DREAM EVIL


In The Middle Of The Night...


Dream Evil, c’est un peu Spinal Tap ! Le groupe formé par le fameux producteur suédois Fredrik Nordström écule tous les clichés du Heavy Metal depuis la formation du groupe mais le pire, c’est que ça marche ! Les albums plaisent aux fans parce qu’on sent bien que tout ça est fait pour le fun et c’est bien exécuté. C’est donc un Fredrik détendu qui nous a répondu au téléphone début janvier pour nous parler du petit dernier, In The Night, nous présenter les nouveaux musiciens et aussi parler de son travail de producteur.

Interview parue également dans le Metal Obs' 37 de Février 2010

Entretien avec Fredrik Nordström (guitares, production) – Par Will Of Death
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Comment se passe la promo pour le moment ? Quels sont les premiers retours ?
Les choses semblent aller dans la bonne direction, ça se présente bien.

Comment juges-tu l’évolution de Dream Evil depuis que vous sortez des albums ?
Ah ah ah… C’est assez drôle parce que je n’ai bâti aucun plan de carrière pour Dream Evil, donc tout ce qui nous arrive aujourd’hui est bien cool. On prend les choses comme elles viennent.

Peter Tägtgren, par exemple, a plus ou moins laissé tomber ses activités de producteur au studio Abyss, pour se consacrer à ses groupes… Est-ce une perspective que tu pourrais envisager pour véritablement faire décoller Dream Evil et faire plus de concerts, par exemple ?
Ma position avec Dream Evil est simple : contrairement à Peter, je ne suis pas chanteur en plus d’être guitariste. Peter ne comprend pas sa vie sans faire de musique, pour en avoir déjà parlé avec lui. Dream Evil, c’est différent : le but de ce groupe n’est pas de partir dans de grandes tournées, comme Peter a pu le faire dernièrement avec Pain. Nous voulons faire des tournées courtes et quelques festivals. Je considère plus ou moins Dream Evil comme un hobby donc c’est un choix que je ne ferai jamais. Hormis mon travail au studio, j’apprécie de rester près des miens et de prendre soin d’eux la plupart du temps. Du coup, quand on part faire quelques concerts, c’est comme si on partait en vacances et on s’éclate à mort. Beaucoup de bières sont alors consommées (rires) !

Du coup, vous faites parfois quelques concerts et est sorti l’an dernier un DVD live. Comment a-t-il été accueilli ?
Bah… Comme je te l’ai dit, nous ne tournerons jamais beaucoup donc il y a plein d’endroits où nous ne sommes jamais allés, sauf que nous y avons quand même des fans qui nous réclamaient des images live, comme par exemple en Amérique du Sud. Là, ils ont la possibilité de voir ce que Dream Evil donne en live. 

 DREAM EVIL 

J’ai lu certains commentaires à propos de United qui disaient que l’album était un peu moins bon, moins direct que The Book Of Heavy Metal du fait du départ de Snowy Shaw et surtout de Gus G… Qu’en penses-tu ?
Aahhh… Je ne pense pas qu’on puisse parler de l’influence de Gus G. concernant cet album car il n’avait pas composé grand-chose pour The Book Of Heavy Metal, contrairement à Snowy, qui a passé deux mois à écrire avec moi. Le problème avec United, c’est que Snowy a quitté le groupe deux mois avant que nous n’entrions en studio et je reconnais que Niklas et moi avons dû écrire des titres qui se révèlent aujourd’hui un peu merdiques. Nous composions auparavant à trois, en prenant notre temps, et du jour au lendemain, on s’est retrouvé à deux à devoir composer dans un temps très réduit. La situation était inédite et nous n’y étions pas préparés. On a donc fait ce qu’on a pu. Mais je pense que nous montrons avec le nouvel album, In The Night, que nous étions toutefois capables d’écrire un bon album à deux, à condition qu’on prenne notre temps, comme ce fut le cas cette fois.
     
Venons-en donc au nouvel album : quelle était l’idée de départ ? Revenir à quelque chose d’un peu plus direct, d’in-your-face, justement ?
Non ! On ne se prend pas autant la tête. Notre but est juste de se faire plaisir en écrivant de bonnes chansons Heavy. Là, on a eu le choix entre une vingtaine de chansons et on a choisi celles que nous aimions le plus, tout simplement.

