LORDI

Babies, go monster !! 


Y a-t-il une vie après l’Eurovision ? Tomi Putaanssu aka Mr. Lordi, le frontman du groupe de monstres du même nom, semble en être convaincu à la veille de la sortie de Babez For Breakfast, un opus rempli jusqu’à la gueule d’hymnes néo-80’s. Mais à force d’utiliser encore et toujours la même recette, l’auditeur risque fort de friser l’indigestion … heureusement que l’homme derrière le masque se révèle excellent en période de promo pour nous enfumer, à grands renforts de gentillesse et d’humour !

Interview parue également dans le Metal Obs' 42 de Sept. 2010

Entretien avec Mr. Lordi (chant) - Par Jean-Christophe Baugé - Photos live : Will Of Death
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Alors, comment c’était de travailler avec un producteur de la trempe de Michael Wagener à Nashville ?
Fuckin’ cool ! C’était à la fois très détendu et très professionnel. On a eu l’impression d’enfin découvrir la véritable méthode d’enregistrement d’un album. Sa façon de procéder est à des années lumières de ce qu’on a connu avec les producteurs finlandais. Il s’investit à 100 % dans le projet et exige autant des musiciens. Pour te donner un exemple de ce qu’il entend par pré-production, sache qu’il est venu nous voir deux fois en Finlande avant qu’on s’envole aux States pour l’enregistrement. Il nous a fait jouer nos titres pour voir ce qui fonctionnait ou pas, et ce 12 heures par jour, deux semaines durant ! D’habitude, nos producteurs se pointaient à une ou deux de nos répétitions et nous disaient que ça sonnait correctement avant de nous donner rendez-vous au studio. C’est la première fois depuis l’album Get Heavy que les paroles étaient écrites à l’avance et que chacun savait ce qu’il avait à enregistrer. Du temps de Deadache, nous étions encore en train de terminer les morceaux en répétition avec Amen, que Kita enregistrait déjà ses parties de batterie en studio (rires). Il y avait de quoi flipper ! Cette fois-ci, tout était bien ficelé. On travaillera comme ça désormais … et j’espère encore avec Michael.

Tu as co-écrit « Call of the Wedding » avec Bruce Kullick en septembre 2009. Y a-t-il d’autres morceaux issus de cette collaboration ?
Oh, tu es bien le premier à me le demander ! Oui, en fait, il y a eu un autre titre d’écrit (NDLR : « Cut Off My Head ») mais il n’a pas été retenu pour l’album car il était trop différent des autres. C’est une chanson très typée Kiss des années 80.

Plus encore que sur les albums précédents, c’est le refrain qui prédomine pour chaque titre, à grands renforts de chœurs et de claviers. Est-ce que cette marque de fabrique « Lordi » ne va pas finir par lasser ?
Comme tu l’as dit, c’est notre marque de fabrique. Tu sais, je suis un passionné de musique et j’en écoute beaucoup. Une bonne chanson avec un refrain moyen ne me fera pas plus d’effet que ça. Par contre, si le refrain est excellent, c’est OK pour moi : je peux passer outre des couplets médiocres. J’essaie bien entendu d’écrire des chansons intéressantes de bout en bout, mais c’est le refrain qui fera qu’elles auront ou non de l’impact.

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On ne va pas se mentir : cet album sonne vraiment comme les autres. N’as-tu pas tenté d’expérimenter un peu en studio, histoire de varier les plaisirs ?
C’est le son que doit avoir un album de Lordi. Certes, tu peux toujours ajouter de la guitare acoustique çà et là, tous les groupes sont capables d’ajouter des gimmicks … nous, on préfère se focaliser sur la production. Michael a bien intégré ce qu’on voulait : du gros son 80’s avec une caisse claire qui résonne. Je lui ai dit qu’après avoir écouté le CD, nos fans devaient encore avoir l’écho de la caisse claire dans les oreilles ! Sur le coup, il a pensé que je plaisantais … jusqu’à ce qu’il vienne nous voir jouer. Il nous a avoué que travailler avec nous lui avait fait l’effet d’un flashback de près de 20 ans. S’il avait produit Deadache, l’album aurait sans aucun doute sonné d’une manière moins sombre et sérieuse, plus à l’américaine si tu veux … même si Michael est allemand.

