DAGOBA

Apocalyspe now...



Cinq albums en dix ans, l'Europe sillonnée en long en large et en travers, une progression commerciale constante, on ne pourra pas dire que nos "frenchies" de Dagoba aient chômé, acceptant tous les sacrifices pour en arriver là. Le groupe phocéen revient avec un nouveau guitariste et un nouveau disque, Post Mortem Nihil Est, qu'ils sont carrément allés mixer et masteriser à Los Angeles chez Logan Mader (Machine Head, Soulfly…). Shawter, chanteur et principal compositeur à la très forte personnalité, a bien voulu répondre à nos interrogations et se projeter dans un avenir qu'on espère radieux pour le groupe.

Interview parue également en version courte dans le
Metallian 77 de mai 2013



Entretien avec Shawter (chant) par Will Of Death
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Avant de parler du nouvel album, revenons un peu sur Poseidon… Comment vois-tu cet album aujourd'hui, et es-tu satisfait des scores obtenus et des concerts qui ont suivi ?
J'en suis toujours satisfait, oui, il a été notre plus grand succès commercial jusqu'à ce jour. Musicalement, j'en suis toujours très fier et c'était bien de retravailler avec Dave Chang pour le mix, comme sur notre premier album. On a eu affaire à des gens super chez XIII Bis Records, et on a pu beaucoup voyager depuis trois ans pour le promouvoir en live ; bref, ça a été une période qui a contribué à vraiment bien installer Dagoba dans le panorama français su Metal.

On sait que Fear Factory a été une grande influence aux débuts de Dagoba, surtout pour Franky et vous avez joué avec eux en fin d'année dernière… Comment ça s'est passé, même si l'influence du groupe a bien diminué aujourd'hui ?
On avait déjà eu l'occasion de jouer avec eux par le passé sur une petite tournée au Benelux et ça été un grand plaisir pour nous de les retrouver car on s'entend très bien avec eux. On regarde toujours leur set avec attention car ils restent les grands maîtres de la "saccade", des rythmiques qu'on retrouve parfois dans nos compos. Pour la petite anecdote, à Los Angeles, j'ai passé quasiment toutes mes soirées avec Dino Cazares et on a pas mal déliré…

Alors ce n'est un secret pour personne, il y a eu des divergences profondes entre Isakar et toi qui ont abouti à son départ du groupe. Quelle est ta version des faits ?
Bof, je n'ai pas trop envie de polémiquer là-dessus car ça arrive dans tous les groupes, surtout quand ça fait treize ans que tu vis les uns sur les autres. Ça faisait un long moment que ça ne collait plus, que je prenais aussi sur moi, que j'avais besoin de changement. Il a décidé de partir mais j'aurais très bien pu le "virer" pour le bien du groupe. Je crois que tout le monde a un peu vécu ça comme une libération au final, les choses étaient trop pesantes. Il ya eu beaucoup de rumeurs, des on-dit, mais ça ne venait pas de lui ; je lui souhaite donc le meilleur pour la suite et j'espère qu'il saura prouver à tout le monde qu'il avait effectivement un énorme talent à dévoiler. J'attends de voir…

Franky continue de jouer avec lui dans Blazing War Machine… Je suppose que vous avez dû en discuter aussi. Pas évident comme situation quand même !
Tu sais, avec Franky, on est dans Dagoba depuis bien plus longtemps qu'Isakar, des gratteux, on en a vus défiler avant lui. Le fait qu'ils soient restés potes, je le respecte tout à fait, chacun est libre de faire ce qu'il veut. Tout ce que je sais, c'est que pour l'entité Dagoba, c'est une bonne chose qu'il soit parti.