Je trouve que les refrains de cet album sont particulièrement efficaces, notamment sur des titres comme sur « Immortal », mais peut-être encore plus « Electric », « Frostbite » et « The Unchosen One ». Comment avez-vous bossé les mélodies et la composition en général, cette fois ?
Prenons l’exemple d’ ”Immortal” : Niklas m’a chanté la mélodie en premier et on a cherché quels riffs pouvaient convenir. Niklas est très fort pour ça. C’est notre but en fait quand on compose : trouver d’abord de bonnes mélodies, car c’est ce qui fait une bonne chanson. Si on écrit un truc qui ne nous plaît pas, on le jette. On ne réfléchit pas trop mais si on sent qu’un refrain est entraînant, on le garde en général. Je ne pense pas que nous soyons les mieux placés pour donner des leçons de song-writing, en fait (rires) !

« The Unchosen One », justement, est un peu différent des autres titres, avec des arrangements symphoniques. C’est pour ça que vous l’avez placé en fin d’album ?
Euh, oui… peut-être (rires). Daniel, notre nouveau guitariste soliste, n’aimait pas cette chanson mais nous, oui. Il n’aime pas ce titre justement à cause de ces arrangements mais comme on était majoritaires à l’apprécier, il a bien fallu qu’il l’enregistre quand même (rires). On s’est dit que ce serait bien de la mettre à la fin pour ça. C’est un peu comme la ballade qui se trouve au milieu de l’album, ça crée plusieurs points d’ancrage dans l’album, avec « Immortal » au début, qui est plus rentre-dedans.

 DREAM EVIL

« Bang Your Head » pourrait bien être votre nouvel hymne Metal, non ?
(Rires) J’espère, pourquoi pas ? Cependant, là, c’est moi qui ne suis pas totalement satisfait de ce titre. Voilà un titre qu’on a composé, Niklas et moi, au téléphone (rires) !! Cette chanson aurait dû s’appeler « Save Yourself » au départ, mais Niklas s’est mis à chanter le refrain où apparaissaient les mots bang your head et il a dit que du coup, c’est comme ça que devrait s’appeler cette chanson. J’ai alors pris ma guitare et me suis mis à jouer le riff central et Niklas m’a dit que ça lui plaisait bien. Je lui ai alors demandé de me donner 10 minutes, le temps que j’enregistre ce riff. Autrement dit, le riff, le refrain et quelques paroles ont été composés en 10 minutes au téléphone (rires) ! J’ai ensuite bossé sur le bridge et le solo, le tout en 30 minutes… Quand on a ensuite fait la démo de ce titre, on s’est rendu compte que ce n’était pas si mauvais que ça. On peut donc dire que ce titre est un « accident Heavy-Metal » (rires) !

J’aimerais revenir sur la prestation de Daniel Varghamme, qui est vraiment très bonne sur cet album ! Tu peux mieux le présenter et nous dire ce qu’il a apporté au groupe ?
Il apporte pas mal de trucs par rapport à Gus, notamment l’inspiration [Ndlr : Sic !]… Gus est un super gratteux, un soliste monstrueux mais il n’était pas toujours très inspiré. Quoique, non, ce n’est pas le bon mot… Je dirais que Dany est beaucoup plus enthousiaste, plus concerné par le groupe que ne l’était Gus. On se parle souvent au téléphone, il fait toujours attention à ce que les choses se passent bien pour tout le monde. Pour la chanson « In The Fires Of The Sun », par exemple, titre composé par Peter, il a émis des critiques très constructives en nous démontrant ce qui pouvait être amélioré et il avait raison. Dani est un mec cool et on a grandi avec les mêmes références, comme Accept ou Iron Maiden. Gus est plus jeune et parfois, on avait un peu de mal à se comprendre à ce niveau… 

Tiens, d’ailleurs, Mark Black n’est resté que pour un album. Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné avec lui ?
Ce qui n’allait pas avec lui, c’était sa femme (rires) ! Elle voulait s’occuper de tout et ce n’était pas possible, ce n’était pas son rôle. C’était en train de devenir Spinal Tap, cette histoire (rires) ! Mais avant de se barrer, on lui a demandé s’il ne connaissait pas quelqu’un susceptible de le remplacer et il nous a parlé de Daniel. On a eu de la chance à ce niveau car son départ fut un mal pour un bien.

Un des plus gros reproches qu’on fait à Dream Evil est son manque d’originalité. Mais les fans, par contre, apprécient le fait que vous perpétuiez la tradition, justement, que ce soit au niveau des riffs ou des paroles… Que répondrais-tu à ces critiques ?
Ah ah ah ! Putain, comme tu y vas (rires) ! Mais allez, je vais te répondre. J’en ai parlé une fois aux gars de Misanthrope, le groupe français, avec qui j’ai déjà bossé. Je leur disais qu’on ne faisait que du Heavy Metal classique et les mecs de Misanthrope adoraient ça, même si eux sont très novateurs et que leur musique est très technique. Ils me disaient qu’ils appréciaient Dream Evil parce que ça leur donnait la patate, avec des riffs simples mais entraînants. Voilà notre but. Et si ça ne plaît pas, ce n’est pas très important, tant que nous, on s’éclate avec ça.

