affaire a dû te procurer beaucoup de haine et de stress. Cela s’est-il traduit dans la musique du nouvel album ?
Essentiellement, non, parce que je n’ai pas de temps à perdre avec des histoires de colère envers ces ex-membres ; ça ne m’intéresse pas.

Comment considères-tu Gaahl et King, aujourd’hui ? Comme des voleurs ?
Je les considère surtout comme étant totalement exclus de mon univers, maintenant et pour toujours. Pour moi, ils ne font plus partie de ce monde.

Gorgoroth est considéré aujourd’hui comme peut-être le dernier apôtre du True Norwegian Black Metal. Pour toi, ça représente quoi, cette appellation ?
Un certain son et un sens de la mélodie particulier, dans une perspective qui, pour moi, représente ce que doit être le Metal couplé au satanisme. Nous sommes peu nombreux en Norvège à avoir gardé cet état d’esprit et cette qualité. Au début des années 90, nous cherchions notre style. Ce que nous faisons aujourd’hui n’est plus très important, ce qui compte est de rester dans le Metal et le satanisme.
Tomas : Je suis totalement d’accord.

Pourquoi avez-vous pris la décision de remplacer les parties de chant de Gaahl par celles de Pest, sur l’album live True Norwegian Black Metal - Live in Grieghallen ? Uniquement pour des raisons judiciaires ?
Infernus : Je n’ai aucun commentaire à faire là-dessus. C’est une décision qu’on a prise pour plusieurs raisons qui ne peuvent être dévoilées en public.

La plus grosse erreur que tu ais peut-être commise dans le passé, c’est d’avoir laissé King ov Hell composer Ad Majorem Sathanas Gloriam, non ?
Je ne suis pas d’accord avec cette analyse parce que j’aime beaucoup cet album. A l’époque, j’écrivais toujours de la musique mais pas constamment, ce qui n’était pas le cas de l’ex-bassiste. Ça a été ma décision de laisser la place à quelque chose d’autre et je savais que cet ex-membre pouvait composer des choses de qualité. C’est pour ça que je l’avais employé en 1999. En y regardant de près, musicalement, je ne regrette rien de ce que nous ayons pu faire.

Une grosse surprise pour ce nouvel album est l’arrivée de Frank Watkins d’Obituary à la basse ! Quand et comment vous est venue l’idée de bosser ensemble ?
Déjà, je tiens à préciser que Frank est un membre permanent de Gorgoroth aujourd’hui. Je le connais depuis plusieurs années maintenant et je savais, quand les deux ex-membres du groupe ont commencé leur cirque, que j’allais devoir les remplacer, que plus rien ne serait possible avec eux. L’affaire s’est conclue en quelques jours avec Frank, tout comme avec Tomas au même moment. En 10 jours, plus ou moins, j’avais un nouveau batteur et un nouveau bassiste.

On imaginait mal Frank te rejoindre, quand même !
Moi, si !

GORGOROTH

Personne n’aurait pu reprendre le chant, à part Pest ? Pour toi, c’était une évidence ?
Nous aurions pu contacter beaucoup de chanteurs mais le seul que nous désirions, c’était Pest, pour ses qualités, uniquement. Evidemment, je le connais bien et je sais de quoi il est capable, il l’a déjà montré par le passé. Je n’ai pas eu trop à réfléchir, là... 

Regain Records ne t’a jamais lâché dans toute cette affaire... Je suppose que ce support t’a été d’une grande aide morale, non ?
Oui, bien sûr. Toutes les parties impliquées dans ce projet ont pris les bonnes décisions. Regain a été loyal quand il l’a fallu, en se positionnant correctement lors du procès et nous en sommes très contents. Il nous fallait absolument cette loyauté de leur part pour pouvoir envisager de continuer à travailler ensemble.

Quand tu as commencé à composer le nouvel album, avais-tu une idée précise de ce que la musique devait être ? Parce que je ne vais pas te raconter de salades : j’ai été surpris par l’écoute. L’album est plus lent, plus mélodique...
Oui, c’est vrai. J’ai écrit la moitié de l’album durant l’hiver 2006 et la suite plus tard. Nous avons passé quasiment 1 an et demi à répéter cet album, à l’enregistrer, pour finalement recommencer certaines parties plusieurs fois, jusqu’à ce que nous soyons satisfaits du résultat.

Je ne sais pas si ça va vous plaire que je vous dise ça, mais tant pis... Votre album m’a fait penser au dernier Dissection... Tomas, tu as été impliqué dans l’écriture ?
Tomas : Infernus a été le seul compositeur même si nous avons arrangé les titres ensemble.
Infernus : J’ai toujours été un grand fan de Dissection mais je ne vois aucun lien musical avec eux dans Gorgoroth, rien n’est prémédité. Si tel est le cas, ça s’est fait de manière inconsciente.
Tomas : J’ai composé mes parties de batterie, c’est tout.

