WHITESNAKE

L’âge de raison...


Depuis le split de Deep Purple Mk IV en 1976, le serpent blanc de David Coverdale peut se targuer d’avoir traversé les époques la tête haute : les compos du groupe, bluesy ou Hard FM, servies par des musiciens d’exception, auront rarement raté le coche. Il n’est donc pas étonnant de retrouver Mr. Coverdale aussi serein que motivé en cette période de promo de Forevermore, le nouvel album qui fait la part belle aux guitares de Doug Aldrich et Reb Beach. Non content de traîner un passé prestigieux, l’homme a également un avenir radieux : les modes passent et les légendes restent…

Interview également parue dans le Metal Obs' 46 de Mars / Avril 2011

Entretien avec David Coverdale (chant) par Jean-Christophe Baugé
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Comment as-tu déniché tes deux dernières recrues, Michael Devin (basse) et Brian Tichy (batterie) ?
Well, c’est déjà Brian Tichy qui était pressenti par Michael, mon assistant, pour le poste de batteur lorsque j’ai réactivé Whitesnake en 2003. Mais alors qu’on terminait les auditions pour remplacer Tommy Aldridge, celui-ci, via Marco Mendoza, mon bassiste de l’époque, a manifesté le désir de revenir. On a donc laissé partir Brian en se disant que ce n’était que partie remise. Et le voici maintenant à bord ! Brian nous a recommandé quelques bassistes, dont Michael Devin. Il est très important que les deux composantes d’une section rythmique se connaissent et travaillent en osmose, ça évite de perdre un temps infini à construire des fondations solides.

Quelles sont tes titres préférés sur Forevermore ?
En ce moment, tous (rires).

Mais encore ?
Je suis extrêmement satisfait des premiers retours des journalistes. En parallèle, je prends la température du côté de mes fans via mon site www.whitesnake.com. Il y a quelques semaines, on a mis en ligne 90 secondes de « Love Will Set You Free ». Résultat : plus de 600 000 internautes se sont connectés en l’espace de 48 heures en laissant des commentaires dithyrambiques. C’est génial.

Tu n’éprouves jamais de difficulté à marier tes influences bluesy avec des éléments plus modernes dans ta musique ?
Non, absolument pas. En phase de composition, comme dans toute création artistique d’ailleurs, lorsque tu butes sur un obstacle, le mieux est de lever le crayon pendant quelques temps et de passer à autre chose. Mais c’est une situation qui ne nous concerne pas, Doug et moi. Lorsqu’on écrit ensemble, on communique comme par télépathie. C’est une expérience qui ne demande aucun effort.

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Comment procédez-vous ?
La plupart des temps, on est ensemble dans une même pièce, et les compos naissent d’un mariage de nos idées. On se trouve dans la situation des meilleurs amis du monde où l’un est capable de terminer les phrases de l’autre, tu vois ce que je veux dire ? Il nous arrive aussi de travailler par téléphone, ou même par visio-conférence (rires). Il faut savoir tirer avantage des nouvelles technologies, c’est à la fois efficace et assez ludique.

Michael McIntyre est plus qu’un producteur pour toi, jusqu’où s’étend son rôle ?
Michael est à mes côtés depuis 1987. Par la plus incroyable des coïncidences, lorsque j’ai déménagé à Lake Tahoe, je me suis rendu compte qu’il habitait dans les environs, à Reno (Nevada). Je lui ai alors demandé s’il pouvait m’aider à m’intégrer dans le tissu local. Depuis, il gère pratiquement tous les aspects de ma vie personnelle et professionnelle, et endosse bien sûr le rôle de producteur. J’enregistre toutes mes voix avec Michael.

Ne me dis pas qu’il est aussi ton représentant légal…
Non, mais tu peux me faire confiance, après toutes les expériences malheureuses que j’ai traversées, j’ai une batterie d’avocats et des amis très haut placés sur lesquels je peux compter (rires).

Ton label Frontiers s’apprête à sortir cet été le CD Live At Donington 1990. Quelques mois après ce show, tu mettais Whitesnake en stand-by. Tu peux revenir sur les raisons qui t’y ont poussé ?
Juste une précision car je ne sais pas si Frontiers l’a mentionné : il s’agit d’un DVD accompagné d’un CD. Sinon, effectivement, j’ai dissous le groupe à l’issue de la dernière date de la tournée Slip Of The Tongue à Tokyo, le 26 septembre 1990. J’étais alors en plein divorce de ma 2ème épouse, celle qu’on peut voir dans les clips (NDLR : Tawny Kitean dans « Here I Go Again », « Is This Love », « Still Of The Night » et « The Deeper The Love »)… Un moment extrêmement pénible. J’ai annoncé à mes musiciens qu’après m’être donné sans compter pendant 4 ans, il était temps que je fasse un break. Et comme je ne pouvais pas décemment leur demander de m’attendre indéfiniment, je leur ai conseillé de saisir toutes les opportunités qui se présenteraient à eux entre temps. Peu après, Jimmy Page m’appelait pour qu’on bosse ensemble… Les vacances ont été de courte durée (rires) !

