Reborn Through Hate ! 



Quand les Suisses de CORONER ont décidé de stopper la machine en 1995, fatigués par un certain manque de reconnaissance et un peu usés par le business malgré des albums fabuleux, ça avait été un choc pour le fan ultime que j'étais. Aussi, quand nous avons su qu’ils se reformaient enfin pour quelques concerts, notamment pour le Hellfest de cette année, nous fumes aux anges. Nous avons donc profité de la venue du groupe dans une petite salle de Suisse romande début octobre (le ScarKrowS Bar) pour aller les voir et enfin pouvoir discuter avec Marky, le batteur du groupe.  La dernière fois que cela avait été possible, c'était à Bruay-la-Buissière, dans le Pas-de-Calais, en 1990, donc autant vous dire qu'il y a bien longtemps qu'une interview ne m'avait autant fait plaisir... surtout qu'elle s'est terminée un peu comme si nous étions des amis de longue date ! 
Alors, va-t-on avoir droit à un nouvel album ou pas ? Que nous réservent les gars pour les mois à venir ?  
En tout cas, une chose est sûre : CORONER rules !!!

Interview également parue dans le Metal Obs' 49 de Sept. / Oct. 2011
(en version très courte, complète ici...)

Entretien avec Marky « Marquis » Edelmann (batterie) par Will Of Death – Photos : Will Of Death
Rechercher : dans l'interview
Salut Marky. Comment te sens-tu après ce concert ?
Mieux (rires) ! Comme tu l’as vu, il faisait très très chaud, ça a été dur ( NDLR / LIVE-REPORT en ligne ici :CORONER live en Suisse - 8 octobre 2011 ). Mais pour être honnête, je préfère jouer dans de petites salles comme ça car le public est collé à la scène. Je n’aime pas trop jouer dans des endrouts gigantesques où le public est derrière des barrières, à plusieurs mètres de la scène. Comme ce soir, c’était cool, je voyais le visage réjoui des gens entre mes cymbales…

Justement, vous avez joué au Hellfest cette année. Comment as-tu vécu ce moment ?
Ma première réaction en montant sur scène a été de me dire : « whaow, c’est vraiment immense ! ». 30.000 personnes, en plus en tête d’affiche ! Au final, les choses se sont bien passées et on s’est pris pour des superstars, au moins une fois dans notre vie (rires). Je me souviens que les Scorpions ont joué avant nous, on les a regardés jouer en même temps qu’on installait notre scène, c’était pour le moins étrange. Ils étaient sur la Main Stage 1, je me disais que cette marée humaine dans la fosse était belle à regarder ; et nous, on montait notre barda sur la scène juste à côté pour en faire autant juste après. C’était effrayant et en même temps très excitant. Finalement, on s’est vraiment amusé et on a revu plein de vieux amis en backstages, comme Peter de Vader, Tom de Triptykon / Celtic Frost, les gars de Destruction ou encore d’Atheist, ce fut fantastique.

Comme je te l’ai dit juste avant, je suis un die-hard fan de Coroner, sinon je ne serai pas là ce soir, et je vous ai vus plein de fois au début des années 90 dans le Nord de la France et en Belgique. Quand vous avez arrêté en 1995, j’étais complètement dégoûté ! Pourquoi avez-vous quitté la scène Metal à cette époque ?
Il y avait plusieurs raisons qui se sont ajoutées en fait : après environ 10 ans de carrière, nous nous sommes rendu compte que chacun voulait faire quelque chose de totalement différent de Coroner. Nous nous sommes donc séparés ; Tommy a monté Clockwork, j’ai joué dans Apollyon Sun. Pour ma part, il m’a bien fallu un an pour accepter notre split car je ne jouais plus du tout, c’était bizarre. J’ai trouvé un job dans un musée de Zurich comme technicien, j’ai joué dans Apollyon Sun de 1998 à 2000, et ensuite je me suis plus tourné vers la musique électronique, la Sick House Music plus précisément. C’était cool parce que ça n’impliquait personne d’autre que moi et quelques potes, pas de business, pas de trous-du-cul, c’était juste le côté marrant de la création. J’ai rencontré des gens vraiment sympas…



Ça signifie que le Metal ne t’intéressait plus du tout ?
Pas spécialement non, je voulais juste essayer quelque chose de nouveau. Avant, je ne jouais que de la batterie mais maintenant, je peux créer des rythmes bizarres, des lignes de basse, le tout en solo, et franchement, je m’éclate avec ça. Il n’y a que 3 ans que j’ai repensé à ressortir ma batterie, quand Tommy m’a appelé pour me dire que ça serait cool de jouer dans quelques festivals avec Coroner. Au départ, ma réponse fut : « y a pas moyen, oublie ! » (rires).

