HEADCHARGER
La fin est proche...

Humilité, travail, passion. Voilà les mots d’ordres de Headcharger, quintet normand de hard/blues. Depuis 2005 et la sortie de leur premier album éponyme, le groupe a beaucoup évolué. Si le titre de ce troisième et nouvel opus, The End Starts Here peut évoquer la fin, Seb (Chant) réfute totalement, c’est bien d’un renouveau dont il s’agit ici : « C’est le début d’une nouvelle période pour nous, car on a changé pas mal de choses, notamment notre façon de travailler »

Interview / article parus également dans le Metal Obs' 37 de Février 2010

Rencontre avec Seb - Par Yath
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Exit donc le producteur suisse Serge Morattel (Knut), pour des raisons « purement financières, être un groupe de rock en France, c’est pas toujours le Club Med », c’est désormais le groupe lui-même qui va se charger du son de Headcharger. The End Starts Here a été produit en France, par le groupe lui-même, avec l’aide de son ingé-son, Guillame Doussaud. Ce qui explique le son très naturel et puissant de l’album. Le groupe n’a pas non plus tout changé, puisqu’il a de nouveau fait appel à Alan Douches (Converge, Mastodon) pour le mastering :  « Et en plus, comme on avait déjà bossé avec lui pour nos deux premiers albums, il commence à bien nous connaître, ce qui fait qu’on a bossé dans des conditions optimales. On est super content de lui. Et contrairement à ce que l’on peut croire, c’est pas parce que c’est à N.Y que c’est plus cher qu’en France ». Il ne faut pas oublier aussi que sans contrat, en produisant l’album soi-même et dans un studio qui appartient à l’un des membres du groupe (Anthony – Guitares), le groupe a également pu prendre son temps, bosser tranquillement. « Tout ça, couplé à notre changement de label – on est maintenant chez XIII Bis Records - fait qu’on entame une nouvelle ère pour Headcharger, et on laisse le passé derrière nous. D’où le titre The End Starts Here ».

OK, c’est donc une nouvelle ère qui commence pour Headcharger reste à savoir à quoi elle va ressembler. Seb, lui, ne se pose pas ce genre de questions. Ressentir une pression ? Pourquoi ? « La musique est, et sera toujours un plaisir pour nous. Rien d’autre. On s’est fait plaisir, on a introduit une chanson acoustique, des arrangements avec un harmonica, on a tenté des trucs, c’est vrai, mais ce n’est pas pour ça qu’on a peur de la réaction des gens. Au sein du groupe, on est tous tombé sous le charme de cet album ». Ça tombe bien que tu évoques le sujet Seb, car nous aussi, on est sous le charme. Et tu sais quoi ? Ce qui nous plaît le plus sur The End Starts Here, c’est sa variété. Les groupes qui paradent les biscotos à l’air et enchaînent les « gros » riffs pour épater la galerie, on commence à en avoir marre ! Le rock, c’est plus que ça ! Et Headcharger a franchi ce palier sur le troisième album, celui de la maturité (mince, elle serait donc vraie cette théorie !). Il n’y a pas que du riff sur The End Starts Here, et si les fameux « métalleux qui aiment le stoner » (c’est devenu une race à part entière, et probablement pas des amis de votre serviteur) auront du mal à comprendre, les vrais amateurs de hard/blues, eux, risquent de découvrir en Headcharger un outsider fort intéressant. Les ambiances, l’harmonica, la slide-guitar, les passages acoustiques…On aime ! « On est 5 musiciens, enfin des bricoleurs car on n’a pas la prétention d’être des musiciens, qui aimons des trucs différents, du HXC au folk-rock, en passant par le métal des 90’s et le hard-rock traditionnel. On ne cherche à copier personne, juste à nous faire plaisir ». C’est peut-être même une des forces de Headcharger,  pratiquer un mélange qui correspond exactement aux goûts de toute une génération. Et puis, il y a ces ambiances parfaitement travaillées, qui font que chaque compo est un voyage, plus qu’une simple juxtaposition de plans et de riffs : « C’est pour ça qu’on est resté longtemps en studio ! On a essayé de travailler chaque compo de façon à ce qu’elle dégage quelque chose. Même l’enchaînement des morceaux a été pensé pour que ça soit le plus naturel possible. On admire les groupes comme Dillinger : t’as l’impression qu’ils partent dans tous les sens, pourtant y a un truc cohérent qui transparaît, quelque chose de logique sur la totalité de l’album ». T’inquiète Seb, avec The End Starts Here, vous avez parfaitement atteint vos objectifs : l’album est sublime, original, fluide, fédérateur et surtout, il est bluesy à mort.