A qui s’adresse Dream Evil finalement selon toi ? Seulement les « true » fans de Heavy ?
Ah non, non… A chaque fois qu’on a tourné ou joué en festival, à côté de groupes plus sérieux que nous ou plus extrêmes, plein de gens sont venus nous dire qu’ils appréciaient ce qu’on jouait, ainsi que nos paroles, même nos t-shirts typiquement Heavy Metal… J’aime quand la scène Metal paraît unie comme ça, et en même temps, c’est assez drôle. Les gens apprécient aussi notre « légèreté » car je pense qu’il y a beaucoup de groupes Metal qui se prennent vraiment trop au sérieux…

C’est toi qui as évidemment produit l’album… Quelles sont les nouvelles choses que tu as expérimentées ? Que voulais-tu améliorer dans le son ?
On est un groupe de Heavy classique donc on n’a pas besoin de trop d’artifices dans la production, pas besoin de créer des ambiances épiques. La basse a même été enregistrée dans le salon de Peter, car il venait d’avoir un bébé et ne voulait pas s’absenter de chez lui. C’est te dire ! Même moi, je n’ai pas toujours été au studio car j’ai un très bon assistant ; je me suis plus contenté de superviser le tout. On a par contre mis un peu plus les chœurs en avant et la manière de jouer de Daniel et de Patrick (batterie) étant assez différente des autres musiciens que nous avons eus par le passé à ces postes clés, apporte une touche un peu particulière et nouvelle à certaines compos, selon moi.

Est-ce qu’il est plus compliqué pour toi, au final, de rester « simple » dans ta manière de produire un groupe comme Dream Evil, ou de produire un groupe aux arrangements complexes comme Dimmu Borgir ?
Bonne question. Mais Dimmu Borgir est toujours plus dur, très dur à produire, pffff… (rires) ! Dream Evil est facile à produire parce que nous fonctionnons comme une démocratie, chacun peut donner son avis. Nous faisons beaucoup de compromis pour que tout le monde soit content, ce qui n’est pas du tout le cas de Dimmu Borgir (rires) ! Nous, on est des gentils, pas des Black Métalleux assoiffés de haine (rires)…

 DREAM EVIL

Au moins une fois dans ta vie, tu ne voudrais pas juste poser ton cul dans un studio pour jouer et laisser un autre faire le boulot de production à ta place ? C’est quelque chose que tu peux envisager ou pas pour Dream Evil ?
Oui, absolument. En même temps, il semble que personne dans le groupe n’ait jamais eu à se plaindre de ma manière de produire et étant donné que Dream Evil ne tourne pas des masses et que nous ne vendons pas des tonnes d’albums, peu de sous rentrent dans ce groupe. Faire produire l’album par quelqu’un d’autre coûterait trop cher et nous ne pouvons pas nous le permettre. J’aimerais bien avoir Desmond Child une fois derrière la console, juste pour voir, mais nous ne sommes pas Mötley Crüe…

Tu n’as qu’à vendre ton studio, alors (rires) !
Ah ah… Ouais, mais dans ce cas-là, je n’aurai plus rien du tout (rires) !

Quel va être ton programme personnel dans les mois à venir en tant que producteur ?
Je vais produire un groupe australien puis Bring Me The Horizon, et un autre groupe appelé Descending, et bien sûr continuer mon travail de mix et de mastering pour plusieurs albums. 

Et Dream Evil va-t-il tourner en Europe pour cet album ? Aurait-on la chance de vous voir en France bientôt ?
On a discuté avec le label pour avoir deux semaines de tournée avec Stratovarius et ça a été accepté pour début février. On va donner quelques dates en Allemagne et en Scandinavie pour cette tournée, ces deux « endroits » étant prioritaires pour le moment, je l’avoue. Notre prochain projet est de pouvoir donner 2 ou 3 shows dans des pays où nous sommes déjà allés comme l’Italie, la France et l’Espagne mais aussi d’aller jouer un peu au Japon, où nous sommes assez populaires.

Que puis-je te souhaiter pour 2010 ?
Que cet album plaise, que tout le monde garde la santé et qu’il se mette enfin à neiger en Suède ! Je vis à Göteborg et il ne neige pas cette année ! C’est incroyable, on est en Suède, merde (rires) ! Merci à vous pour cette interview.


DREAM EVIL – In The Night
Century Media / EMI



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