SUPURATION


Blast from the past...
 




Alors qu’il nous a fallu attendre dix ans, entre 2003 et 2013, pour enfin mettre un terme à la trilogie The Cube, les ch’tis de Supuration remettent déjà le couvert avec Reveries, qui n’est autre que la réédition d’un bootleg sorti en 2011 sur le label espagnol Xtreem Music, regroupant des démos des débuts du groupe, ainsi que trois reprises très surprenantes. Mais comme les gens de Listenable ne sont pas des imbéciles, ils ont demandé au groupe de carrément réenregistrer proprement ces titres, en leur adjoignant un vrai artwork et le résultat est juste bluffant ! Nous voilà donc replongés en 1990, mais avec un vrai son qui permet de se rendre compte à quel point ce groupe était déjà bon à l’époque ! Ludovic Loez, mentor du groupe, nous en dit plus…  

Interview parue également dans le Metallian 89 de Mai 2015
(en version éditée, complète ici)


Entretien avec Ludo Loez (guitars, vocals) par Will Of Death
Rechercher : dans l'interview
Puisque ce qui nous intéresse aujourd’hui est Supuration, la dernière fois que Metallian t’a interviewé, c’était pour la sortie de Cu3e, en 2013. Avec un peu de recul, quelle a été la réponse du public et des médias pour cet album ?
Bien dans l’ensemble mais un peu mitigé quand même, car faire perdurer en termes de popularité un groupe sur vingt ans est un peu compliqué. En tout cas, le label et nous-mêmes étions contents, et en live, on a pu jouer des titres de toutes les époques, donc c’était pas mal…

Tu sous-entends quand même que, même pour un groupe établi comme Supuration, la réponse aurait pu être meilleure. Penses-tu que la reconnaissance soit vraiment plus difficile à obtenir aujourd’hui, alors que les moyens de diffuser sa musique sont quasiment illimités ?
Je pense que c’est la même chose, en fait. Je suis très peu sur Internet donc j’ai un peu de mal à en juger. J’ai une page Facebook comme tout le monde, mais c’est différent. A l’époque, on distribuait des flyers, les gens se les échangeaient ou les photocopiaient, c’était assez sympa.

Pourquoi ressortir ces vieux titres justement maintenant ? Nostalgie du passé ?
Il faut savoir que la trilogie The Cube est terminée, donc rien ne nous empêchait de nous amuser en sortant un bootleg. Les titres présents sur Reveries sont en réalité déjà sortis en 2011 sur le label espagnol Xtreemmusic, sous le nom Back From The Crematory (réédition de démos 1989/1990 de la période Supuration/Etsicroxe) et s’est écoulé à 3000 exemplaires en peu de temps. Sold out alors que c’était tout pourri ! Je ne vois que le côté « culte » du groupe pour que le mec ait pu en vendre 3.000 exemplaires, c’est pas possible… Moi, je suis comme ça aussi, de la vieille école. Du coup, Laurent de Listenable, qui était fan de ces titres qui ont bercé son adolescence, nous a proposé de ressortir cette compilation de démos et de reprises, mais sous un nouveau format. Ça n’est rien d’autre qu’un super bootleg, mais avec deux nouveautés : pour la première fois, Frédéric Fiévez, le bassiste qui nous accompagne en live depuis quinze ans, a vraiment enregistré la basse sur ces morceaux (chose que j’ai toujours faite pour SUP ou Supuration), et il n’y a pas le live du premier concert d’Etsicroxe, enregistré dans un cinéma en 1989 (où tu étais d’ailleurs), qui était présent sur Back From The Crematory. On a fait ça tranquille chez nous, dans notre salle, et le but au départ était de le sortir sous la forme d’un beau bootleg, pour les fans, comme on fait souvent. Mais Laurent, quand il a entendu ça, nous a dit qu’il voulait le sortir. Du coup, on a envoyé les pistes à Dan Swanö pour le mastering, histoire que ça sonne plus pro, et contacté Dan Seagrave pour la pochette. Bref, Reveries est un bootleg de luxe… 

Justement, il tue cet artwork ! Bien old school… Comment ça s’est passé ?
Oh, tranquille ! On lui a envoyé les textes, histoire qu’il se rende compte de ce qu’on proposait, et il nous a envoyé ce dessin bien old school à la Entombed, exactement ce qu’on voulait. Vu que le réenregistrement de ces titres n’a rien coûté, on s’est fait plaisir en lui commandant cette illustration, et je pense que les fans vont l’apprécier. Très important, la pochette d’un album ! Et franchement, vue la réputation du gars, ce n’est pas non plus la mer à boire en termes de budget.

SUPURATION

Du coup, vous avez claqué un peu de blé en demandant à Dan Swanö de s’occuper du son final du disque…
Oui. Au départ, on voulait faire remixer les titres mais vu qu’on a une « méthode » de travail bien à nous, si on peut appeler ça comme ça (à la « roots », quoi), ça aurait été compliqué. On lui a donc juste demandé de masteriser l’ensemble.

Il a fallu que vous réappreniez à jouer certains titres avant de les réenregistrer ?
Ouais, carrément, on a dû tout reprendre depuis le début, notamment du fait de la présence de Fréd. En plus, à l’époque, il n’y avait pas de chant sur les démos, je faisais du yaourt à la Obituary. J’ai donc dû écrire des textes pour cette sortie, des trucs qui riment… Un retour vraiment brutal dans le passé !