HEADCHARGER

Mais maintenant, il va falloir concrétiser sur scène les gars, le rock, c’est sur les planches que ça se passe ! « On a déjà testé quelques-uns des nouveaux morceaux ! Six mois sans concert, c’était trop long pour Headcharger, ce n’est pas possible ! On a joué à la Laiterie (Strasbourg) notamment, avec The Arrs. Ça marche très bien pour le moment ! On pense aussi faire des forums ou des émissions radio en interprétant un set acoustique court. En tout cas, sur scène, le Headcharger 2010 sera surtout basé sur l’ambiance ». On a parlé de l’humilité de Headcharger, elle est forcément liée à la scène, où la musique appartient autant au groupe qu’au public. A ses débuts, le rock, n’existait que sur scène, il ne faut jamais l’oublier. C’est donc là que le « rituel » a lieu. Il faut voir Headcharger sur scène pour en saisir l’essence non ? « Absolument ! Pour moi, la raison même d’exister de Headcharger est la scène. Ça ne se discute pas. On fait le maximum pour sortir de bons albums, mais la scène, c’est le moment privilégié où tu as l’honneur de partager la musique avec les gens. D’ailleurs, chaque soir, l’interprétation est un peu différente, donc éphémère et unique ». Avec ces nouvelles compos qui s’y prêtent, vous allez improviser, partir dans des jams psychédéliques ! « Je ne suis pas sûr (rires) ! Ce n’est pas facile à faire, ça, on a encore des années d’entraînement devant nous (rires) ! On n’est pas Clutch encore ! D’ailleurs, eux, peuvent se permettre d’enregistrer un VRAI album live par exemple. Il y a peu de groupes qui sont capables d’en enregistrer un. Plein de groupes le tentent et franchement, ils se ramassent la plupart du temps…». Les choses sérieuses commencent fin Janvier, avec des concerts dans toute la France. Vous savez ce qui vous reste à faire…

Plus qu’un groupe de HXC à tendance rock n’ roll, Headcharger s’est donc révélé être un excellent groupe de rock, bluesy, qui sent bon l’Amérique, ses déserts et ses westerns. Alors, on se moque gentiment des origines normandes du combo, mais plus sérieusement, elle vous vient d’où cette passion purement américaine pour le rock ? C’est presque une fascination ! « Une fascination, je ne sais pas. Mais j’ai l’impression qu’on est lié à ce pays. On a pas mal d’amis qui vivent là-bas, on est très marqué par cette culture rock américaine. C’est vrai qu’on écoute presque exclusivement du rock américain et, à la limite, du rock australien. Bon, il y a de bonnes choses en Suède aussi ». Ouais mais eux, ils copient les Américains, c’est pareil ! « (Rires) Ouais ! Mais je ne sais pas ce qui se passe là-haut, ils arrivent presque à rivaliser avec les Ricains (rires)! On devrait s’en inspirer en France ».

C’est donc une nouvelle période excitante pour Headcharger, et elle coïncide avec l’inévitable rituel des vœux de la nouvelle année. Tu veux quoi Seb pour 2010 ? « Que l’album soit compris ! Que The End Starts Here plaise autant aux gens qu’il nous plaît à nous. Ou alors qu’il suscite des réactions, de haine ou d’amour, je ne veux juste pas d’indifférence (rires) ! Ensuite, on aimerait tourner, tourner et tourner ».

Et la boucle est bouclée. On vous disait passion, travail et humilité. Voilà les trois mots qui qualifient Headcharger. Osons aussi le mot audace. Ces cinq bonhommes ont suivi leur instinct et n’ont pas eu peur de repousser les limites de leur hard-rock pour aller de l’avant. Non, ce n’est pas la fin qui commence pour Headcharger, mais bien le début d’une belle et longue (on le souhaite !) aventure.


HEADCHARGER – The End Starts Here
XIII Bis / Sony



Site : www.headcharger.com

Myspace : www.myspace.com/headcharger