THE DILLINGER ESCAPE PLAN

Paralytiques, eux ?!! 



Fort de leur succès avec leur précédent effort, Ire Works, et ce malgré la critique de certains fans de la première heure, The DEP continue son propre chemin, mélangeant ses influences punk/hardcore, Metal, et jazz et en donnant toutes leurs tripes sur scène et sur album. Le petit dernier, Option Paralysis, s’inscrit donc dans cette mouvance. Et c’est au lendemain de leur concert parisien à la Maroquinerie, dans le cadre d’une mini-tournée de préchauffe, que nous avons rencontré le groupe américain afin de faire connaissance avec leur jeune et talentueux batteur et leur nouveau bébé. 

Interview également parue dans le METAL OBS n°38 de Mars 2010

Entretien avec Liam Wilson (Basse) et Billy Rymer (Batterie) – Par Seigneur Fred – Photos : DR
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Salut les gars ! Alors il y a un petit nouveau dans le groupe : Billy. Tu remplaces donc Gil Sharone. Peux-tu te présenter s’il-te-plaît et pourquoi ce dernier est-il parti… ?
Billy : Mon nom est Billy, je viens de Long Island, New York. Je suis le nouveau batteur donc, depuis décembre 2008. Je les ai rejoints à ce moment-là. Et oui, je remplace Gil Sharone. D’après ce que j’ai compris, il voulait davantage se consacrer à son principal groupe : Stolen Babies. Et il est aussi impliqué, je crois, avec son frère, Rani Sharone, dans le groupe Puscifer, l’autre projet du chanteur Maynard James Keenan de Tool/A Perfect Circle.

Comment as-tu commencé la batterie et quel est ton background musical ?
J’ai démarré très jeune. Mes parents m’ont acheté mon premier kit de batterie à l’âge de huit ans. J’ai alors commencé à prendre des leçons privées. J’ai étudié plein de styles musicaux différents, divers jeux de batterie, différents batteurs comme le suisse Jojo Mayer, et Danny Carey, le batteur de Tool. Mes deux batteurs favoris de tous les temps sont ces deux musiciens. Sinon, j’ai joué avec Alient Ant Farm quelques mois, la chanteuse Kelly Clarkson, ou aux côtés du guitariste Wes Borland (Limp Bizkit). Mais mon groupe principal jusqu’à présent était The Rivalry.

Récemment, j’ai interviewé Richard Christy (NDLR : célèbre batteur de Death/Control Denied, Iced Earth...), pour son nouveau groupe Charred Walls Of The Damned. Il me disait que c’était important d’essayer tous les styles pour apprendre et ensuite développer son jeu en tant que batteur. Qu’en penses-tu ?
Liam : Ah oui ! Le batteur sur le dernier album de Death ! Super !
Billy : Oui, absolument, il a tout à fait raison. Je suis d’accord avec lui. C’est crucial, il faut apprendre en lisant des livres, des manuels, sur les rythmes des musiques latines par exemple, sur tous les styles : le rock, le  jazz, le funk, drum n’ bass, hip hop, même des sons synthétiques, du dub, c’est très bien ! Après, tu fais ce que tu aimes le plus, ce que tu ressens le mieux en incorporant tout cela dans ce que tu fais, avec plus de basse, de double pédale, etc. Faut que tu prennes du plaisir et ensuite, tu t’orientes vers ton propre style.

Quelles sont tes influences musicales ? Je suppose que tu étais fan de The Dillinger Escape Plan avant de jouer avec eux ?
En Metal, j’adore Pantera, j’ai été un grand fan. Mais j’aime aussi Radiohead, c’est un de mes groupes préférés. J’aime tout simplement la bonne musique. Je suis assez ouvert. Et oui, j’ai toujours été fan de la musique de The Dillinger Escape Plan, avant même de la jouer. J’adore ce que faisait Chris Pennie (batteur originel) à la batterie, j’écoutais ce qu’il faisait, je lisais ce qu’il disait dans les magazines spécialisés de batterie…

A présent, comment va votre guitariste Ben (Weinman) car sur la tournée de 2008, il venait juste de se casser le pied sur scène quand je l’avais rencontré (rires). Comment va-t-il ? Il n’a pas refait la même chose lors de votre concert à Paris (NDLR : la veille de cette interview) car sur scène, avec vous, c’est la guerre (rires) ?!
Liam : Ça va, il va bien depuis (rires). Je pense que ce n’est pas le but en soi, on ne fait pas ça comme ça, c’est juste notre réaction quand on joue sur scène, tu sais. On est tous très impliqués et à fond quand on joue notre musique. C’est naturel. Je ne pense pas que chacun d’entre nous puisse se retenir de ne pas bouger sur scène. On s’entraîne à se concentrer sur nos instruments mais ça dépend de la performance. Quand on est en répétition, ça peut-être différent. Mais sur scène, on essaie de donner notre meilleure interprétation possible.