Tu as réalisé l’artwork du single « This Is Heavy Metal » …
Oui, comme tous les autres, d’ailleurs. On y retrouve des références à Kiss, W.A.S.P., Twisted Sister, Mötley Crüe, Alice Cooper, Ozzy Osbourne, Lizzy Borden … même Stryper au niveau du pantalon. C’est la définition du Heavy Metal selon Lordi. J’ai grandi au son du Hard des 80’s et j’en suis un fan invétéré. Je vis toujours avec cette musique dans ma tête. Dans les années 90, les mélodies ont disparu au profit de la technique et d’une certaine brutalité. Tous mes groupes favoris, de Kiss à W.A.S.P. en passant par Twisted Sister, n’étaient pas capable de jouer des milliers de notes à la seconde mais ils avaient des couilles et un putain de look. Je n’ai jamais accroché à Metallica, Megadeth, Anthrax et tous ces groupes de Speed et de Thrash pour la bonne et simple raison qu’ils ressemblaient tous à mes potes et à moi. Merde, les mecs, vous êtes sensés être des fuckin’ Rock stars ! Pourquoi devrais-je payer pour aller à vos concerts alors qu’il n’y a rien à voir ?

Comme il est de coutume pour chaque nouvel album, les cinq membres du groupe arborent un accoutrement légèrement modifié. N’as-tu pas peur que le look finisse par éclipser la musique ?
Non, bien sûr. On a souvent tendance à nous le reprocher mais sans musique, que feraient cinq monstres comme nous ? Du démarchage commercial (rires) ? Notre première démo date de 1992, mais ce n’est que deux ans plus tard que j’ai introduit les maquillages. La musique reste le point de départ, le look n’est qu’un enrobage … on n’est pas le groupe le plus beau de la planète (rires). Sans Kiss, Freddie Kruger et la série des Hellraiser, Lordi ne ressemblerait pas à ce qu’il est aujourd’hui, c’est sûr. Mes groupes préférés, ceux qui avaient une image forte, n’ont jamais été épargnés par les critiques. Dans l’esprit des gens, le look sert à masquer l’incompétence musicale. Je n’ai jamais compris comment l’un pouvait influencer l’autre. C’est curieux par contre que personne ne dise que Slipknot ne sait pas jouer : ils portent pourtant tous des masques ! Même constat pour King Diamond. Kiss et nous-mêmes avons une approche de la musique fondée sur le feeling. Si Lordi n’était pas capable de jouer, on s’appellerait Gwar (rires). C’est la première fois que je dis du mal d’eux … par crainte des représailles de leurs fans (rires).

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Le magazine people finlandais Seiska a réussi il y a quelques années à publier une photo de toi sans maquillage. Que t’inspire ce genre de démarche ?
Franchement, je déteste ça (rires), je les hais au plus haut point. D’un autre côté, on trouve tellement de photos sensées nous montrer sans maquillage … sur certaines, c’est carrément Children Of Bodom ! Kita, notre batteur, a compté qu’avec tous ces pseudo-membres démasqués, on serait 17 dans le groupe ! Que ces photos soient de nous ou pas, la plupart datent du début des 90’s quand on avait 20 ans : tout le monde s’en fout ! On ne ressemble plus du tout à ça désormais (rires).

Peu après avoir remporté le concours de l’Eurovision en 2006, tu as été invité à la TV française sur le plateau de « On a tout essayé », l’émission de Laurent Ruquier. Tu t’en souviens ?
Oh, j’en ai fait tellement. Rafraîchit un peu ma mémoire …

Ils t’ont fait péter la bise à Pierre Bénichou, leur chroniqueur le plus moche. Tu lui as laissé un kilo de maquillage sur la joue.
Ah, ah ! Il faut que je retrouve la vidéo sur le net.