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Peux-tu présenter Z, son remplaçant, et nous dire ce qu'il a apporté à l'album et plus généralement au groupe, depuis son arrivée ?
Z est le guitariste qui devait intégrer Dagoba avant Isakar en fait, il y a de cela une petite quinzaine d'années, mais comme il jouait dans pas mal de projets, par loyauté envers ses potes, il avait décidé de ne pas venir. On a toujours été de très bons amis, il a toujours suivi Dagoba et à chaque fois qu'on a joué à Marseille, on a toujours intégré ses groupes en première partie. Z est un mec qu'on apprécie humainement et on avait envie de sa touche technique dans le groupe depuis longtemps. L'occasion s'est présentée l'année dernière pour lui et pour nous de rattraper le temps perdu et on ne s'en est pas privé. Il a apporté une grande joie de vivre et il n'est pas là à toujours discuter des riffs que je propose, à vouloir faire des éternels débats sur tout ; le groupe avait besoin de cette fraîcheur, de se dire qu'on fait juste du rock n' roll, que ça marche pour le groupe et qu'il faut juste se faire confiance. Tout le monde tire à nouveau dans le même sens et ça se ressent dans les compos, dans la cohérence du groupe.

Vous débarquez chez Verycords pour ce nouvel album. Qu'est-ce que ça devrait changer en termes de promo / distribution ?
On a réussi à s'entendre sur le fait qu'on voulait obtenir des licences pour l'Europe, les USA et le Japon, pour développer le groupe à l'étranger. Les promesses ont été tenues donc on est très content pour le moment. Ils nous ont aussi donné les moyens artistiques et financiers de faire ce qu'on voulait pour ce nouvel album, ce qui n'est vraiment pas évident pour les groupes de metal en France ! 

Quelles principales évolutions musicales vois-tu entre Poseidon et Post Mortem Nihil Est ?
Je vais parler uniquement en mon nom mais en tant que compositeur principal du groupe, et c'est en rapport avec ce que je te disais avant, je n'ai fait aucune concession musicale, en étant encore plus libre de mettre ce que je voulais, en intégrant bien sûr les compositions des autres, mais sans y toucher comme je le faisais avant. Tout ce qui venait de moi n'a pas été remis en question et du coup, on se retrouve avec quelque chose de beaucoup plus brut, plus massif et forcément, quelque part beaucoup plus sincère.

Tu avais un plan précis au moment de composer ?
Oui, je me suis enfermé pendant une dizaine de jours dans mon home studio fin septembre 2011, sans voir personne, pour composer les riffs. J'ai été beaucoup plus précis dans la composition, en proposant cette fois des chansons complètes, pas simplement des riffs qu'on met ensuite bout à bout en répétant. Franky a aussi écrit quelques morceaux.

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Y a-t-il des choses que vous vouliez absolument éviter cette fois ?
Oui, la redite. Quoique certains médisants puissent en dire, je pense qu'on n'a jamais proposé d'album identique même si on reconnaît très vite la touche Dagoba. Personnellement, il faut que j'explore à chaque fois de nouveaux horizons car j'ai tendance à très vite m'ennuyer musicalement si je refais les mêmes choses.

Quel sens donnes-tu au titre de l'album ?
Je lui donne deux sens : j'ai un côté très nihiliste en moi, voilà pourquoi j'ai abordé différents points de vue sur l'Apocalypse, la fin des temps vécue sous différents angles. C'est un thème que j'avais envie de creuser au moins une fois dans ma carrière. Mais en même temps, j'ai voulu voir le côté épicurien des choses, en se disant qu'on n'avait qu'une vie, qu'il n'y avait rien après la mort et qu'il fallait par conséquent en profiter. Il y a donc un double sens positif / négatif dans ce titre.

Vous êtes allés carrément à Los Angeles pour faire mixer et masteriser l'album par Logan Mader… Raconte-nous un peu ce trip !
On a enregistré l'intégralité de l'album chez nous : Franky a un studio qui lui permet d'enregistrer sa batterie et j'ai monté un studio aussi, le Eagle Black Studio, qui permet d'enregistrer tout le reste dans un confort de temps et d'argent sans égal. On est vraiment très content du résultat ; même Logan Mader nous a félicités et on a été les premiers surpris. On est parti ensuite à Los Angeles pour finir le travail. Crois-moi, ça a été un trip incroyable ! Plusieurs fois, je me suis pincé pour me demander si je n'étais pas en train de rêver. Je me suis rappelé de l'époque où j'étais lycéen, quand on a démarré Dagoba, où je me disais qu'un jour j'irai à Hollywood grâce à ma musique. J'ai accédé à ce rêve, un de plus réalisé grâce à ce groupe et à l'ambition et la motivation qu'on y a mis depuis tant d'années. Je souhaite à tout le monde de pouvoir réaliser ce genre de rêve car il est important dans une vie de ne pas passer à côté de ce genre d'émotions…

