INQUISITION


Bataille céleste...



Dagon, le leader charismatique d’Inquisition, a bien voulu répondre à nos questions, suite à son passage remarqué au Hellfest. Le gars étant très prolixe, il nous a fallu faire des choix quant au contenu publié de cette interview. C’est donc à une explication de texte sur le titre à rallonge du nouvel album, de Lucifer, et de ses accointances avec les Sumériens, à laquelle vous aurez droit ici. Pour la partie musicale, un conseil très simple, jetez-vous sur le nouveau disque, c’est une tuerie ! 


Interview parue également dans le Metallian 96 de Juillet 2016


Entretien avec Dagon (guitares, vocaux) par Jérôme Le Bloas et Will Of Death
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Votre label, Season Of Mist, présente votre album comme un disque majeur de votre histoire. Selon eux, Bloodshed Across The Empyrean Altar Beyond The Celestial Zenith va vous permettre d’élargir votre audience. Tu es d’accord ? Quelle était ton intention en créant cet opus ?
Je ne sais pas comment les gens vont réagir, car les fans sont très imprévisibles. Sur le coup, les gens n’apprécient pas l’album alors qu’un an ou deux après, ils te disent qu’en fait, c’est un de leurs albums préférés. Il faut parfois du temps pour digérer certains albums.
Mon intention était de donner le meilleur de moi-même, tout en restant honnête, ce qui signifie composer des riffs mémorisables, de bonnes lignes vocales, afin que celles-ci s’intègrent au mieux à la musique, et des parties de batterie efficaces. L’essence des titres est bien sûr heavy, brutale et sombre, en tout cas, avec des ambiances contrastées, ce qui est la marque de fabrique d’Inquisition. Ne pas hésiter à ralentir le tempo, en incluant des parties mélodiques, pour encore mieux repartir ensuite sur un riff thrash. Il n’y a rien de nouveau là-dedans, nous avons toujours fonctionné comme cela.
Concernant la manière dont le label voit ce disque, j’ai juste envie de dire qu’avec le temps, nous sommes devenus de meilleurs musiciens, professionnels, en tout cas moins naïfs en termes de composition. Ca ne veut pas dire que nous avons perdu notre honnêteté, au contraire, cette maturité nous rend encore plus fort, et ça, le label semble l’avoir bien compris.    

Les longs titres sont une tradition chez vous ! Peux-tu nous éclairer sur la signification du titre de l’album ?
Il représente trois sujets différents : le cosmos scientifique, le cosmos mythologique et le cosmos psychologique. La science nous dit ce que nous savons de l’Univers, les Sumériens nous ont rapporté ce que les Annunaki leur ont appris, et la psychologie nous dit ce que nous savons de notre propre « univers interne ». J’ai mixé ces trois approches pour montrer les multiples parallèles qu’il y a au niveau des conflits, du chaos, de l’ordre ou du désordre.
Le mot “Bloodshed…” représente les guerres cosmiques mythologiques entre les dieux. Comme les Annunaki avec le dieu Enlil, une bataille pour la Terre et l’Humanité. Mais ça évoque aussi les collisions cosmiques, les trous noirs avalant les galaxies, les étoiles qui meurent pendant que d’autres naissent, bref, la guerre que se livrent les éléments dans l’Espace.
Notre esprit humain est aussi en conflit constant pour notre espace vital, ce qui engendre les guerres territoriales et la domination des autres peuples. C’est ce que j’évoque dans le bout de phrase "...across the empyrean altar", ce qui signifie “à travers l’Espace, et au-delà de son horizon et de ses frontières”.
"...beyond the celestial zenith" pourrait se traduire par “au-dessus de la conscience humaine”, d’un point de vue spirituel. Mais aussi par “au-dessus des parties les plus élevées de l’Univers, plus haut que le zénith”, d’un point de vue métaphorique.
A travers tous ces thèmes, apparaît le sujet de notre Création. La mythologie ne nous renseigne-t-elle finalement pas sur ça ? N’est-ce pas Anu qui a envoyé ses fils Enlil et Enki sur Terre pour nous créer ? Nous sommes une espèce tellement complexe et sophistiquée biologiquement parlant, comparée aux autres, qu’on peut se demander si nous ne sommes pas des robots ayant évolué en créant leur propre ADN.