Oui, mais c’est plus au niveau des riffs de guitare, des ambiances... Certains trucs m’ont vraiment rappelé Reinkaos.
Evidemment, on a enregistré l’album dans le même studio, chez moi.
Infernus : Le même studio, le même équipement. Encore une fois, tout ça est inconscient, sauf que je reconnais que Dissection est ma source d’inspiration principale quand j’écoute de la musique chez moi.

GORGOROTH

Tomas et toi avez produit l’album, l’avez aussi enregistré chez Tomas, au Monolith Studio, à Stockholm. En quoi était-ce important de tout faire vous-mêmes ? Un besoin de tout contrôler ?
Tomas : Surtout la liberté totale de faire les choses comme on l’entendait et d’obtenir le meilleur son de batterie possible car je connais mon matos par cœur. Au départ, seule la batterie devait être enregistrée chez moi et de fil en aiguille, on y a tout fait.
Infernus : Tomas a fait un excellent boulot et on a vite senti qu’on n’avait pas besoin de producteur extérieur.
Tomas : Ça a été un processus créatif car j’ai pu bosser moi-même mes parties de batterie ; Infernus avait totale confiance en moi.

Quelles grosses différences voyez-vous entre le nouvel album et le précédent ?
Infernus : Difficile à dire car j’ai écrit le matériel cette fois, pas pour Ad Majorem… J’ai juste essayé de prendre plusieurs directions pour décrire des sentiments variés. Ce sont les gens qui jugeront si c’est un bon album ou pas.
Tomas : Les gens seraient peut-être aussi surpris d’entendre le même album, je pense.
Infernus : Que les gens apprécient l’album ou pas, ce n’est pas bien grave. J’ai toujours réagi comme ça. Je fais mon truc et je suis très tranquille à quelques semaines de sa sortie. C’est le plus important.

Que signifie le titre Quantos Possunt Ad Satanitatem Trahunt ?
En gros, ça signifie que Satan se suffit à lui-même.

J’aimerais revenir sur le premier titre, « Introibo ad Alatare Satanas », qui est très thrash dans l’esprit...
Tomas : Oui, c’est vrai mais c’est plus une intro qu’autre chose. Il ne conditionne pas le reste de l’album.

« Rebirth » est le titre le plus lent de l’album, quant à lui... Ce titre semble très fort en tout cas, vu le contexte du groupe.
Infernus : Chaque jour est une renaissance ! Tu ne dois jamais l’oublier.

Le satanisme est évidemment partout présent dans cet album. Qu’est-ce que Satan représente pour vous, dans votre vie de tous les jours ?
Pour moi, Satan est la seule chose qui crée le bien, la vérité.
Tomas : Nous ne parlons pas du bien avec le point de vue « chrétien ». Ça va bien plus loin...

GORGOROTH

Tu as joué avec Jon Nodveidt dans Dissection, qui était un sataniste convaincu, te voilà aujourd’hui dans Gorgoroth. Impossible pour toi de jouer dans un groupe qui ne soit pas sataniste ?
Non, je suis sataniste, je suis un musicien et pour moi, c’est une très bonne combinaison. Evidemment, je pourrais jouer dans n’importe quel groupe qui aurait un concept cool, sauf un groupe chrétien bien sûr. J’ai joué dans Dissection, je suis dans Gorgoroth aujourd’hui, les concepts sont très proches et ça me convient très bien d’un point de vue doctrinal.
Infernus : Un groupe comme Cradle Of Filth a un look bien black-metal mais sont-ils vraiment satanistes ? Peu importe, à vrai dire, moi, j’aime bien ce qu’ils font ; je m’en tape des polémiques entretenues par certains en Norvège entre ce qui est trve ou pas !
Tomas : Le truc est de rester ouvert à toutes les sources. Par exemple, des parties de la Bible peuvent nous inspirer, mais bien sûr, ça sera pour encore mieux les dénoncer. Tant que ça m’aide dans ma vie personnelle et dans ma philosophie, je prends et je n’ai rien à prouver aux autres...

Que pensez-vous de ces groupes scandinaves ou autres qui se disent « trve » et qui refusent de jouer en live, parce qu’ils disent que le black-metal est une musique individuelle qui ne doit pas être pervertie en public ?
Infernus : Je peux comprendre ça parce qu’avant de devenir un musicien live avec Gorgoroth, la mentalité rock n’ roll des tournées me gonflait mais c’est parce que je n’y avais pas goûté. Après tout, faire un groupe, même black-metal, c’est faire du rock n’ roll. Tourner ne t’empêche pas de rester misanthropique si tu le souhaites.

Merci à vous pour cette interview. Un dernier mot pour les fans français ?
Je leur dirais qu’ils peuvent acheter l’album s’ils le veulent, il n’y a aucune pression. J’attends de voir comment l’album sera accueilli début octobre, c’est tout. Merci à toi d’avoir fait le déplacement jusqu’à Berlin pour nous rencontrer.


GORGOROTH - Quantos Possunt Ad Satanitatem Trahunt
Regain Records / Underclass


Site : www.gorgoroth.info

Myspace : www.myspace.com/gorgoroth