THE DILLINGER ESCAPE PLAN

Alors justement, comment s’est passé votre concert parisien à la Maroquinerie hier (NDLR : le 10/02/2010, veille de l’interview) ? Vous avez joué de nouveaux titres ?
Je pense que chacun d’entre nous dans le groupe s’accorde à dire que c’était notre meilleur concert à Paris. En tout cas, c’est mon favori et mon plus mémorable déjà.
Billy : Pour moi, c’était mon premier concert à Paris, donc je découvrais. Et ouais, forcément, c’était pour moi mon meilleur concert ici (rires) !! Et en comparaison aux autres shows, ce fut un grand concert !
Liam : Oui, on a joué au moins un de nos nouveaux morceaux déjà en ligne depuis quelques semaines : « Farewell, Mona Lisa ». C’était cool de voir les gens la connaître déjà et chanter à côté de nous au bord de la scène. Les gens en général regardent et écoutent quand c’est nouveau, forcément, mais là, la plupart des gens la connaissaient déjà cette chanson et le fait de jouer dans une petite salle… Personne n’était venu là par hasard, il n’y avait que des fans, donc c’était très bien.

Vous êtes très présents sur Internet : Twitter, MySpace, etc. Vous utilisez beaucoup ces nouveaux médias. Que pensez-vous de cela comme moyen de promotion, notamment pour le nouvel album, et à l’avenir, allez-vous toujours rester sur un label ?
Je pense que c’est sûr. Les labels vont encore durer plus ou moins longtemps. Mais on va vers la fermeture des magasins de disques et la dématérialisation des supports, c’est comme une extinction. Je pense que la musique deviendra gratuite ou en partie, quelque chose comme ça. Je ne suis pas sûr si c’est ça que je désire ou non, je ne peux pas le dire. On verra ce qui se passera au niveau de la production… Et je crois que Facebook, Myspace, etc., c’est génial car ça laisse les groupes libres, on gère nous-mêmes notre musique, la mettons en ligne. Mais ça peut devenir vite superficiel, car c’est difficile à savoir combien de fans on a, ou qui est vraiment fan ou pas par exemple, car on paraît si accessible, mais je ne peux pas passer mon temps à discuter toute la journée car j’ai une vie à côté (rires) ! Mais c’est un bon lien de contact, tu sais. C’est cool de voir des personnes que tu as rencontrées et avec qui tu as pris des photos la veille à un concert, et les voir sur le web le lendemain, c’est bien ! Ils parlent du concert, c’est marrant. C’est incroyable de lire certains trucs, et de découvrir d’autres groupes car les gens en parlent, etc.

A présent, vous sortez donc votre quatrième et nouvel album intitulé Option Paralysis. Et Billy joue donc dessus à la batterie. Pouvez-vous en expliquer le titre ?
Oui, j’ai entendu parler de ce terme, et c’est basé sur l’idée que tu as plusieurs options, tant d’options qui s’offrent à toi dans la vie que tu ne peux vraiment faire de choix. De manière générale, c’est comme une sorte de réflexion musicale sur le fait qu’on soit tout le temps interpellé, stimulé par toutes sortes de médias. On est surchargé d’informations. On sait tout sur tout, tout paraît si transparent, et les grands secrets dans notre société disparaissent plus ou moins car on découvre les choses très vite à présent, notamment avec Internet.

C’est donc un autre sujet que sur Ire Works, votre précédent album ?
Oui, là c’est plus froid et c’est plus orienté sur les relations entre les gens et les médias. Tu sais, tu ne peux pas te détourner de cela, ton esprit est continuellement en alerte avec toutes ces informations, et tu ne peux être que difficilement au calme.