Qu'est-ce que le mastering de Logan a apporté ?
Ça a amené un peu de clarté au son massif qu'on voulait en sortant de chez lui. Il a un ami qui a inventé un nouvelle technologie de mastering, qu'il est d'ailleurs en train de breveter, qui ne fait pas appel à la compression, donc qui ne touche pas à la dynamique de la musique. Logan a voulu tester ça avec nous et après quelques essais, on a été convaincu. Logan nous a donc carrément offert le mastering pour nous remercier d'avoir accepté, ce fut une aubaine…    

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5ème album studio en 10 ans, vous avez donc un rythme soutenu comparé à certains… La motivation est-elle toujours la même qu'au premier jour ?
Elle est même décuplée en ce qui me concerne car il y a beaucoup plus de raisons de se décourager quand tu démarres un groupe et que tu galères pour tout, que tu joues dans des conditions parfois extrêmes. On n'en est plus là avec Dagoba : les salles sont bien remplies, les conditions qu'on nous offre sont toujours meilleures donc on a encore plus en vie d'y goûter ! J'ai toujours été très ambitieux et pour ma part, je ne sais pas si je sais faire autre que chose que du Dagoba, donc je ne vois pas ce qui pourrait me démotiver.

Un groupe demande toujours de gros sacrifices et les gens se figurent peut-être que vous roulez sur l'or parce que vous vous appelez Dagoba. Alors, ce groupe, c'est un "long fleuve tranquille" ou plutôt un véritable "sacerdoce" ?
Ah oui, bien sûr ! Si on fait le ratio de ce que le groupe nous a coûté en temps, en argent et en investissement personnel et ce qu'il nous a rapporté financièrement ou en bon temps gagné, on est perdant à 1000 % ! Mais une passion te fait tout oublier et te permet de transformer les mauvais moments en bons moments, et te permet d'oublier la notion de pauvreté. Le plaisir qu'on a sur scène n'a pas de prix par exemple, en ce sens-là, il y a une forme de richesse mais si les gens veulent un extrait de mon compte en banque, ils vont être très déçus (Rires !). Par exemple, je n'ai pas de voiture, non pas que je n'en veuille pas parce que je suis un écolo, mais juste parce que je ne peux pas m'en payer une. Pour avoir goûté à la vie du mec derrière un bureau et celle de chanteur dans Dagoba, je sais ce qui rapporte et ce qui ne rapporte pas (Rires !). Mon choix est guidé par ma passion et par l'amour de ce groupe, le reste ne compte pas.

Nouvel album, nouveau look pour toi… T'en avais marre des cheveux qui collent sur la tronche sur scène (Rires !) ?
Non, j'avais juste envie de changer de tête de manière générale. Depuis mes photos de classe de CE1, j'avais les cheveux longs et au bout d'un moment, un peu de changement ne fait pas de mal. De toute façon, rien n'est définitif puisque ça repousse. N'allez pas chercher de significations particulières… Moins de cheveux, certes, mais beaucoup plus de Metal extrême dans l'album, donc bon (Rires !)…

Qu'est-ce qu'on peut vous souhaiter pour la suite maintenant que l'album va sortir ?
Deux belles tournées, une en Europe et une sur le territoire américain, ce serait génial et après, garder cette spirale positive en France afin de pouvoir continuer à vivre de notre musique. Ça serait déjà très bien. On a composé en pensant à l'aspect live, on va donc voir quels sont les titres qui passent le mieux l'épreuve de la scène mais sachez qu'on a mis un maximum de testostérone sur chaque chanson. Pour le coup, il va vraiment falloir venir avec des protège-dents voire des casques de chantier parce que ça va bastonner sévère sur scène ! 



DAGOBA – Post Mortem Nihil Est
Verycords



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