R3MYBOY

R3MYBOY, l'étoile montante des ingé-sons.

Une fois n’est pas coutume, voici le résultat d’un petit échange entre un ingé-son et la rédac. On parle toujours de la musique, de la qualité des compositions d’un groupe mais finalement, la production y est pour beaucoup dans le résultat final. Voici donc au travers de cet échange, le portrait d’un passionné, acharné de travail, et dont le nom ne cesse de prendre de l’ampleur. En atteste son travail sur un live de Gojira, diffusé sur MTV et Game One. Attention, talent !

Interview exclusive NOISEWEB

Entretien avec Rémy «  R3myBoy » Deliers (ingénieur son) – Par Gaet’
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R3myBoy. Peux-tu nous dire qui se cache derrière ce pseudo ?
Mon nom est Rémy Deliers. J'ai 27 ans, je suis originaire de Lille, passionné de musique et de son depuis plus de 20 ans. J'ai travaillé cinq ans en tant qu'administrateur réseau au sein d'une Web Agency avant de finalement assouvir ma passion. J'ai alors fondé la société Ahdden Team avec mon associé Georges Galmace, il y a maintenant deux ans. Depuis sa création, nous avons été amenés à travailler sur le mixage et le mastering de plus d'une centaine de groupes régionaux, nationaux et internationaux.

Avant de te lancer dans le son, tu étais toi-même musicien ?
En effet, je pratique la batterie depuis maintenant quatorze ans, la guitare depuis douze, et je joue également un peu de piano, de basse, etc... J'ai joué dans le groupe Ahdden Spleen dans les années 90, ce qui m'a alors permis de rencontrer un grand nombre de musiciens. C'est d'ailleurs de ce nom que vient celui de notre société car sa création aurait été impossible sans le réseau de musiciens que le groupe m'a permis de créer.

Alors, quand, comment et pourquoi avoir choisi de devenir « ingé son » ?
Alors que j'étais encore salarié, je composais, enregistrais et mixais pas mal de morceaux pour mon projet solo. Plusieurs amis musiciens trouvaient que le son était intéressant et, de fait, m'ont proposé de réaliser le son de leur disque en utilisant mes procédés. Je me suis donc occupé bénévolement du mixage et du mastering de mes amis (Loskit, Down For Go(o)d, Sarazvati). Suite à ça, j'ai également été contacté par le studio Parisien Popcornlab (qui s'occupait à l'époque de Sarazvati) pour me proposer de m'embaucher en CDD afin de m'occuper de l'album de Bapi Das Baul dont ils étaient le label. Les retours sur ces différents projets ont été vraiment encourageants et, petit à petit, d'autres groupes m'ont contacté (Sarazvati, Cactus In Love, Bzzz, DLGZ). Je pense que c'est vraiment à partir de ce moment que j'ai décidé de devenir « ingé son ».

Le fait d’être toi-même musicien, a-t-il une influence directe sur ton travail ?
Oui, tout à fait, je pense que cela joue énormément dans mon approche du mixage. J'imagine que cela doit me permettre d'appréhender plus facilement la démarche artistique de chaque musicien pour chaque morceau. Cela m'évite donc de me limiter uniquement au côté technique du mixage. Il n'est en effet pas rare d'entendre des productions irréprochables au niveau technique mais qui artistiquement n'apportent absolument rien aux groupes et qui parfois même nuisent aux morceaux.

Comment choisis-tu les groupes avec qui tu vas travailler ? Par coup de cœur ou bien sont-ce eux qui te contactent ?
Depuis que je fais ce métier, ce sont principalement les groupes qui me contactent afin de me proposer leur projet. Je propose alors pour chaque nouveau groupe un test de mix/master sur un titre afin de bien cerner le projet et de pouvoir estimer la charge de travail. De la même manière, cela permet au groupe de juger s'il est intéressé par mon travail et s'il souhaite alors me confier l'ensemble du projet. Il y a cependant quelques exceptions, par exemple, lorsque j'ai été amené à travailler pour Mats & Morgan, groupe dont je suis fan, c'est moi qui ai contacté le groupe afin de leur proposer mes services, et suite à un test concluant, je me suis retrouvé sur le projet.