Tommy est celui qui a le plus voulu cette reformation ?
Oui car il n’a jamais quitté la scène Metal, avec Kreator ou son studio d’enregistrement. Même quand il jouait avec Stephan Eicher, on lui demandait toujours quand Coroner se reformerait… Il m’a appelé il y a environ 4 ans pour me soumettre l’idée et au départ, je lui ai dit d’aller se faire voir (rires) ! Le truc, en fait, c’est que je ne voulais pas qu’on passe pour des has-been et qu’on détruise en quelques shows foireux l’héritage musical qu’on avait laissé : « Mec, tu ne peux pas revenir comme ça et jouer à nouveau ces morceaux car ce ne sera jamais aussi bon qu’à l’époque… ». L’idée a quand même fait son chemin et j’ai accepté de faire un essai sur un ou deux titres faciles à jouer et ce ne fut pas mal du tout en fait… « Merde, ça le fait quand même… OK, allez, essayons d’autres titres… ». On a alors répété pendant 9 mois, bref comme si c’était une gestation (rires) ; franchement, ce fut dur parfois pour moi parce que je n’étais plus assez entraîné mais ce qui est drôle, c’est que des schémas me sont revenus comme par magie, sans réfléchir, comme certains roulements ou petits trucs techniques que je faisais à l’époque : « ah ben oui, c’est exactement comme ça que je jouais ce passage en 1988 (rires) ». Ce qui a rendu cette reformation facile, c’est que nous ne sommes jamais engueulés dans ce groupe, on est resté amis après 1995 et on se voyait de temps en temps.

Qu’est-ce que Ron a fait après 1995 ?
Je crois qu’il a aussi créé des trucs électroniques mais ce n’est jamais sorti. Il a aussi bossé comme vendeur, avec son père, dans son magasin de peinture, il a aussi fait de la sécurité ; fallait bien payer les factures ! Mais bon, on l’a fait avant que Coroner ait du succès : je me levais à 6 h du matin pour déplacer des meubles ou des pianos et à 13 h, on se mettait à répéter. Franchement, c’était hardcore… Et il nous a encore fallu 5 ans pour pouvoir arrêter de bosser et se consacrer uniquement au groupe (NDLR : bref, à partir de 1990).

Les vieux fans connaissent bien votre histoire mais peut-être pas les plus jeunes : vous avez été roadies de Celtic Frost avant de monter Coroner…
Pas tous au départ… C’est surtout Tommy au départ, qui était pote avec Tom Fischer, Martin Ain et Reed St. Mark, et il fut invité à les suivre pour leur tournée aux USA comme roadie. Il a alors suggéré à Tom de nous emmener aussi comme technicos et je dois dire que ce fut fantastique pour nous car nous avons pu distribuer partout notre première démo cassette, Death Cult, sur laquelle Tom Fischer chantait. La tournée a duré 2 mois et nous avons appris beaucoup sur ce qu’étaient les concerts et tout le boulot que ça impliquait. J’ai ensuite bossé un peu pour Reed sur certaines dates en Europe…



Je vais te dire pourquoi je t’ai parlé de Celtic Frost : j’ai toujours pensé que vous étiez bien meilleurs qu’eux, « meilleurs que les originaux » si tu veux, alors que vous aviez été leurs roadies ! C’était bizarre pour moi, quand j’étais ado…
Ah ah… Merci, c’est cool, j’apprécie mais je ne pense pas que tu puisses vraiment comparer le Coroner des débuts avec Hellhammer, Celtic Frost ou Kreator, comme certains le firent évidemment à l’époque. Nous étions beaucoup plus techniques, plus thrashy… Tu sais, j’ai toujours été un fan absolu de Celtic Frost et c’est toujours le cas car on peut se rendre compte que ce qu’ils ont créé sonne toujours de manière moderne aujourd’hui. Tom Fischer a chanté sur notre démo, Death Cult, parce que nous ne trouvions pas de chanteur et Ron ne s’était pas encore mis au micro. A l’époque, nous cherchions aussi un guitariste rythmique pour épauler Tommy mais ça ne s’est jamais fait…

Je vais te sortir une connerie mais en fait, ce n’en est pas vraiment une : est-ce que Ron a pris à l’époque des leçons de chant avec Tom (rires), parce qu’en fait, leur style vocal est quasiment le même… ?
Je suis d’accord car je pense que quand Ron s’est mis à chanter les titres de la démo Death Cult, comme on ne trouvait pas de chanteur pour le live, il a essayé de coller au plus aux vocaux originels de Tom, qui fut donc une très grosse influence.