Comment s’est passée la préparation à l’enregistrement de ce nouvel album Option Paralysis, notamment pour toi Billy, en tant que nouveau musicien dans le groupe ?
Billy : Du mois de mars à juin 2009, je suis allé rejoindre le groupe à leur maison. Généralement, chaque jour, on écrivait et on répétait les nouvelles chansons. Et donc, c’était bien préparé quand je suis arrivé et tout ce que l’on a fait. C’était très créatif comme expérience. Et à la fois, il y avait des choses toutes composées avec un logiciel, pour les guitares et notamment pour moi aussi à la batterie, et Ben (guitares) me les donnait pour les interpréter, et en même temps, je proposais aussi certaines parties de batterie, certains compléments parfois. Et on comparait, chacun contribuait aux arrangements des morceaux, et ça vraiment été très créatif pour nous tous ces trois mois, je pense.
Liam : La plupart du nouveau matériel avait cependant été écrite il y a quelques temps déjà par Ben.

Si l’on compare ce nouvel album au précédent Ire Works, il s’inscrit dans la droite lignée, tant au niveau des mélodies qu’au niveau du son.
Oui, Ire Works a définitivement permis de voir vers quelle direction on allait en explorant nos limites, au niveau vocal, et au niveau des mélodies. On a introduit des nouvelles choses comme le piano. Avec ce nouveau disque, on a réussi à faire des choses plus mâtures, alors que précédemment on avait pris des idées qui se télescopaient ensemble. Là, on a développé les choses, de manière plus authentique, avec des éléments plus épiques, plus prenantes aussi, voire pop.

Oui mais il y a toujours cette énergie punk/hardcore et des riffs Metal !
Oh oui, bien sûr ! C’est probablement notre disque le plus Metal, du moins résolument un album de Metal, et on a toujours conscience de ce mélange et de notre histoire musicale que l’on écrit à travers nos chansons. On sait comment les choses doivent sonner et on veut vraiment capter l’attention des auditeurs mais pas que Metal.

Mais en même temps, je trouve cet album très rock n’ roll…
Oui, bien sûr, dans l’attitude ! Tu as raison. Il est nécessaire de l’écouter plusieurs fois. Il y a du groove ! Ce n’est pas un album de funk (rires) mais il y a ce feeling dans une veine rock et de fusion, mais parfois le rock n’ose pas prendre trop de risques, et ça reste conformiste en fin de compte. Ils ont peur de l’assassiner. Mais on prend des risques.

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Oui, par exemple Slayer (dont je suis fan) innove peu à présent, quoique sur le dernier album, c’est un mix de nouvelles choses et de plans classiques. Alors qu’auparavant, ils ont innové et construit leur style !
Oui, Slayer reste Slayer ! Et ce n’est pas pour ça que je n’aime pas pour autant (rires). J’adore !

En général, on dit souvent qu’un nouvel album est une réaction envers le précédent. Qu’en pensez-vous ?
Oui, d’une certaine façon. Je veux dire, on n’aurait pas pu faire Under The Running Board sans notre premier album éponyme. Idem, on n’aurait pas pu faire Calculating Infinity sans Under The…, et pareil pour le EP Irony Is A Dead Scene sans ce dernier, puis Miss Machine, etc. Tu sais, les choses vont ainsi, mais c’est le plus en lien avec Ire Works. La manière dont on l’a réalisé, produit, il y a beaucoup de choses en commun dont notre état esprit dans le groupe. Et aussi pour le chant de Greg (Puciato). Il y a beaucoup de choses similaires qu’on avait commencées à expérimenter sur Ire Works.

Et d’ailleurs, Ire Works a plutôt bien fonctionné au niveau des ventes, non ?
Oui, plutôt pas mal. Cela n’a pas non plus été une explosion et n’a pas non plus révolutionné ma vie (rires) ! Mais c’est assez cool, c’est mieux. Je peux rester ici à Paris, faire du tourisme (rires !)

Tu as donc changé de voiture, de maison, et de femme peut-être (rires) ?
Là, faudrait que je travaille un peu plus encore… Peut-être avec le prochain disque (rires) !

