MYRATH

Vents de révolte...



Myrath veut dire héritage en arabe. Une façon pour ce jeune groupe tunisien de bien affirmer sa personnalité et de montrer que c’est en s’appuyant sur ses racines qu’il va conquérir le cœur des fans partout dans le monde. Pari largement réussi, puisque la popularité de Myrath monte en flèche. Il faut dire aussi que ce fantastique groupe n’est pas juste un coup marketing et encore moins une collection de clichés orientaux pour amateurs de thé à la menthe. Tales Of The Sands, le dernier opus en date est un des meilleurs albums de Metal Prog’ de l’année, et il trouvera parfaitement sa place sur le podium à côté des derniers Dream Theater et Symphony X. Qui arrive premier, deuxième, et troisième ? On botte en touche…

Interview également parue dans le Metal Obs' 50 de Nov. / Déc. 2011

Entretien avec Zaher (chant), Malek (guitare), Anis Jouini (basse) et Elyes Bouchoucha (claviers) par Yath
Rechercher : dans l'interview
Ce nouvel album est encore plus réussi que le précédent. Les retours de la presse sont fantastiques…
Malek : Merci pour le compliment et pour le soutien, c’est toujours un grand plaisir de voir que Metal Obs’ apprécie le travail de Myrath. En effet, les retours de la presse sont fantastiques, que ce soit en Europe, en Amérique ou dans le reste du monde.

Est-ce que le fait de tourner de plus en plus a changé votre façon de composer ?
Zaher : Oui. Nous avons constaté que de nos jours les gens sont fatigués d’écouter des titres trop longs, surtout en live. Après 5 minutes, généralement, les gens décrochent, à moins que ce ne soient des amateurs inconditionnels de Metal Prog’ à la Dream Theater. Quand on a composé Tales Of The Sands, on a cherché des mélodies accrocheuses et préféré la musicalité aux démonstrations de virtuosité.
Malek : Nous avons cherché à développer un Metal oriental propre à Myrath avec des titres plus courts qu’à l’accoutumée. Inutile de dire en 10 minutes ce qui peut l’être en 4 ou 5 minutes tout en gardant le coté progressif.

Les passages en arabe sonnent parfaitement bien et sont très loin des clichés. Est-ce que vous composez et jouez de la musique arabe ?
Anis : Nous avons tous grandi avec la musique orientale en général, et tunisienne en particulier, avant de découvrir le Metal. De plus, nous avons tous une formation académique en musique. Elyes Bouchoucha est diplômé du Conservatoire de Tunis (NDLR : spécialité musique orientale) et de l’Institut Supérieur de Musique de Tunis. Malek est diplômé du MAI (Nancy). Et Zaher est très doué dans l’intégration de mélodies arabes dans nos compositions. Il chante aussi bien en arabe qu’en anglais ou d’autres langues.

MYRATH
 
Comment se sont passés la composition et l’enregistrement ? Les derniers mois étaient agités en Tunisie…
Elyes : C’était très stressant, on a enregistré les claviers et l’orchestration en pleine période de troubles et d’insécurité. Le fait de se déplacer en voiture de Tunis à Sousse était très risqué car les braquages étaient fréquents sur les autoroutes.

De l’extérieur, il semble que votre pays soit dans une dynamique très positive malgré les défis qui se présentent. Ressentez-vous cette joie et ce vent de liberté ?
Malek : On les ressent, évidemment, mais on reste prudents car le passage de la dictature à la démocratie n’est jamais facile, surtout quand on a passé sa vie à éviter de parler de politique et d’écrire sur des sujets tabous. La démocratie est un apprentissage qui prendra un certain temps, car certains confondent démocratie et anarchie. On élit le 23 octobre l’assemblée constituante : ce sera difficile de choisir parmi plus de 100 partis politiques, mais nous croisons les doigts pour que la transition se fasse en douceur.

Et en tant que musicien, pensez-vous que les choses vont devenir un peu plus faciles ? Il semble évident que les artistes auront plus de libertés dorénavant…
Zaher : C’est exactement ce que l’on espère, ça facilitera énormément notre tache dans l’écriture des textes de nos chansons. Jamais plus de sujets de tabous, place à la  liberté non pas totale mais responsable. Cependant  on attend l’élection de l’assemblée constituante pour nous assurer que le gouvernement qui sera en place tiendra ses promesses pré-électorales.

Votre peuple a réalisé ce que tout le monde pensait impossible en renversant son dictateur. Vous êtes devenus une référence et une inspiration pour plusieurs pays : l’Egypte, la Lybie, le Yemen, la Syrie…
Elyes : Nous sommes très fiers d’avoir participé à la révolution tunisienne qui a déclenché le printemps arabe. Nous avons d’ailleurs dédié l’album Tales Of The Sands à cette révolution. Beaucoup d’entre nous ont pris part aux manifestations du 14 Janvier 2011 qui ont entrainé la chute de l’ancien régime. Nous avons également tous passé des nuits blanches à garder nos quartiers pendant la période d’insécurité et de peur qui a suivi. C’était très difficile pour un peuple qui n’a jamais pu s’exprimer librement en 23 ans de dictature.



Qui a eu l’idée de votre tournée avec Orphaned Land et Arkan ?
Anis : K-Production (NDLR : France) voulait organiser une tournée de Metal oriental avec Orphaned Land en tête d’affiche. Le nom de Myrath a été évoqué au moment ou il fallait choisir les autres groupes. Après des négociations entre l’organisateur de la tournée et le management du groupe, nous avons conclu un accord.

Symboliquement, cette affiche est très intéressante.
Zaher : Oui, c’est intéressant dans la mesure où on lance un message à ceux qui ne font pas la part des choses et qui font l’amalgame entre l’art et la politique. C’est une tournée de Metal oriental : les croyances religieuses et les origines des groupes n’ont pas d’importance, nous sommes des musiciens et pas des politiciens. La musique a toujours était porteuse d’un message de paix, de tolérance et de fraternité entre les peuples, au-delà de la couleur de peau et des origines ethniques.

C’est aussi intéressant de voir la richesse de l’influence orientale car les 3 groupes sont très différents…
Elyes : En effet, chaque groupe a une approche différente du Metal oriental et a un style propre, notamment au niveau du chant. Mais nous sommes unis dans le mélange musical entre occident et orient.

Quels sont vos rêves, désormais ? Une tournée avec un grand groupe ? Travailler avec un producteur renommé ?
Zaher : A vrai dire, faire la première partie d’un groupe connu n’est pas un objectif en soi. Notre but, c’est de nous imposer sur la scène internationale et de saisir chaque opportunité pour tourner en Europe, en Amérique et au Japon. Mais évidemment, si Symphony X ou Kamelot nous propose une tournée commune, nous serons ravis.


MYRATH - Tales Of The Sands
XIII Bis / WEA



Site : www.myrath.com