Dans votre bio, il est écrit que Supuration a été formé en 1990, mais en tant que groupe, vous existiez avant sous le nom d’Etsicroxe. Finalement, quand la première démo sous le nom de Supuration, vous avez déjà combien de titres en stock ?
Quatre ! Mais avant Etsicroxe, on a même eu un autre nom mais je ne te dirai pas lequel ! Y a que nous qui le connaissons (Rires !). Notre aventure commune a vraiment démarré en 1987. Moi, j’avais treize ans, mon frère quatorze. Il y a même des enregistrements qui trainent quelque part, de cette première mouture, mais il va falloir que tu voies ça avec Hervé Coquerel (Loudblast)… C’est lui qui les a, les bandes (Rires !).

Pas facile comme question mais penses-tu que tu serais capable aujourd’hui de composer encore des titres dans cette veine purement death old school ?
Je ne suis pas sûr, je ne pense pas. Je ne dis pas que c’est impossible, mais ces titres correspondent à l’état d’esprit qui nous habitait et actuellement, on se tourne plus vers SUP, pour le Hellfest, et aussi pour la composition d’un nouvel album. En fait, c’est plus facile de faire du death old school, un peu en s’amusant, tu vois, que de faire un nouvel album de SUP. C’est beaucoup plus cérébral et c’est dans cette direction que j’ai envie d’avancer actuellement.

Depuis l’apparition de Supuration en 1990, on a tous pris 25 ans dans la gueule. On est forcément un peu nostalgique de cette époque. Qu’est-ce que t’a le plus apprécié à l’époque, au démarrage de cette aventure ?
Je ne dirais pas la rage qui nous habitait, car le terme est un peu extrême, mais l’envie, ouais ! On avait faim, et on l’a fait ! Là, c’est un peu mon état d’esprit actuel, mais pour le nouveau SUP, dans lequel je suis très impliqué. 

Il y a deux ans, Jérémie Grima a sorti un livre biographique sur vous. Quel regard portes-tu aujourd’hui sur cette expérience ?
Je vais t’avouer que je ne l’ai même pas lu ! C’est juste que je n’ai pas eu le temps et on a tellement passé de temps avec Jérémie que je savais ce qu’il allait mettre dedans. Il m’a juste demandé de relire certains passages pour bien vérifier que ça correspondait à la réalité, ce que j’ai fait. Mon frangin l’a lu, ma femme aussi, mes parents, et tous ont dit que c’était vraiment un super livre.

Oui, je l’ai lu, j’ai adoré. Ça m’a rappelé plein de souvenirs communs…
Ah ouais, ouais, c’est du revival ! C’est brutal (Rires !).

SUPURATION

Il y a un truc que je n’ai pas très bien compris en ce qui concerne « Ephemeral Paradise » : pour cet album, on nous dit dans la bio, que ce titre a été enregistré pendant les sessions d’Incubation (2003), alors qu’il est sorti en 45 tours en 1991…
Oui, mais dans une autre version, celle de notre promo tape ! Je t’explique le truc : en 2003, pendant les sessions d’Incubation, il nous restait un peu de temps en studio, et comme l’anniversaire de notre manager, Arno Geenens, approchait, on s’est dit qu’on allait réenregistrer ce titre rien que pour lui et lui offrir en 45 tours. Mais ça ne s’est pas fait, par contre, on a gardé les pistes batterie. Du coup, on a tout refait il y a six mois, sinon, ça se serait perdu totalement. C’est le seul morceau de ce disque où Fréd ne fait pas la basse, en réalité. Le fait que Fréd ait fait toutes les autres parties de basse sur ce disque est symbolique, tu vois. C’est le début d’une nouvelle ère pour nous.

Retrouver une reprise de Paradise Lost dans la discographie de Supuration n’est finalement pas si étonnant que ça… Par contre, Twisted Sister et Anthrax, ça l’est un peu plus pour ceux qui ne vous ont pas toujours suivis. Tu peux nous parler du choix de faire des reprises de ces deux titres ?
Anthrax, c’est une commande pour une musique de film de la part de la boîte de production avec qui nous avons bossé par le passé pour nos courts-métrages. Twisted Sister, l’idée vient de mon frère, parce qu’il aimait bien. Je tiens quand même à préciser que nous avons enregistré ce titre il y a plus d’un an, donc bien avant qu’AJ Pero, le batteur, ne meure. Juste pour qu’on ne nous taxe pas d’opportunisme, tu vois. 

Tu m’as donc dit que tu étais en train de préparer un nouvel album de SUP. Tu peux déjà nous dévoiler quelques détails ?
Eh bien, je dirais… non !!! Ah ah, c’est bon, ça, comme réponse ! Nan, mais là, on répète pour le Hellfest, et du coup, ça nous permet de bien nous remettre dans le bain pour SUP, car à jouer ou à composer, c‘est un délire bien différent de Supuration. Faire un album de SUP demande beaucoup de temps car il faut que l’on soit tranquillement ensemble dans notre salle de répètes pour bien faire les choses, et avec nos boulots et nos vies respectifs, ce n’est pas toujours facile. Je pense que les gens ne seront pas déçus par ce nouvel album qui se profile… 
 

SUPURATION – Reveries
Listenable Records


Site : www.supuration.fr