INQUISITION
  
Justement, "Wings Of Anu" fait référence au dieu du ciel mésopotamien, père de tous les autres dieux dans Le panthéon sumérien. Selon toi, est-ce que le pouvoir de Satan est présent dans les autres religions, ou juste confiné au monothéisme ? Il me semble que ta perception de Lucifer soit très personnelle…
Satan, pour moi, est la force derrière la création de l’Univers. Son pouvoir est si grand que selon moi, il est à la base de la création des dieux, et ces dieux sont ce que la science qualifie aujourd’hui de mécaniques quantiques. Si un scientifique pouvait renommer simplement la théorie du Big Bang en « Satan », je pourrais mourir heureux. Parce que ce que les religions Abrahaméennes nous disent de Satan, c’est exactement ce que je pense à propos de la Création, dans un contexte religieux, métaphorique ou scientifique. Une force si grande, si incroyable, que la perspective humaine n’est pas capable d’expliquer. Cette force venue de nulle part régit toutes les lois de l’Univers, toutes les chaines de la vie, et est certainement à l’origine de ce nous sommes aujourd’hui, nous, les homos sapiens. Les meilleurs scientifiques sont encore incapables d’expliquer d’où est venue cette force, comment l’Univers a été créé à partir de rien…
Du point de vue du black metal, je pense que le mot Satan est justifié comme quelque chose de bien plus important qu’un simple ange déchu. Soyons honnêtes, les mots ne sont que des mots, mais le mot Satan donne à notre art quelque chose de supérieur que le simple mot de "rock 'n roll". Il est pour moi la parfaite représentation de cette force, d’un point de vue spirituel ou métaphorique.
Rappelez-vous que tous les dieux meurent un jour brûlés, toutes les anciennes mythologies prouvent ça. Mais la force derrière l’Univers est éternelle. La première civilisation à nous parler d’un grand Satan fut celle des Sumériens, et ce fut Anu, seigneur des étoiles et des dieux.

Pour la couv’ de l’album, tu as fait appel à Vincent Fouquet, un jeune artiste Français qui, durement mais sûrement, se fait sa place dans le monde metal. Comment êtes-vous entrés en contact ?
Il m’a approché sur un festival Français, le Motocultor. Il m’a dit qu’il pourrait nous offrir ses services et qu’il pourrait apporter un plus à Inquisition. Quand j’ai réalisé qu’il n’était pas connu, ça a attisé ma curiosité, car je suis toujours fier de promouvoir les nouveaux artistes. J’aime prendre des risques et je préfère encore bosser avec un jeune qui en veut, plutôt qu’avec un gars qui a déjà atteint son maximum créatif. Après avoir vu certaines de ses œuvres passées, j’ai su que nous allions pouvoir travailler ensemble. Il a su s’adapter à ce que nous voulions, et ce fut très important pour moi. L’aigle représente Anu, et le reptile, un de ses fils, Enlil ou Enki. Selon certains, Yahweh fut en fait Enlil, qui déclara la guerre à Anu, et qui sépara ses descendants humains du reste de l’Humanité. Une autre croyance veut qu’Enki soit en fait Satan, le seigneur de la rébellion, un dieu-serpent qui apporta la sagesse à l’Humanité.
Bref, c’est ouvert à différentes interprétations. Une chose est sûre, c’est qu’Anu a eu un adversaire, et qu’ils se sont battus tous les deux pour l’Univers, la Terre et l’Humanité.
  

INQUISITION – Bloodshed Across the Empyrean Altar Beyond the Celestial Zenith
Season Of Mist


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