Sur le plan technique, comment procèdes-tu lorsque tu abordes un nouveau mix ?
J'aime partir sur un titre avec les oreilles les plus « fraîches » possibles. C'est-à-dire que je préfère ne pas connaître le morceau sur lequel je vais travailler afin d'éviter d'être influencé par ce que j'aurais pu entendre. Cela me permet d'avoir plus de créativité et de vraiment m'orienter dans la direction que m'inspire le morceau. Je ne pense vraiment pas appliquer la même « recette » sur chaque groupe, ou même sur chaque titre mais j'essaie plutôt de m'inspirer du message ou de l'atmosphère qui se dégagent d'un morceau pour alors m'appliquer à mettre en avant ses différents éléments.

Tu crois en la perfection ou penses-tu que tu peux toujours mieux faire ?
Je serais vraiment fou de dire que mon travail sur les projets est parfait. Il n'y a d'ailleurs aucun projet sur lequel j'ai été amené à travailler où je ne pense pas pouvoir faire mieux après réécoute ou avec un minimum de recul. Alors après, il est vrai que je trouve certaines productions parfaites mais je suis persuadé que la personne qui s'en est occupée pensera qu'il aurait pu faire mieux.

Tu préfères t’occuper de tout : mixage et mastering ? Il t’est arrivé de ne faire que le mastering. Ça ne doit pas être facile de finaliser le travail d’un autre, je suppose ?
En effet, je préfère m'occuper du mixage et mastering afin de vraiment contrôler le résultat final et de ne pas avoir de surprise. Il m'est déjà arrivé de confier des mixages que j'avais faits à différents studios de mastering et de n'être vraiment pas satisfait du résultat. Par exemple, pour le premier EP de Cactus In Love (guitare / voix), nous avions passé un temps fou afin de ne pas avoir un son standard pour ce style de musique. Cécile (chant) tenait particulièrement à avoir une guitare très grave et une voix pas trop en avant afin d'éviter une production radio. Son manager a envoyé notre mix au studio de mastering qui a alors de son côté retiré tous les graves de la guitare et à rajouté un maximum d'air sur la voix afin de la remettre en avant … ce qui était l'inverse du choix de l'artiste ! Nous avons alors refait le mastering afin de conserver le travail qui avait été effectué préalablement au mixage. Cet exemple illustre alors vraiment la difficulté de s'occuper uniquement du mastering. C'est un travail totalement différent du mixage, l'écoute n'est pas du tout la même et le travail à effectuer non plus. Il s'agit d'un travail beaucoup plus technique qu'artistique. Il faut cependant bien cerner ce que le groupe et l'ingé-son ont voulu faire lors du mixage afin de ne rien perdre de ce travail et de pouvoir mettre en valeur les bons éléments. Dans le cas où je dois masteriser uniquement un projet, je propose généralement à l'artiste plusieurs versions, une première où je conserve l'équilibre qui a été mis en place lors du mixage et une deuxième où je me permets de revoir l'équilibre comme bon me semble. C'est seulement une fois que le groupe a choisi vers quelle version partir que nous entamons alors le mastering de l'album. Par exemple, pour l'album Apology de Om Mani, nous avons choisi une version où je revoyais l'équilibre des morceaux en retirant un minimum le côté agressif des guitares pour essayer de rehausser la chaleur des morceaux et de rendre l'écoute moins fatigante.

Tu proposes aux groupes avec lesquels tu travailles le mixage et le mastering. As-tu des groupes qui te contactent avant leur enregistrement ? As-tu l'habitude de travailler avec certains studios ?
Oui, de plus en plus de groupes me contactent avant leur enregistrement et c'est vraiment une démarche que j'apprécie tout particulièrement car cela me permet de gérer un maximum les pistes que je vais récupérer pour la suite du travail. Ainsi, en fonction du style de musique et du budget du groupe, je peux alors conseiller différents studios où enregistrer soit parce que j'ai l'habitude de travailler avec eux soit parce que je sais que le résultat est irréprochable et que je n'aurai aucun souci pour le mixage. Je travaille alors régulièrement avec Olivier de Electrik Box (Darkness Dynamite, Black Bomb A, Ace Out, …) qui fait vraiment un travail remarquable en termes de prises. Je suis certain, quand il s'occupe de l'enregistrement, que je n'aurai aucun souci à me faire en ce qui concerne le résultat car je sais d'avance que la qualité de son travail sera toujours au rendez vous. Je travaille aussi beaucoup avec Fred du studio C&P, Dimitri du Imagine Audio, Junior du Plus9, etc … Mais, comme j'ai pu le dire précédemment, cela dépend du style de musique et du budget du groupe.