Tu es le fondateur de la Kiss Army finlandaise. Tu y es toujours impliqué ?
Techniquement, non. Je m’explique : il y a 3 ou 4 ans, un type m’a contacté pour me demander s’il pouvait faire un site web sur Kiss. Je lui ai répondu par l’affirmative car tout ce que je suis capable de faire avec un ordinateur, c’est lire mes mails et bidouiller sous Photoshop. Je n’ai plus eu de nouvelles jusqu’à ce que j’apprenne un jour qu’il s’était autoproclamé président du fan-club. Bon, peu importe, je n’ai de toute façon plus le temps de m’en occuper, et ça ne m’empêche pas de continuer à collectionner tout ce que sort Kiss. Le monde a changé : internet n’existait pas du temps où j’étais président, on communiquait en direct ou par téléphone … je suis un peu largué maintenant, je ne sais même pas mettre à jour un site web. J’ai parlé de cet épisode avec les autres ex-présidents de la Kiss Army en Allemagne, en Suisse, etc, des gars qui ont dans les 35 ans comme moi : il leur est arrivé la même chose. Chacun son tour … les webmasters dont je te parle ont 20 ans et l’enthousiasme avec eux.

Quels sont les trois albums des années 80 que tu emmènerais sur une île déserte ?
Oh, oh, voyons, c’est une question difficile … Come Out And Play de Twisted Sister (NDLR : 1985), il est encore meilleur que Stay Hungry. Mean Machine de U.D.O. (1989) … j’étais prêt à te répondre Faceless World mais il date de 1990. J’aime bien la période Accept, mais les 3 premiers albums solos d’Udo - qui vont crescendo en qualité - sont excellents. Et enfin Trash d’Alice Cooper (1989), c’est la quintessence même du Metal des 80’s. Ces trois albums ont eu une énorme influence sur moi. Si tu m’avais demandé mon top 5, j’aurais ajouté Lick It Up et Crazy Nights de Kiss (1983 et 1987). Il y a tant d’albums de cette période que j’adore !

Lordi a déjà été rejoint sur scène par Jay Jay French de Twisted Sister (New York City, 2008) et Udo Dirkschneider (Wacken, 2008). Rêves-tu de jouer avec d’autres grands noms du monde du Metal ?
Oui, tu m’étonnes, qui ne le voudrait pas ? On a bien essayé d’avoir Bruce (NDLR : Kullick) à un moment donné mais nos emplois du temps étaient incompatibles. Mon rêve ultime serait de réunir Dee Snider, Gene Simmons et Alice Cooper sur scène, ce serait méga-cool !

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Vous vous êtes déjà réappropriés « Midnight Mover » d’Accept et « He’s Back (The Man Behind The Mask) » d’Alice Cooper. Comptez-vous faire d’autres reprises ?
Si ça ne tenait qu’à moi : oui, bien sûr. On a fait ces deux reprises car à l’époque du premier album, on n’avait pas assez de titres originaux pour tenir un show d’une heure et demie comme nous le demandaient les promoteurs. On jouait même nos titres de faces B. En tout cas, on a bossé « Thriller » de Michael Jackson, notre version ne manque pas de charme, « Turbo Lover » de Judas Priest et « Monster Man » d’Accept. C’est très fun mais ça demande que tout le groupe se mette au boulot … et certains d’entre nous sont assez feignasses (rires).

Pour terminer, parlons cinéma. Comment a été accueilli le film Dark Floors sorti en 2008 (pas en France, malheureusement) et mettant en scène le groupe au complet ?
Bien et mal (rires). Les fans de ce genre de films l’ont apprécié … le réalisateur Pete Riski, qui est un ami (NDLR : il a réalisé l’ensemble des clips du groupe), a même remporté plusieurs prix dans des festivals et des conventions de films d’horreur. Mais les médias grand public qui ne connaissaient Lordi que par le biais de l’Eurovision l’ont massacré. Ils n’ont rien compris au concept. Je peux comprendre que les gens qui ne sont pas habitués aux films de science fiction et d’horreur aient pu le trouver hard, mais si tu es fan de la série La Quatrième Dimension par exemple, tu peux accrocher. Certains s’attendaient à ce que le film soit un documentaire sur le groupe en tournée après l’Eurovision : ils n’ont pas été déçus du voyage (rires) ! D’autres m’ont carrément demandé si on ne pouvait pas en tirer une version en dessin animé. On a simplement voulu faire un film d’horreur parce qu’on est des putains de monstres, merde ! La stupidité des gens ne cessera jamais de m’étonner.


LORDI - Babez For Breakfast
Sony



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