Tu es l’heureux grand-père de Georgina et Mathilda, les 2 enfants de ta fille Jessica. Es-tu foncièrement différent du David Coverdale que le grand public a découvert dans les années 70 avec Deep Purple ?
Oui, bien entendu. Bon, je suis encore un « son of a bitch », comme j’aime à le rappeler de temps en temps (NDLR : cf. « Evil Ways » sur le nouvel album). Ma femme Cindy me dit que non, mais c’est parce que je me comporte différemment avec elle (rires). J’ai encore l’innocence d’un enfant par certains aspects, mais j’espère bien avoir appris de mes erreurs passées et gagné en sagesse. Je n’ai plus ce besoin de me distraire avec les drogues, la boisson, les femmes, et je relève désormais sereinement les challenges de la vie. J’ai la chance d’avoir une épouse magnifique, un fils, une fille, deux petits-enfants, et d’être le chanteur d’un putain de groupe de Rock. Tu sais, J.C., cette année je vais fêter mes 60 ans avec ce groupe et 20 000 invités en Amérique du Sud ! C’est bon d’être David Coverdale : chaque jour, je remercie Dieu pour tous ces cadeaux.

T’es-tu entièrement remis de tes problèmes de voix de 2009 ?
C’est la presse qui a monté tout ça en épingle, un peu comme si Rafael Nadal s’était brisé la cheville. Je n’ai pas eu à prendre de médicament ou à subir d’intervention chirurgicale. Mais voix, à force d’être sollicitée dans des conditions parfois difficile, était juste fatiguée… C’était une première et j’espère que ça ne m’arrivera plus. J’ai juste eu besoin de m’arrêter 6 semaines. Je suis sérieux dans ce que je fais. Après le show où j’ai eu ce problème, j’ai consulté un spécialiste qui m’a remis un manuel sur le bon entretien des cordes vocales : je suivais déjà sans le savoir 99 % de ses conseils.

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Tu as complètement arrêté de fumer il y a près de 10 ans. Peux-tu nous faire part de ton expérience ?
Pour s’arrêter, il faut le vouloir vraiment. Personne ne peut le faire à ta place, c’est une addiction. Les entreprises du tabac appellent la cigarette « le distributeur de nicotine » et elles la dosent comme elles veulent. J’ai longtemps adoré fumer, mais j’ai atteint un point où je n’en tirais plus de plaisir. J’ai donc commencé par ralentir la cadence. Dès 4 heures du mat’ (je suis un lève-tôt), au lieu de m’en griller une en prenant mon café, j’attendais une heure. J’ai espacé de plus en plus les jours suivants, jusqu'à arrêter complètement. Le problème, c’est qu’au bout de quelques semaines, sur le coup des 10 heures, tu as l’haleine fétide et tu es tenaillé par la faim. Là, j’ai bien dû prendre 5 kilos. Quand je fumais, je me bougeais, j’étais prêt à faire des kilomètres pour trouver des clopes (rires). Bon, après, le corps s’habitue et tu gères. J’ai également essayé les huiles essentielles, c’est extrêmement agréable.

Quels sont les groupes actuels qui te branchent ?
Voyons ce que j’ai sur mon ordi en ce moment… Steve Vai : Where The Wild Things Are. On a aussi regardé Linkin Park au Saturday Night Live récemment avec mon fils (NDLR : Jasper, 15 ans) : c’était cool, je vais acheter leur nouvel album. Je suis un grand consommateur de musique, je dois avoir plus de 60 000 morceaux sur mon disque dur (rires). Tu sais, je vis par et pour la musique, quel que soit le style.   

Parmi la kyrielle de guitaristes qui t’ont accompagné, que penses-tu de Ritchie Blackmore, John Sykes, Steve Vai et Jimmy Page ?
Ils sont tous absolument fantastiques. Ils ont tous joué un rôle déterminant dans ma carrière. Les seuls accrocs que j’ai eus avec John Sykes sont d’ordre personnel et n’enlèvent rien à son talent. Ritchie a aussi fait quelques conneries mais j’ai ma part de responsabilité. J’entretiens une belle amitié avec Jimmy Page. Quant à Steve Vai, on correspond régulièrement par mail.

On dit que tu étais pressenti pour succéder à Ronnie James Dio dans Black Sabbath en 1982. Tu confirmes ?
Tony Iommi me l’avais proposé, effectivement, mais je savais ce que je voulais à l’époque. Bien que j’adore ces mecs, je me voyais mal devenir le frontman de Sabbath, j’étais dans un autre trip.

Que t’inspire la disparition de Gary Moore ?
Je l’ai rencontré la première fois quand il avait 21 ans. On avait fait la première partie de Skid Row avec mon petit groupe local avant que je rejoigne Deep Purple à Londres (NDLR : en 1973). C’était un guitariste prodigieux. On a évoqué à plusieurs reprises la possibilité pour lui d’intégrer Whitesnake au début des années 80. On a aussi envisagé de faire un album de Blues en 2003-04. Le monde de la musique a perdu un talent considérable… Je suis encore sous le choc.


WHITESNAKE - Forevermore
Frontiers / Harmonia Mundi


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