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Tu viens de t’occuper du mixage et du mastering d’un live de Gojira pour la chaîne MTV. Comment t’es-tu retrouvé sur ce projet ?
J'ai eu l'occasion de m'occuper du mixage et du mastering de l'album de Demians. Ce groupe est managé par Richard Gamba de Sphere Management, qui s'occupe également d'artistes comme  Gojira ou Arthur H. Richard ayant été satisfait de mon travail pour Demians, m'a alors recommandé à différents groupes tels que Darkness Dynamite ou Altess qui font un style de musique assez différent? afin de voir si le résultat serait à la hauteur de ses attentes. Suite à ces différents albums, il a alors décidé de me recommander auprès de Gojira pour intervenir sur le son de leur live au Garorock, pour la diffusion sur les chaînes Game One et MTV.

Quand on voit ce qu’est devenu Gojira depuis ces dernières années, c’est ton plus gros travail à ce jour finalement. Comment as-tu abordé ce projet, avec pression ou plus comme un challenge ?
Il est clair qu'à ce jour il s'agit d'un des plus gros projets sur lesquels j'ai été amené à travailler. J'ai, dans un premier temps, été très flatté par la confiance que m'ont accordé les Gojira et il ne fallait en aucun cas que je les déçoive ou qu'ils regrettent d'avoir recours à mes services. C'est pour ça que je pense m'être mis un maximum de pression afin de vraiment satisfaire le groupe surtout que les délais étaient assez serrés et que je ne pouvais pas avoir de retard. Cependant, je pense avoir travaillé exactement de la même manière que pour un autre groupe même si le challenge était pour moi omniprésent. Avoir son travail jugé par un groupe tel que Gojira est une chance et je voulais vraiment que le résultat soit à la hauteur de ce groupe. Je pense qu'ils ont été satisfaits car je suis actuellement en train de travailler avec eux sur un autre projet dont je ne peux, hélas, pas vous parler pour le moment ... J'espère toutefois que cette collaboration se poursuivra par la suite pour un album ou autre projet.

Tu ne travailles pas qu’avec des groupes de Métal. Est-ce important pour toi de bosser sur d’autres styles ?
Je trouve vraiment important de ne pas se limiter à un style de musique dans ce travail. Chaque style de musique possède ses propres codes. Un album de Reggae ne sonne pas comme un album de Pop ou de Rock. Cependant, le fait d'aborder un grand nombre de styles musicaux permet alors de se diversifier et de bien connaître les techniques de mix propres à chacun d'eux. J'ai eu l'opportunité de m'exercer sur beaucoup de genres très différents et il est alors fréquent que j'utilise une approche propre au Métal pour de la Drum n’ Bass ou d'emprunter des techniques généralement utilisées dans la Pop pour un groupe de Rock plutôt commercial ... De plus, il est vraiment plaisant après trois semaines sur un groupe de Metal de passer à un groupe de Trip Hop, cela permet dans un premier temps de ne pas tourner en rond, d' aborder le mixage d'un morceau avec une approche qui peut être originale si le titre le nécessite et surtout de perfectionner son oreille et sa culture musicale. Il est primordial pour cet exercice d'avoir de bonnes références dans chacun de ces domaines afin d'avoir les bon codes et de ne pas être hors-sujet lors de l'approche de l'équilibre d'un groupe.