D’ailleurs, en parlant de femme, il y a la première chanson de l’album qui s’appelle « Farewell, Mona Lisa ». Peux-tu m’en dire plus ?
ll faudrait d’avantage demander à Greg, notre chanteur. C’est basé sur l’idée que parfois, c’est facile de penser que le meilleur a déjà été fait, tu sais, la manière dont vont les choses, comme quoi un chef-d’œuvre a déjà été fait et ne pourra être refait aussi bien une nouvelle fois. Les gens sont choqués quand on essaie d’innover, et quand tu penses cela, alors quand tu es artiste, toute nouvelle idée est morte née. On lance Lady Gaga (rires !) et qu’est-ce qu’on va faire de nouveau comme produit ! Une chanteuse avec cinquante costumes qui ne fait que refaire ce qui a déjà été fait ! Où est la créativité là-dedans, tout est sous contrôle !

Sur deux nouvelles chansons, il y a des parties de piano (« Widower » et « I Wouldn’t If You Didn’t »). Tu peux m’en dire plus là-dessus ? Vos influences jazz peut-être ?
Oui, nous avons invité sur l’album ce type, Michael Garson. Il a joué avec David Bowie, Nine Inch Nails, Free Flight, et aussi Billy Corgan et The Smashing Pumpkins. Et tout le monde savait que nous aurions un invité spécial, du genre Trent Reznor (Nine Inch Nails) ou quelqu’un comme ça (rires). Et nous on a dit : « Voilà, c’est ce type !! (rires) ». Il joue donc sur ces deux morceaux. On ne voulait pas quelque chose de plus heavy, mais quelque chose de différent. Cela se ressent à travers les chansons qui sont plus émotionnelles en fait.

Et sur scène, il viendra peut-être jouer aussi ?
Ah peut-être ! On verra. Sinon ce sera des samples gérés par Ben.

D’ailleurs sur votre tournée durant l’été 2009, il y avait un certain Steve Evetts avec vous, tu peux nous expliquer ce qu’il faisait là avec vous exactement ? Les lights… ?
Oui, c’est notre ingénieur du son tout simplement. Et là, oui, il faisait les lumières sur notre tournée, mais pas toute la tournée, du moins en Europe, pas la totalité je crois… Il aime bien être avec nous et on a besoin de lui. Il écoute nos démos, il nous assiste au soundcheck, il est là quand on fait nos pré-productions chez nous. Il voit ce qui va ou pas. Et c’est lui qui a produit une nouvelle fois notre nouvel album aux côtés de Ben. C’est un peu comme s’il faisait partie de notre famille, tu sais (rires).

Et comment va votre second et précédent guitariste, Brian Benoit, qui a dû arrêter en 2007 et a laissé sa place à Jeff Tuttle dans le groupe à cause de son état de santé ?
Eh bien, il est toujours dans la même situation. Il ne va pas complètement mieux, et il ne peut plus du tout jouer de la guitare…Ce n’est pas vraiment une sorte de tendinite, ça semble plus compliqué que ça, car avec du repos ça irait mieux depuis. C’est comme une dégénérescence nerveuse.

Un peu comme Dave Mustaine (Megadeth) qui avait eu un problème au bras ?
Oui, peut-être que c’est le même genre de truc, enfin ça semble plus grave. Mais je me souviens du problème de Dave Mustaine, en effet…

Enfin, pour conclure, qu’écoutez-vous comme albums favoris en MP3 quand vous êtes en tournée ou en promotion comme en ce moment ?
Billy : J’écoutais hier soir The Fragile de Nine Inch Nails par exemple. J’écoute Rage Against The Machine, tout Radiohead notamment sur cette mini-tournée pour m’endormir (rires). Et puis les choses avec lesquelles j’ai grandi : The Doors, Pink Floyd, The Beatles…
Liam : J’écoutais récemment Led Zeppelin, et sinon voyons voir : Big Business, The Melvins. J’aime beaucoup aussi tout ce qui est funk… comme Stevie Wonder. Et certains producteurs de hip-hop. Il y a de bonnes choses dans chaque genre de musique, tu sais. Et en Metal, en fait, j’ai grandi avec Death, Obituary, Sepultura, etc. Récemment, j’ai écouté le nouvel album The Faceless, et le dernier Cynic aussi, Traced In Air…


THE DILLINGER ESCAPE PLAN – Option Paralysis
Party Smasher Inc. / Season of Mist



Myspace : www.myspace.com/dillingerescapeplan