Bon, vous êtes donc de retour maintenant, mais… pourquoi exactement (rires) ? Seulement pour des concerts ?       
Oui ! On n’a aucun plan pour un nouvel album même si bien sûr, j’aimerais en faire un. Mais pour que ça puisse se réaliser, tu as besoin de beaucoup de temps, de bonnes idées, d’un environnement calme, de fric, bref, d’être à nouveau des musiciens professionnels…

… ben oui, mais si tu annonces que vous voulez faire un nouvel album, un label va bien vous filer une avance, non ? Vous êtes Coroner quand même !
Ce n’est pas si simple ! On n’est plus à la fin des années 80, c’est très dur pour les labels car plus personne n’achète de disques… On a besoin de beaucoup de temps pour un album et Tommy a son studio, il joue avec 69 Chambers, il est très occupé ; je pense que si on devait refaire un album, ça prendrait 2 ou 3 ans et on ne voudrait pas refaire la même chose qu’avant…

C’est ce que tu penses maintenant mais peut-être que ça va changer, à force de t‘en parler ! Tu vois, j’essaie (rires) !!
(rires) Tu as raison… Tu vas me dire que j’avais dit qu’on ne jouerait plus jamais en live et pourtant, c’est ce qu’on fait en ce moment (rires) ! Non mais je pense que c’est bien comme ça parce qu’on s’amuse beaucoup avec les concerts qu’on donne. On pourrait d’ailleurs en faire beaucoup plus si on voulait parce qu’on a reçu des offres de tout un tas de pays et c’est fantastique. Peut-être en ferons-nous plus l’année prochaine mais je ne pense pas que ça ira plus loin.

Vous allez jouer au Wacken en 2012 et je sais qu’ils ont un gros équipement pour enregistrer les concerts. Vous envisagez un DVD ?
Exactement. Nous avons enregistré tous les concerts que nous avons donnés pour l’instant et nous allons mettre tout ça ensemble, en incluant aussi des enregistrements anciens sortis initialement en VHS. Pour te dire, on a même en cassette notre tout premier concert de 1986 et d’autres trucs très rares. Ça devrait sortir en fin d’année 2012 si on trouve assez de temps pour tout rassembler mais nous sommes très lents (rires)…

… oui, ben, vous êtes Suisses, c’est normal (rires) !!
Ah ah, oui, ça doit être ça (rires). Sinon, ce sera pour 2013, rien ne presse en fait. (NDLR : au même moment, Tommy refait son apparition, à la surprise de Marky qui le croyait déjà couché à l’hôtel car il était mort après le concert, apparemment fiévreux…).



Eh bien, merci à toi pour ces réponses, ce fut un honneur pour un très vieux fan comme moi, et je pense que c’est la même chose pour Alex, mon pote, que de pouvoir vous rencontrer à nouveau. Tommy, je dois aussi te dire que j’ai toujours adoré ton jeu de guitares. Merci à vous les gars et j’espère vous revoir encore une fois bientôt !
Merci à vous d’avoir fait toute cette route pour venir jusqu’ici et merci à toi pour cette sympathique interview, c’était très cool. (NDLR : à ce moment-là, Marky dit un truc à Tommy en allemand…).
Tommy : Apparemment, Marky me dit que tu as assisté à plusieurs de nos concerts dans les années 90, dont un dans le Nord avec Loudblast. Je ne me rappelle pas vraiment de la ville mais cette tournée fut bien cool.

Oui, c’était à Bruay-la-Buissière. J’ai même enregistré ce concert sur cassette avec un walk-man (rires). Je l’ai encore d’ailleurs, même si le son est assez mauvais…
Ah, cool, je serais bien curieux d’entendre ça quand même… Merci à vous de nous suivre depuis tout ce temps, c’est vraiment bien de savoir que les premiers fans nous suivent toujours.
Marky : Dites, les gars, vous avez acheté un t-shirt aujourd’hui ?

Euh, non, pas encore, désolés… pourquoi ?
C’est quoi votre taille ?

(vachement surpris mais enchantés par l'attention...) Eh bien, XXL pour moi et XL pour Alex…
OK, ne bougez pas de là, je reviens ! (NDLR : et voilà Marky qui part voir la fille du merchandising ! Il nous ramène 5 minutes après un t-shirt chacun en nous expliquant que c’est sa manière à lui de nous remercier pour notre fidélité et notre support depuis plus de 20 ans ! Inutile de vous dire que nous sommes aux anges en sortant de la salle, après avoir pris quelques photos avec les musiciens et avoir discuté encore un peu avec eux d’autres concerts auxquels nous avons assisté, le tout devant une bière…).




CORONER
Noise Records
Site : www.coroner-reunion.com

Myspace : www.myspace.com/coronermetal