Quel est l’album que tu aurais aimé imprégner de ton identité sonore ?
J'aime beaucoup le groupe Hacride et je ne suis vraiment pas fan du son de leurs productions et notamment celui de leur dernier album Lazarus. C'est un exemple de groupe pour lequel j'aimerais être amené à travailler. Il y a aussi Om Mani pour qui j'ai fait uniquement le mastering de l'album Apology. Je pense que mon approche aurait été différente si je m'étais aussi occupé du mix. Je trouve que Gre du LB Lab a fait un excellent travail mais pour ma part, j'aurais choisi de mettre plus en avant la section rythmique du groupe (Basse/Batterie) qui selon moi n'est pas suffisamment mise en valeur sur cet album. Après, il s'agit d'une question de goûts mais j'aurais réellement préféré pouvoir mieux discerner les détails de la batterie même s'il avait fallu baisser un peu les guitares et les rendre un peu moins agressives. Je pense enfin à Meshuggah dont j'étais fan à l'époque de Destroy Erase Improve / Chaosphere. Je n'aime vraiment pas le son des derniers albums que je trouve vraiment décevant pour un tel groupe. Il est assez impressionnant de voir à quel point les productions des groupes « Meshuggah-like » sont plus efficaces.

Et quelle est pour toi la référence dans ton domaine, et le meilleur mix qu’il t’ait été donné d’entendre ?
Je n'ai pas forcément d'ingé-son référence car pour moi, il s'agit d'un travail qui se doit d'être transparent. Je pense vraiment qu'un bon ingé-son est une personne qui se met au service de la musique et qui est capable de totalement changer sa manière de travailler si les morceaux le nécessitent. J'ai néanmoins un grand nombre de productions qui m'impressionnent et que je trouve irréprochables !
 
*    Sigur Ros – Takk qui est pour moi vraiment l'un des albums le mieux produits de ces dernières années. Cet album est pour moi parfait en termes de son.

*   Tool – Aenema qui reste une référence même si le son a un peu vieilli par rapport à leurs deux derniers albums.

*   Queens Of The Stone Age – Songs For The Deaf : album au son très original mais qui correspond parfaitement à l'esprit des morceaux et à l'identité du groupe.

*    Meshuggah – Destroy Erase Improve est également un album qui a vieilli en termes de prod mais qui reste à mon goût vraiment excellent.

*    Pantera – Far Beyond Driven lui aussi a pris un petit coup de vieux mais ce groupe a réellement apporté quelque chose de nouveau aux productions de Métal.

*    Rage Against The Machine (1er album éponyme) n'a quant à lui pas pris une ride (si ce n'est en terme de Mastering). Cet album a presque 20 ans et reste encore à ce jour une référence de production.

*    Radiohead – Amnesiac est selon moi l'exemple parfait de l'album abordé dans tous les sens... On y retrouve des mix tantôt electro, tantôt pop, rock, jazz « des années 30 » etc … Le son de cet album, comme souvent chez Radiohead, est vraiment impressionnant car les morceaux sont variés et leur mix est à chaque fois 100% au service du groupe.

*    Sufjan Stevens – Come On Feel The Illinoise et Fiona Apple – When The Pawn. Il s'agit là de mes deux albums favoris en terme de prod. On y retrouve tout ce que j'apprécie. Une production chaude, simple et efficace; on ne discerne pas le travail effectué tellement il colle parfaitement à l'identité de ces artistes.

Et le (ou les) plus mauvais ?
Comme j'ai pu en parler précédemment, les derniers albums de Meshuggah sont pour moi vraiment décevants, je n'aime également pas du tout la production des albums de Dagoba. Pour finir, j'ai énormément de mal avec toutes ces surproductions américaines et avec les productions françaises (Calogero, Raphaël & tutti quanti  ...) Bien évidemment, c'est quelque chose de très subjectif.

Quel(s) conseil(s) donnerais-tu à quelqu’un qui veut se lancer dans le métier ?
Au risque d'être classique dans ma réponse, certaines choses restent immuables dans ce métier comme dans beaucoup d'autres : la passion, la patience, le réseau, la culture et donc la curiosité et surtout beaucoup de travail !


Quelques travaux marqués par la patte de R3myBoy :

Gojira - Live@ Garorock (Listenable Records)
Darkness Dynamite – The Astonishing Fury of Mankind (Metal Blade Records)
Altess – L'homme de Février
DLGZ – New Tricks For Old Dogs
Demians – Building An Empire (SPV/Inside Out)
Klakomaniak – Eponyme
Clampdown – Vision of Splendor
Lepolair – Pâturage (Structure Records)
Tall Paul Grundy – Stuff we'll Never Solve (Structure Records)
Yan & Tom – First Lights (Far Records)



Site : www.ahddenteam.com

Myspace : www.myspace.com/r3myboy